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Un dimanche à rêver

joop frehwein

Il y a bien quelques toiles qui me lorgnent, quelques livres qui attendent que je les retrouve, mais je suis à rêver, comme la lectrice de Joop Frehwein. À rêver et à tenir au chaud tous ces moments de bonheur accumulés depuis quelques jours. La conversation avec Carine hier qui me donnait des envies de Bruxelles, entre autres.

Oui, j’ai de quoi rêver avec tous ces moments en tête. De quoi rêver aujourd’hui et les jours à venir.

En vos mots

isaac de jouderville

Il y a quelques jours, grâce à mon ami Armando qui a écrit l’histoire du tableau à sa manière en guise de commentaire, une idée est née. D’où l’ouverture d’une nouvelle catégorie que j’ai intitulée : En vos mots.

Chaque dimanche, je posterai une toile. Sans la commenter. Sans raconter ce que j’y vois.

Ce sera à vous de le faire. Par un texte de fiction, un poème, une analyse, un récit impressionniste. Comme vous sentez les choses et si la toile vous inspire. Et pour que chacun se sente libre d’aller dans la direction qu’il veut, sans se laisser distraire par ce qui a déjà été écrit, aucun commentaire ne sera validé avant le dimanche suivant alors que je posterai une nouvelle toile. Ce qui constituera l’occasion de lire d’un coup TOUS les commentaires.

J’ose espérer que l’idée vous séduira et que cette toile d’Isaac de Jouderville trouvera quelque écho en vous.

À vous, maintenant!

La lectrice modelée avec délicatesse

drewry

Quelle délicatesse, quelle finesse, autant dans la pose que dans le travail de l’artiste Judith Holmes Drewry qui a su saisir avec autant d’émotion ce moment de grâce où la lectrice n’est présente qu’à son livre. Où rien ne compte que ces mots qu’elle lit.

Et quelle belle idée de l’avoir laissée là, sur les planches de bois, au milieu de l’atelier, se dédoublant dans les miroirs. Achevée. Mais avec cette impression qu’elle ne l’est pas tout à fait, encore trop présente dans l’esprit de celle qui l’a modelée et qui veut peut-être la retoucher. Ou juste la contempler.

Celui qui la regarde

bessie davidson

Quand il entre dans la pièce et qu’il la trouve ainsi, le livre à la main, avec cette lumière qui se pose délicatement sur sa nuque, il se fait silencieux pour ne pas la déranger et juste la regarder. Et il la regarde. De longues minutes. Le cœur heureux. Jamais rassasié de la trouver dans la même position avec cette lumière. Et il la regarde jusqu’à ce qu’elle sente qu’il est là.

Pourtant, il respire à peine pour ne pas troubler la lecture de celle qu’il aime. Pourtant, il ne bouge pas non plus. Mais son cœur à elle aussi se gonfle. Elle le sent.

Elle ne tourne plus les pages.

Il s’avance et se penche vers elle. Pour la lectrice de Bessie Davidson, aucun livre ne sera jamais aussi savoureux que les lèvres de celui qui la regarde jour après jour avec d’autant d’amour.

La demi-heure de bonheur

andrew lenaghan

Aucune poupée, aucune peluche, aucun jouet ne saurait remplacer cette demi-heure quotidienne où la petite est assise, attentive, fascinée par ce que sa mère lui lit. En fait, tous les jours, la petite attend ce moment, parce que c’est le plus beau de sa journée. Celui où sa mère l’emmène au pays des princesses, des dragons, des animaux qui parlent, des châteaux. Celui qu’elle tente de reproduire avec ses crayons de couleurs, comme elle ne peut pas encore lire seule.

Non, rien, pas un jouet ou une émission de télévision ne peut remplacer cette scène peinte par Andrew Lenaghan.

Une heure, pas plus

jason power

Elle a revêtu sa robe noire des sorties et s’est servi le restant de la bouteille de la veille, à peine un demi-verre, en attendant qu’il n’arrive. Elle préfère de loin les soirées où il s’installe à ses pieds tandis qu’elle lit à haute voix un roman qu’elle a choisi pour lui. Mais il lui arrive d’accepter de le suivre dans ces soirées où il doit faire acte de présence, car elle sait que pour lui ce n’est pas nécessairement plus agréable, mais obligatoire.

Et quand il arrivera, il verra là le livre. Il le tiendra entre ses mains en prenant soin de lire le résumé. Peut-être même la regardera-t-il en soupirant, parce qu’il sait combien ça leur est difficile de jouer le jeu certains soirs. Et il glissera à l’oreille de la lectrice de Jason Power, Une heure, on reste une heure, pas plus.

Et ils quitteront la pièce en jetant un dernier œil sur celui qui les attend au retour.

Le doux plaisir de rêver

goncharov

C’est samedi après-midi et la lectrice de Grigori Andreevich Goncharov va de son livre à son crochet, les deux activités qu’elle préfère.

Rien ne la presse. Alors, elle lit quelques pages, crochète quelques rangs. En elle, ce bonheur tranquille de la lenteur. Ce doux plaisir de rêver.

Le cadeau de Jean-Marc

knokke

Petit clin d’œil à Brel. Petit clin d’œil à cette journée de juillet 2005 où j’y étais. Tout ça grâce à cette photo de Knokke prise par Jean-Marc hier et qu’il m’offre, comme pour me dire que la mer du Nord m’attend. Et pour vous dire que j’ai hâte de la retrouver.

Vivement Paris, vivement la Champagne, vivement la Belgique. Vivement surtout que je puisse décider des dates et acheter mon billet. Vivement aussi pouvoir dire : j’arrive!

Dialogues intimes

dialogues_intimes

J’ai relu cette nuit un livre que j’aime beaucoup. Dialogues intimes de la romancière/nouvellière/traductrice Hélène Rioux regroupe de courts textes dont certains ont été publiés en tant que nouvelles. En effet, chacun de ces épisodes de la vie d’un couple dépeints ici peut être lu comme une nouvelle.

Ce récit qui fait le portrait d’un couple qui n’arrive jamais à se décider sur rien (lieu des vacances, soirée au restaurant, réveillon, etc.) est à la fois cynique et croustillant. Aucun épisode ne laisse indifférent. Chacun s’y retrouvera par moments ou reconnaîtra des couples de son entourage, car Hélène Rioux a réussi là où d’autres échouent, à savoir relater des moments anodins de la vie en leur donnant une couleur et une saveur.

Ces Dialogues intimes qui ont tous pour sujet et pour issue l’indécision se laissent lire en vrac ou dans l’ordre, un morceau à la fois ou tous d’un coup. Dans chacun d’eux, il y a ce détail, cette langue qui font de cette lecture un moment inoubliable.

Avant que la journée ne commence vraiment

wilson steer 2

Il aime bien se lever dans la nuit et marcher jusqu’à ce coin de rue, loin de chez lui, où il sait qu’il trouvera le journal du matin, bien avant qu’il ne soit distribué. Ça fait des années qu’il fait le parcours, hiver comme été, qu’il va ainsi dans la noirceur et qu’il rapporte ces quelques feuilles de papier qu’il dévore.

Il aime l’odeur de l’encre fraîche et aussi le fait qu’elle tache un peu les doigts. Un peu comme si ce qu’il lisait s’imprimait à même sa peau. Et quand il a tout lu, sans sauter une ligne, comme il l’a toujours fait, le lecteur de Philip Wilson Steer referme le journal. Ça y est : sa journée peut commencer.