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Le salon de la lectrice

genevieve terver noel

Il y a toujours ce moment difficile où il faut partir, où il faut quitter la pièce où s’entassent les livres et les tableaux. Il y a toujours cette minute où elle jette un dernier regard sur la pièce avant de fermer la porte.

La lectrice de Geneviève Terver-Noël est là, mais on ne voit que ce qu’elle voit et non pas elle. Cette pièce à laquelle elle dit au revoir tous les matins. Et qu’elle retrouve le soir, comme d’autres retrouvent un mari ou des enfants.

Le livre à l’envers

shi mo

Quand on l’a appelée, la lectrice de Shi Mo a laissé ouvert le livre et l’a mis à l’envers pour retrouver sa page plus tard. Elle fait toujours comme ça, même si on lui a enseigné qu’il est préférable d’utiliser un signet. Mais elle n’aime pas. En utiliser un, c’est fermer le livre et elle aime qu’il soit ouvert. Toujours prêt.

Or, certains ne supportent pas cette habitude qui cassent les reliures, qui font que les livres s’ouvrent à certaines pages. Certains n’aiment pas non plus qu’on plie les coins des pages. D’autres qu’on écrive dedans.

Je me rends compte que j’ai toutes les habitudes. Et pas juste une seule. Comme si certains livrent se prêtaient à une façon de faire et d’autres à une autre. Et pourtant, ce n’est pas que je n’aie pas de signet sous la main. Au contraire. Mais je ne me plie pas à cette obligation qui est celle de la majorité des gens. Je fais à mon aise. Tantôt, je fais comme cette lectrice. D’autres fois, non. Et si je cherchais à savoir pourquoi, je ne sais pas si je trouverais d’autre raison que l’humeur du moment.

Sur la route de l’école

sherban

Elles ont peut-être sorti un livre de classe sur la route de l’école, mais je préfère penser que c’est autre chose.

L’une des lectrices de V. Y. Sherban fait voir à l’autre un magnifique livre qu’on lui a offert. Un de ces livres qu’on conserve toute sa vie et qu’on devrait transmettre. Peut-être était-il à sa mère autrefois et même à sa grand-mère.

Les illustrations n’ont pas les couleurs vives de celles d’aujourd’hui. Le livre ne présente pas non plus tous ces logotypes d’aujourd’hui. Mais il a la mise en page soignée des livres d’autrefois. Et surtout, il a une histoire. Et c’est ce que l’une raconte à l’autre, en précisant lequel des contes était le préféré de sa mère, et pourquoi. Et tant pis si elles s’attardent un peu et arrivent juste à l’heure et pas plus tôt, comme elles en ont l’habitude. Elles vivent là un beau moment de partage, sur la route de l’école. De ceux qu’on ne remplace pas.

Des lectrices fatiguées

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Et parfois, tout comme moi, tout comme vous, elles s’entêtent, malgré la fatigue. Elles ouvrent un livre dont elles ont du mal à suivre l’histoire jusqu’à ce que finalement, à force de dodeliner de la tête, elles finissent par sombrer dans le sommeil réparateur.

Les lectrices d’Abdur Rehman Chughtai, malgré leur volonté, n’ont rien pu faire contre leur corps qui ne suivait plus. Malgré, peut-être, le plus formidable des romans. Malgré une magnifique envolée poétique.

Il ne sert à rien, parfois de s’entêter.

Déjà sept!

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Je me réjouis de constater que la toile de Kirsten Soderlind a déjà inspiré sept d’entre vous depuis dimanche. C’est un des bonheurs du jour. Il y a aussi dans ces bonheurs le fait qu’il y ait encore cinq jours avant que je ne valide ces textes… et je l’espère, quelques autres!

Un bonheur que je savoure, même si je suis un peu fatiguée ce soir, si fatiguée que je viens à peine de me lever après une sieste prolongée et entamée presque dès que je suis rentrée. Une sieste de laquelle s’éveille peut-être aussi la lectrice de Didier Caudrelier qui reprend tranquillement ses esprits.

Des livres partout

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C’est quand j’entre dans une pièce nue, sans toile au mur, sans livres sur des rayons ou éparpillés sur des tables, que je sens un malaise en moi, non pas quand je me retrouve dans un bureau comme celui du lecteur de Sarah Yuster.

