L’équipe de mon hébergeur travaille fort afin de mettre en ligne très bientôt un pays de Lali plus fonctionnel. Le visuel sera un peu différent, mais la machine à écrire à laquelle je tenais ne disparaîtra pas. La deuxième ronde de révision est en cours. Après la troisième, et la confirmation que tout est prêt pour la migration, donc d’ici la fin de l’année, vous pourrez vous promener et (re)découvrir certains billets. Vous avez aussi hâte que moi?
À cette heure-ci, dans huit jours, je m’apprêterai dans les prochaines heures à accueillir mes meubles et quelques caisses de livres, principalement, Le reste a été transporté petit à petit, donné ou jeté. Je pourrai donc enfin installer ma bibliothèque/salle de musique. J’en rêve depuis des mois.
Je suis en congé depuis le 6 octobre et ne retournerai au bureau que mardi. Bien sûr que trier le contenu des sacs et des boîtes était au menu, question d’avancer afin de pouvoir procéder au déménagement de meubles dans les prochaines semaines. Lire l’était aussi. Mais mon vendredi auquel je pensais consacrer de nombreuses heures à la lecture a été chamboulé.
J’ai passé toute la journée à échanger avec mon hébergeur. Mon blogue a de nombreux problèmes comme vous pouvez le constater en accédant à la page d’accueil. Malgré des mises à jour, ce ne sera pas suffisant pour qu’il retrouve sa fonctionnalité. Une optimisation s’impose donc. Elle aura lieu lundi. Donc, pas de panique si le pays de Lali n’est pas accessible ce jour-là.
Peut-être que ce sera l’occasion de lire puisque c’est un jour férié? Je me le souhaite. Ces dernières semaines ne m’ont pas donné l’occasion de me reposer et de me détendre. Je vous épargne le reste de mes soucis, la liste serait trop longue.
Plus de courrier depuis jeudi à la suite d’une conférence de presse du ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, car les employés de Postes Canada ont immédiatement déclenché une grève sans préavis en réaction à son annonce.
Les lettres déposées dans les boîtes à lettres ne seront pas ramassées. Les enveloppes dans les centres de tri ne seront plus traitées. Mon facteur ne s’arrêtera plus chez moi afin d’y laisser quelques cartes postales. Et toutes celles que j’avais adressées pour les écrire au cours de la fin de la semaine afin de les poster mardi vont devoir attendre. Dommage. Je ne pourrai pas souligner la Journée mondiale de la carte postale par une oblitération en date du 1er octobre.
Une dernière lettre arrivée mercredi est sur la table. Je la regarde tristement. Je ne sais pas combien de temps cette grève durera. Mais j’ai encore tellement de cartes à vous montrer que ce n’est pas cet arrêt de Postes Canada qui va m’empêcher d’alimenter ma rubrique quotidiennement.
Parmi tout ce qui a transité de mon appartement à la maison familiale, il y a quatre boîtes qui contiennent ma correspondance depuis 1973. Je me disais que je relirais toutes ces lettres un jour. Mais je sais très bien que je ne le ferai pas. Qu’il y en a trop. Et de personnes dont je n’ai aucun souvenir.
J’en ai lu plusieurs. J’en ai déchiqueté encore plus. Je ne veux pas retomber sur cette lettre d’un ami qui songeait à mettre fin à ses jours quelques jours avant son vingtième anniversaire et que j’ai beaucoup soutenu. Il va bien aujourd’hui. Je ne veux pas relire cette lettre où on me reproche de m’apitoyer sur mon sort alors que je traversais une période difficile. Je ne veux pas parcourir les lettres de Christine, disparue en 2020. Je ne veux surtout pas m’embarrasser des cartes de souhaits de mes ex-beaux-parents et des lettres de leur fils. Je me demande comment il se fait que je ne les aie pas détruites, d’ailleurs. Probablement parce qu’elles étaient au milieu des autres. Tout est classé par année.
J’en conserverai, bien sûr. Je ne peux pas évacuer tout mon passé sous prétexte qu’il me faut faire un grand tri avant que chaque objet, chaque souvenir trouve sa place dans mon nouvel espace. Des lettres d’amis qui font toujours partie de ma vie ou dont je n’ai plus de nouvelles, mais qui demeurent présents dans mes pensées, ne seront pas détruites.
