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Pas de Bruxelles en février

foiredulivre

Il est doux de rêver, de se projeter dans le temps et dans l’espace… Et tant que le rêve est là, il nous porte et nous donne une raison d’avancer. Mais quand on n’y a plus accès, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec nos compétences, que devenons-nous ? Quand il se voit reporté, peut-être, comment ne pas avoir un léger pincement au cœur?

J’ai rêvé de la foire de Bruxelles en février 2006. Je souhaitais tant me baigner de cette ambiance, rencontrer des gens, faire découvrir la littérature québécoise que j’aime tant aux lecteurs de ce pays que j’affectionne. Je le souhaitais tant. Mais il n’y aura pas de Bruxelles en février.

Heureusement, je peux encore rêver. Me souvenir de Bruxelles et d’ailleurs. Des amis qui ont fait de mes dernières vacances une suite de moments exceptionnels. Ouvrir mes guides et partir sans bouger de mon lit. La Belgique n’est pas à 6000 km, elle est en moi.

Il m’arrive de me demander comment ce pays, ses paysages, ses écrivains, sa peinture, sa musique, sa cuisine, les gens qui y vivent – et qui font partie de ma vie surtout – ont pu à ce point changer le cours de ma vie. Je sais seulement qu’il en est ainsi. Et que si février ne me permet pas de retourner en Belgique, l’été me le permettra.

Ce rendez-vous est inscrit. Et ne dépend pas de facteurs hors de mon contrôle.
Je serai là dans quelques mois. Pour un café, pour une promenade, pour un concert, pour un repas.
Et d’ici là, je serai ici, avec mes mots et mes images pour me raconter, pour vous faire part de mes trouvailles, de moments que je n’oublierai pas.

Bruxelles est reporté. Mais la vie n’attend pas.
Elle me tend les bras et je fonce!

RIP à ma messagerie vocale

telephone

Depuis vingt-quatre heures, je déteste plus que jamais la boîte vocale de mon téléphone. À cause d’un message, précisément, mais je vous épargnerai les détails.
Déjà que d’écouter des messages de gens me proposant de venir laver des tapis que je n’ai pas, de sondeurs voulant à tout prix que je les rappelle parce qu’ils tiennent à mon opinion, de supposées compagnies qui m’offrent des voyages, me mettait en rogne. Si bien que souvent, je n’écoutais pas mes messages ou le faisais des jours et des jours plus tard. Après tout, si on ne veut rien me vendre, on sait où me joindre.

Je revendique donc le droit de ne plus me laisser envahir par des messages. De ne plus avoir de répondeur ou de messagerie vocale. Pour ne pas entendre les messages inutiles ni ceux qu’il aurait mieux valu entendre de vive voix.
Je revendique aussi celui de ne répondre au téléphone que si j’en ai envie.
Et au téléphone cellulaire, si ça me chante.
Celui de n’ouvrir la porte à personne, si je ne suis pas d’humeur pour.
Celui de ne pas répondre dans la demi-heure à un courriel reçu.

Je revendique le droit à ma propre paix.

Qui m’aime saura que je ne l’aime pas moins pour autant.
Qui m’aime comprendra que Lali en a assez d’être envahie et que la messagerie vocale de son téléphone vient de signer son arrêt de mort.

Nouvelles du grand possible

thiry

Du café des sports de Hamoir, il reste des visages, des sourires, une soirée Trivia, le pékêt coca, bien entendu… Et curieusement, une heure littéraire dans ce café où on cause rarement livres !

Il suffisait que se trouve là un journaliste du Soir, ami de Jean-Claude, le patron, pour que je puisse exprimer ma passion pour la littérature belge! Il faut dire que les jours précédents, nous étions tous deux passés par la librairie d’Aywaille et y avions acheté le même livre, ce qui crée une belle entrée en matière!!

Ce livre trouvé en solde dans les bacs dehors, je ne l’ai lu qu’au retour, tout en connaissant l’auteur et l’importance qu’il a eue dans la littérature. Marcel Thiry (1897-1977) est un incontournable. Et de tous les livres qu’il a écrits, Nouvelles du grand possible est probablement celui qui nous introduit le mieux à sa prose. Et ce livre m’attendait à Aywaille, alors que je ne savais pas ce que je cherchais.