Tout de suite, j’ai envie de m’asseoir là. Tout de suite, j’ai envie de prendre un livre au hasard, de voir ce qu’il lit. D’emblée, cet homme me fait bonne impression. Il me rappelle Émile. Il me rappelle Émile et nos conversations au milieu des livres qui couvraient tous les murs du plancher au plafond dans son bureau de professeur à l’université. Émile dont je pouvais pousser la porte n’importe quand. J’arrivais parfois avec un livre sous le bras et une fois sur trois je découvrais qu’il l’avait lu ou qu’il faisait partie de ses prochaines lectures, puisque le même livre était là, quelque part sur le bureau.

Je me sentais bien dans ce bureau avec cet homme qui aimait les livres. Si bien que je pouvais parler de tout ce que j’avais en tête. Et je n’étais pas la seule à le faire. Émile me parlait de sa vie à Rome autrefois, de ses enfants, de théâtre, de Paris. Jamais il n’y a eu autre chose que de l’affection entre nous, même si je crois que ça a fait jaser dans les corridors. Je n’en avais rien à faire et lui non plus. Il y aura toujours des gens pour médire et on n’y peut rien.

Plus de vingt ans ont passé depuis ces moments privilégiés entre nous. Je n’ai jamais croisé Émile depuis que j’ai quitté l’université. Il est peut-être encore entouré de livres, non plus à l’université mais chez lui. Et peut-être a-t-il dans sa vie une petite-fille ou un petit-fils qui vient s’asseoir avec lui pour écouter ses histoires et lui raconter les siennes, comme je le faisais. Je le lui souhaite.

Si je pouvais…

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La petite lectrice de Jeff Mack, auteur/illustrateur de livres pour enfants, est ravie. Il n’y a qu’à voir son visage penché sur les mots, tous les livres autour d’elle qui l’abritent, pour l’affirmer.

C’est une véritable image de bonheur que de la voir au milieu de tous ces livres qu’elles a sortis et ouverts. De constater qu’elle a en elle cette curiosité avide qu’elle doit absolument nourrir par des mots.

Nous serions bien mal venus de la déranger, je crois. Moi, je n’oserais pas, du moins. En fait, ce que je ferais peut-être bien serait d’aller chercher moi aussi une montagne de livres, de m’allonger entre eux et d’oublier d’aller travailler. Si je pouvais…

Il faisait beau à Bruxelles

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Il faisait beau à Bruxelles il y a quelques jours, quand Jean-Marc a pris ces photos pour me dire qu’il m’attendait, que la ville m’attendait, qu’elle s’était faite belle, peu importe si je pouvais aller la retrouver et revoir mes amis en juin ou en août. Elle sera toujours là, Bruxelles ma belle. Pour moi. Peu importe la saison.

Pensive

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Le livre est fermé. Peut-être pas encore commencé ou terminé. Quoique j’opterais pour la seconde option à voir ainsi pensive la lectrice de Susan Watkins. Avec cette impression très forte qu’une phrase l’a touchée. Intensément. Une de ces phrases qui bousculent. Qui, parfois, éclairent. Qui, le plus souvent, heurtent de plein fouet.

J’imagine une de ces phrases. Une de celles qui, quand on la lit, nous font dire : c’est ça. Et justement parce que c’est ça, et pas autre chose, la vie n’est plus étale. Et c’est, je crois, une de celles-là qui est entrée dans la vie de la lectrice et qui la laisse ainsi pensive.

Ce petit vent

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Il fait ce petit vent qui fait bouger les rideaux, ce petit vent qui n’existe qu’au printemps et qui donne envie de s’asseoir près de la fenêtre ouverte pour le goûter, le respirer. Il fait ce petit vent qui a fait la lectrice d’Eric Bari s’installer là où il peut entrer à l’aise et peut-être tourner les pages si elle laissait le livre ouvert sur le fauteuil le temps d’aller chercher quelque chose à boire ou à manger.

Il fait ce petit vent d’avril dans le salon de la lectrice et dans le mien, ce petit vent si agréable qui laisse sur les lèvres un sourire.