J’ai tant aimé la correspondance, qui a été en dehors de la lecture mon activité principale toute mon adolescence, pendant mes années d’université et même après. Le rythme a ralenti avec la trentaine. Mais je reçois toujours du courrier en dehors des cartes postales. Et soulever le couvercle de ma boîte aux lettres est un des plaisirs de mon quotidien, même si celle-ci est parfois vide.
Un courriel ne me procurera jamais l’émotion qu’une lettre manuscrite suscite.
J’ai vidé tant de sacs et tant de boîtes que je mérite bien de me reposer un peu ce soir. Sofa, livres et musique m’attendent donc. Je fermerai les yeux un moment pour ne pas voir tout ce qui est encore à trier. J’ai le droit, non?
Nous ne sommes que de passage. Dans la vie des autres comme dans la vie tout court. On me l’a rappelé récemment.
Mais il y aura toujours ceux et celles qu’on n’oubliera jamais, et d’autres dont on voudrait oublier les traces dans nos vies.
Il y aura aussi des moments inoubliables, des sourires, de la complicité, des souvenirs partagés. Et une envie que s’éternise mon passage dans la vie de certaines personnes et qu’il en soit de même du leur dans la mienne.
J’ignorais totalement que j’avais conservé des carnets d’adresses qui datent sûrement de trente-cinq ans, voire davantage. Ils étaient sagement rangés dans une boîte, avec des lettres, des cartes postales, des programmes de théâtre, entre autres, attendant leur heure. Il a fallu un déménagement et du tri pour que je les retrouve et que j’en examine le contenu.
À l’époque, mon amie Roseline n’avait pas quitté la maison familiale, à deux rues d’ici, mon oncle Guy était toujours vivant, de même que mon cousin Philippe et mon ami Normand. Et tant d’autres. Chantal vivait alors à Vannes, Pauline en Chine, Sonia à Montréal, et j’avais des correspondantes en Turquie, en Roumanie, en Belgique et en France. Les parents de ma filleule ne vivaient pas encore ensemble. D’autres couples se sont séparés depuis. Mais mon amie Marie-Francine a toujours le même numéro de téléphone.
De plus, ces carnets contiennent les numéros de téléphone personnels de plusieurs écrivains québécois, ce qui m’a étonnée. Mais c’est probablement normal, car j’animais alors une émission littéraire à la télévision communautaire.
Nombreux sont les noms qui ne me disent rien du tout. Qui est donc cette Véronique qui habitait Tours? Cette Monique de Madagascar? Cette Mariza du Brésil? Peu importe. Tout est passé à la déchiqueteuse.
Je mérite une pause lecture. La meilleure façon de passer du passé au présent.
Tout ce tri au quotidien, qui fait remonter des souvenirs quasi oubliés, qui réanime des objets enfouis au fond de boîtes, qui remet en scène celle que je fus à différentes périodes de ma vie, a de quoi me bouleverser certains jours. Mais cet exercice est nécessaire. On ne va pas de l’avant sans tourner certaines pages, sans laisser derrière soi l’inutile ou le trop lourd.
Chaque objet dont je me défais, que je le donne, que je le jette, que je le range, avait une histoire. Ou n’en avait pas. Il est d’ailleurs plus facile de me départir de bibelots, de vêtements, de meubles, de livres qui ne font surgir aucune émotion.
Le passé occupera toujours une place dans mon futur. Mais pas toute la place ou une trop grande place. Et quand chaque bibelot, chaque tableau, chaque livre, chaque photo sera là où il doit être dans cette maison où j’ai grandi et qui devient petit à petit celle où je vivrai quelques années sûrement, je pourrai lire, lire, lire et encore lire sans penser à tout ce qui n’est pas encore trié.
J’ai passé des heures à lire. D’autres à écrire et à nager. Et je rêvais que quelqu’un me chante cette chanson interprétée par les Bay City Rollers qui jouait à la radio cet été-là. Ce n’est qu’avant-hier que j’ai appris que Dusty Springfield avait été la première à chanter I Only Want To Be With You douze ans plus tôt. Ce qui m’a donné le goût de réentendre la version des cinq Écossais. Un peu de nostalgie ne nuit pas. Au contraire.