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Avec mes mots et des toiles

dobrinsky

Je me suis réveillée dans la nuit. Il était presque deux heures du matin. Comme si j’avais dormi des heures. Comme si c’était l’heure d’entamer une nouvelle journée.

Il y a tôt et tôt pour celle qui se lève tôt. Deux heures, c’est vraiment tôt. Mais je n’avais plus aucune envie de dormir.

Le téléphone a sonné. Un ami qui avait appelé d’Edmonton plus tôt me rappelait. Et j’ai pensé que c’était pour cette raison que je suis sortie du sommeil. Pour être en mesure de décrocher en ayant les idées claires. Pour qu’on prenne le temps de parler. Parce qu’il avait beaucoup à raconter. Et j’ai toujours été de ceux et celles qui écoutent. Qui aiment écouter. Il le sait, lui qui, depuis qu’il m’a retrouvée, a renoué avec ce bonheur d’avoir quelqu’un à qui se confier.

Il a encore redit ce bonheur que je sois là quelque part au bord de sa vie avant d’aller s’allonger dans l’immense lit d’une chambre d’hôtel. Alors que je reste là, telle celle qui écrit dans la nuit, peinte par Isaac Dobrinsky. Avec mes mots et des toiles.

Sur le chemin de la maison

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S’il faut vraiment un commentaire… Nous sommes le 12 avril 2007 et il neige sur Montréal.

Oui, vous avez bien lu.

Le désir de lui écrire

elizabeth lee

Elle n’a envoyé aucune lettre depuis des semaines. Comme il le lui a demandé. Mais il lui arrive d’avoir envie d’écrire au lecteur peint par Elizabeth Lee. De se demander comment il réagirait si elle se manifestait.

Mais elle n’a jamais terminé la centaine de lettres dont le début est resté au bord de ses lèvres, de son stylo, de son clavier. Elle a choisi de conserver en elle les images du bonheur et du plaisir plutôt que de faire face à une éventuelle froideur que constituerait le silence si jamais elle osait le geste de lui écrire et qu’il ne réponde pas. Pour le moment. En cette minute précise. Tout en sachant que quand la nuit tombera, elle inventera encore les premiers mots d’une lettre.

La tasse de café

barry thomas

La tasse de café est en équilibre sur les deux livres qui attendent la lectrice de Barry Thomas quand elle en aura fini de celui en cours.

Or, il est bien possible que quand elle portera celle-ci à ses lèvres, le café soit froid. Parce qu’elle n’aura pas vu le temps passer alors qu’elle lisait. Parce que quand elle tourne les pages, plus rien ne compte.

Elle aura une petite grimace en avalant la gorgée, se lèvera, ira chercher une autre tasse et se promettra de ne pas laisser le café devenir froid. Tout en sachant qu’il n’est vraiment pas certain qu’elle pourra tenir sa promesse.

Passion, quand tu me tiens…

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Et comme s’il n’y avait pas déjà assez à raconter avec ces hommes, ces femmes et ces enfants qui lisent, seuls, en duo ou en famille, il a fallu que je trouve autre chose à me mettre sous la dent. Et comme si ceux et celles qui écrivent ne m’occupaient pas déjà suffisamment en plus de tous ceux et celles qui lisent des livres, des lettres et des journaux, en plus de ceux qui sont dans des décors faits de livres, il a fallu que je tombe au hasard de mes quêtes quotidiennes sur quelques toiles représentant des livres.

Encore une fois, je me suis laissée prendre au jeu, pensant qu’il n’y en avait que quelques-unes et les conservant pour le jour où ma chasse serait infructueuse, Mais c’était me leurrer. Où que j’aille, quoique je cherche, lecteurs, lectrices, personnages qui écrivent, rayonnages de livres ou piles de bouquins arrivent jusqu’à moi, sans que je ne les cherche. Si bien que ce n’est pas avec plus de 2700 toiles en banque que je vais pouvoir rester coite.