Ce recueil de nouvelles, publié en 1960, que j’ai dévoré durant mes longs trajets en métro (vingt et une stations à l’aller, autant au retour) est tout sauf banal. L’univers de Thiry, assis sur un réel apparent, se fragilise au contact d’éléments fantastiques qui donnent au récit une tournure inattendue. C’est probablement cet inattendu qui séduit dans ces nouvelles, où l’auteur s’aventure de plus dans la science-fiction, forme à laquelle je suis souvent rébarbative, mais dans laquelle j’ai plongé, tant tout cela était mené avec brio et intelligence.

Pas étonnant que Marcel Thiry fasse partie des figures de proue de la littérature belge. Il y a apporté un souffle nouveau, donnant ainsi au fantastique ses lettres de noblesse.

Je me demande parfois si Guy, le journaliste croisé soir de juillet, y a trouvé autant de plaisir que j’en ai éprouvé à me laisser porter par l’imaginaire non conventionnel de Thiry.

Je me demande aussi comment les livres arrivent jusqu’à nous, quel rôle ils jouent dans nos vies. Mais comme les réponses sont infinies, je ne me laisse pas trop envahir par ces questions.

Je sais le bonheur des mots, de tourner les pages, de prendre le large. Et qu’avec ces nouvelles, ce fut un formidable voyage!

Ne pas prendre le train à Charleroi

gare

J’aime les gares.
Peut-être parce que je viens d’un pays où on ne voyage presque jamais en train.
Peut-être parce que les gares, c’est déjà être ailleurs.
Gares où on arrive, gares d’où on part, gares où on se donne rendez-vous.

Dès que je franchis l’océan, ma vie se calque aux horaires des trains en partance.
Paris-Liège. Comblain-la-Tour-Huy. Liège-Bruxelles. Liège-Ostende. Huy-Bruges.
Quelques trajets. Les paysages qui changent. De la verte Wallonie à la Mer du Nord.
La drache, ou un ciel si lumineux qu’il éblouit, et toutes les nuances de gris. De ma banquette, de mon siège, tout aura défilé sous mes yeux. Me laissant tantôt rêveuse, d’autres fois souriante, quelquefois nostalgique, jamais indifférente.

Si de ces gares persistent en moi les souvenirs d’horaires, d’un café bu dans les marches d’un escalier, des pas pressés des gens qui semblent savoir où ls vont, d’une valise trop lourde, il en est une que je n’oublierai jamais.
Une gare, où un train ne m’a pas emmenée. Une que je n’ai pas quittée en train pour une autre destination.

Je n’ai jamais franchi les portes de la gare de Charleroi. Je n’en connais que le poste d’attente.
Et qu’est-ce que c’était bon d’attendre, le cœur léger, ce grand gaillard venu me cueillir pour une journée à nous deux, une journée inscrite au cœur de ce périple comme une de celles où le temps a passé encore une fois trop vite, un pacte d’amitié inconditionnelle scellé.

Fabien, Fa comme la note de musique, l’alchimiste-poète adopté comme petit frère, sur le net, au fil de conversations sur la vie, sur l’écriture, sur Vian et Prévert, m’a trimballée jusqu’à Redu, le village du livre, via un petit crochet par la France. Complicité, regards, fous rires, révoltes, repas, kilomètres, paysages, nous avons tout partagé ce jour-là. Intensément. Avec la conscience que cela ne se reproduirait pas de sitôt, mais sans y penser constamment.

Il nous fallait Redu comme destination.
Il nous fallait Redu pour nous épier l’un l’autre par dessus les livres, entassés, classés, ou en fouillis.
Il nous fallait Redu pour les reliures, pour les pages noircies d’encre.

Il nous fallait Redu pour nous unir plus que jamais.
Et toujours Redu il y aura. Et la poésie.
Et nos yeux qui brillent de ce même feu.