Comme il serait agréable de prendre la place de la lectrice imaginée par l’illustratrice coréenne Nara Shin. Autant pour le fait qu’elle a une pile de livres à ses côtés que pour ses pantalons à fleurs!
Je vous la confie donc pour la semaine afin que vous la racontiez en vos mots, comme vous le faites si bien depuis tant d’années. Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain. Vous avez donc plus que le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je viens à l’instant de valider, de les commenter si vous le souhaitez et d’écrire quelques lignes. C’est avec plaisir que nous vous lirons.
D’ici, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
2 réponses
Depuis quelques semaines ma table de salon ne désemplit pas, suite à ma visite au Salon de la Littérature belge à Mons.
Je venais avec joie de me séparer d’un assez grand nombre de livres qui ne m’avaient pas suffisamment plu ou qui m’avaient juste charmée sur le moment, sans écho indéfectible dans la durée.
J’ai pu en vendre certains, d’autres atterrissant dans une boîte à livres ou sur mon appui de fenêtre, à donner.
Mes étagères étaient tellement surchargées avant cette opération, qu’en reclassant ce qui restait je n’ai pas pu constater hélas qu’elles offraient davantage de place.
Je me retrouve donc à présent avec de nouveaux livres à ranger, moins nombreux que ceux dont je me suis débarrassée. Et pourtant je ne sais trop où leur dénicher un emplacement.
Je ne les ai pas encore tous lus, ce qui rend le rangement plus hésitant. Est-il judicieux de dissimuler au regard des livres non entamés, ou en cours de lecture ?
Mais alors, où les caser sans que tables ou guéridons ne débordent ?
Je contemple les piles à lire avec perplexité. Car il ne s’agit pas d’un seul tas! Et de plus s’y ajoutent des carnets de notes, des magazines…
J’avoue que les bras m’en tombent. Et je pense que je vais tout laisser en l’état, en tout cas pour aujourd’hui, en renonçant pour un temps non déterminé à un usage plus convenu et plus dégagé de cette table, qui n’a somme toute pas l’air si insatisfaite de son utilité éternellement vouée aux lettres.
Les femmes qui lisent sont dangereuses.
Lorsque, au hasard de mes promenades, je vois une femme qui lit, je pense à ce livre de Laure Adler, que j’ai vu pour la première fois, posé sur une table, chez une amie. J’ai découvert alors des portraits de femmes agrémentés de petits textes, réalisés Matisse, Manet, Hopper, Rembrandt et même un magnifique portrait de Marilyn lisant Ulysse. Une photographie d’Eve Arnold.
Il y a si longtemps qu’il me semble l’avoir vécu dans une autre vie.
Il me vient qu’un jour de déprime (certains disent « burn-out »), je suis allé voir un médecin pour qu’il me prescrive quelque chose pour chasser les idées noires.
Après m’avoir entendu, il a eu la sagesse de me dire que le seul médicament qu’il pouvait me prescrire était l’usage d’un appareil photo.
« Prenez un appareil photo et allez vous promener. Photographiez tout ce que vous pouvez. Les lueurs de l’aube, les oiseaux, les branches d’arbres, les feuilles mortes, tout ce qui vous passe par la tête, mais photographiez. Cela vous changera les idées et vous fera penser aux belles choses de la vie. »’
Depuis ce jour, je suis devenu un preneur de photos. Et, j’avoue une maladive fascination pour les gens qui lisent.
Avec pour seul plaisir de figer cette fraction de seconde où la photo est prise.
Ni avant ni après. Juste à l’instant où mon regard est fasciné par leur sérénité. Leur absence de préoccupation du temps qui passe et qui est le mien pour n’appartenir qu’au temps de lire. Un temps hors du temps. Dans un ailleurs rien qu’à eux.
Et il me vient en tête le parfum des choses si anodines, qui laissent des traces dans nos vies. Un médecin et sa drôle de méthode et le souvenir d’un lointain voyage où j’ai découvert, pour la première fois, la couverture d’un livre qui disait que les femmes qui lisent sont dangereuses.
Et les mots de Laure, en quatrième de couverture : «Les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes; depuis l’aube du christianisme jusqu’à aujourd’hui, entre nous et eux circule un courant chaud, une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d’interdits, d’appropriations, de réincorporations».
Vraiment?…