Les pages de Lali risquent de rester ouvertes longtemps, telles celles des livres sur le dessus des piles d’Harriet Shorr.

Les modèles

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Que lisent les modèles de Reg Eldridge quand il leur autorise une pose simple et non pas digne de la plus douée des contorsionnistes? Que lisent-elles quand elles peuvent baisser le cou ou bouger les mains? Leur laisse-t-il conserver la pose suffisamment longtemps pour qu’elles aient au moins le temps d’un article de magazine ou pas? Ont-elles seulement le temps de regarder les images et de lire quelques encadrés?

Les lectrices d’Anthony Stewart

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Elles aiment lire chez elles, vêtues ou non, allongées sur un sofa prévu pour ça ou sur un fauteuil, dans une position qui a longtemps été la mienne du temps de mon adolescence au grand désespoir de mes parents qui auraient voulu que je m’installe correctement. Alors qu’on est si bien ainsi.

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De temps en temps, une amie vient les visiter et les livres restent sur la table à café. Mais je crois qu’au cours de ces conversations il n’est pas rare qu’elles parlent littérature ou que l’une d’elles ouvrent l’un des livres posés là, comme une invitation.

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Mais les lectrices d’Anthony Stewart aiment aussi sortir pour lire, s’installer à une table ou dans un parc. Et du coup se laisser bercer par le vent, les rires des enfants, les conversations autour et les mots.

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Mais celle-ci, je crois que seul le peintre l’a vue. Ou imaginée. Sinon, tous les regards seraient tournés vers elle. Non ?

Les livres auxquels on revient

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Visiblement, ce n’est pas la première fois que la lectrice de Donat Nonotte lit ce livre. Il est usé comme les livres qu’on a traînés avec soi de maison en maison, comme ceux qu’on met dans nos bagages, comme ceux qui reviennent par cycles sur notre table de nuit, comme ceux qui nous font sourire quand on retrouve cette phrase qui avait fait chavirer notre cœur il y a longtemps et qui provoque toujours ce même effet. Celui de retrouver un vieil ami.

Combien y en a-t-il au cours d’une vie de ces livres qui donnent envie qu’on les retrouve ? De ces livres qui nous suivent ? Bien peu, je crois. En fait, probablement que ces quelques livres lus, relus, à relire, tiendraient sur une seule tablette. Peut-être deux. Guère plus.

Les livres auxquels on revient sont comme les amis. Ce ne sont pas tous ceux avec qui on se lie le temps de leur lecture qu’on peut appeler amis. Ce ne sont pas non plus tous les gens avec qui on fait un bout de chemin qu’on peut appeler amis. Mais il s’agit d’un autre débat.

Il s’agit d’abord d’une lectrice et de ce livre qui est un ami depuis très longtemps.

Le plaisir de manger avec les doigts

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Ce soir, le bonheur est tout simple. Quelques tomates raisins dans un bol. Quelques tranches de salami de Gênes. Rien à voir avec la fine cuisine, mais tout à voir avec le plaisir.

Bien sûr, j’aurais pu couper les tomates en deux, les mélanger à des boules miniatures de bocconcini, napper le tout d’un mélange d’une huile d’olive et de vinaigre balsamique. Mais il y a des moments où tout est meilleur quand on mange avec les doigts.

La lectrice au regard lointain

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Les doigts sont restés entrent deux pages. Le regard est ailleurs.

La lectrice d’A. Muller rêve. Elle a sûrement en tête le passage qu’elle vient de lire et qui a réveillé quelque souvenir lointain. Une image précise et précieuse. Inaltérée malgré le temps. Évoquée avec les mots justes, ceux qui lui ont toujours manqué quand il lui arrivait de se remémorer cet épisode de sa vie.

La lectrice rêve aux mots qui viennent de la toucher aussi fort que la scène à laquelle elle a immédiatement pensé.