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Dans un silence incertain

Se taire à l’écoute

pour qu’un poème respire
il faut le silence
silence liminaire
des lentes germinations souterraines
lorsque jaillissent les mots
dans l’éclat des enfantements

silence
quand la voix se repose
et que le texte n’en finit pas de résonner
dans nos solitudes visitées
,

a écrit Colette Nys-Mazure.
Et je reste là, avec ma poignée de mots, dans un silence incertain, incapable de les agencer.
Comme s’ils n’avaient plus sens, plus cours.
Et je me tais, tandis que je les lance sans savoir s’ils atteindront une cible dont je ne sais rien.

*toile de Mark Thompson

Quelques romans épistolaires

Quand Chris, qui a beaucoup aimé 84 Charing Cross Road, et elle est loin d’être la seule à avoir une affection bien spéciale pour ce récit signé Helene Hanff, m’a demandé de lui suggérer d’autres romans épistolaires, j’ai décidé de faire profiter les amis du pays de Lali de ma réponse plutôt que de lui envoyer un courriel.

Voici donc, pour qui, comme Chris, aime les romans où s’échangent des lettres, quelques titres :

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, pour Guernesey, pour ses personnages, pour la tendresse qui se dégage de cette histoire sur fond de Seconde guerre mondiale.
Angéline de Montbrun de l’écrivaine québécoise Laure Conan, parce que c’est un classique, que c’est le premier roman épistolaire que j’ai lu, il y a de cela 35 ans, et parce que j’en conserve un souvenir ému.
Inconnu à cette adresse, court roman ou longue nouvelle, un des titres les plus bouleversants de ma vie de lectrice.
L’amour est à la lettre A de Paola Calvetti, par pour l’histoire d’amour, mais bien pour la librairie de l’histoire.
Vingt-quatre heures d’une femme sensible, qui réunit des lettres de toute beauté, mettant en scène de vrais personnages de roman, comme il n’en existe plus.
L’immense abandon des plages de la Québécoise Mylène Durand, malgré un sujet difficile (le suicide d’une mère), pour la langue magnifique, les images évoquées et les paysages.
Cher Diego, Quiela t’embrasse, pour le Paris des peintres de Montparnasse, pour Diego Rivera, pour celle qui a été sa première épouse, pour la plume remarquable d’Elena Poniatowska.
Les lettres chinoises de Ying Chen, où il est question d’amour, de déracinement, de mal du pays dans un livre remarquable qui a marqué la littérature de chez nous.
Se résoudre aux adieux de Philippe Besson, un livre à moitié réussi, mais dont l’écriture simple est forte et évocatrice.
Un homme à distance de Katherine Pancol, parce que c’est une histoire de libraire, et que je suis incapable de résister à de telles histoires.
La tentation d’Édouard de la Belge Élisa Brune, un regard sur l’art, sur la beauté, sur l’être humain, sur le quotidien et sur les fantasmes.

Et maintenant, à vous d’ajouter quelques titres à la liste destinée à Chris!

*toile d’Édouard Vuillard

Vous en avez une aussi?

Jour après jour, depuis dimanche, il n’a cessé de contempler la toile qui vous a été offerte. Cent histoires lui sont venues qui se sont échappées. Sauf une. La bonne. Celle qu’il a choisi de partager avec nous. Vous en avez une aussi?

*toile de Samuel van Hoogstraten

Où serons-nous… 3

La nuit se fait venteuse
le corps se vide
l’âme est une idée fragile
bruissant au passage
d’un fleuve dans les cimes

Jacques Ouellet, Où serons-nous dans une heure

*choix de la lectrice de Duc Truong Huyen

Vers le bleu

Le titre ne pouvait être qu’un clin d’œil à une toile de Kandinsky, ai-je pensé en ouvrant Vers le bleu, le premier roman de Julie Gravel, qui met en scène les états d’âme de Manue, qui peint. Mais le livre refermé, je ne le pense plus. Ce bleu vers lequel tend Manue est plutôt le bleu du ciel, le bleu du bonheur, auquel elle aspire après ses déboires amoureux, ses attentes, ses rêves continuellement déçus, qui nous sont ici relatés en détail et en désordre, dans une structure qui se veut inutilement complexe.

Et pourtant, Julie Gravel a une jolie plume. Elle sait créer des images et des situations, parler de sentiments, construire des personnages. Mais cette histoire qui n’en finit pas avec les allers et retours de Simon en continu dans la vie de Manue, parce qu’il tient trop à sa liberté tandis qu’elle joue à Pénélope, finit par agacer. Non pas que tout ceci ne soit pas plausible. On a juste envie que Manue se secoue un peu, qu’elle sorte de ce tourbillon dans lequel elle est prise au piège. Un piège, d’ailleurs, dans lequel elle semble se complaire.

Vers le bleu n’est pas un mauvais roman. C’est même une belle entrée en littérature, car Julie Gravel a visiblement du talent. On ne peut que lui souhaiter de mettre en scène des personnages avec un peu plus de colonne vertébrale dans sa prochaine publication.

Titre pour le Défi Premier roman

À tort et à raison

Dès qu’on émet une opinion, surtout quand il s’agit du travail d’un artiste, qu’il soit question d’une exposition, d’un livre, d’un film, d’une mise en scène, d’un concert ou de toute autre forme que peut prendre l’art, il est certain qu’il y aura quelque part quelqu’un pour vous dire que vous avez tort, que vous faites fausse route, que vous ne connaissez rien à la chose et que vous auriez mieux fait de vous taire.

Dès que vous vous taisez, vous passez pour quelqu’un qui n’a ni culture ni opinion, qui n’ose pas s’exprimer, ou qui ne désire de polémique d’aucune sorte et à aucun prix, et on vous le reprochera deux fois plutôt qu’une.

Autrement dit, vous aurez toujours tort.

Il fallait absolument que je l’écrive. Ou que je me taise. J’ai choisi de l’écrire. Peu importe si j’ai tort. À moins que je n’aie raison?

*toile d’un artiste inconnu de l’École américaine (datant du début du XXe siècle)

Pour mélomanes et amateurs de littérature

Les jeunes femmes peintes par Nikolay Yaroshenko ont de quoi se réjouir. Elles viennent en effet d’apprendre l’existence du tout nouveau blog de mon amie Lune belge et de son ami musicien, Cantus. Un endroit qui devrait plaire autant aux mélomanes qu’à ceux qui apprécient la littérature. Il suffit de suivre le lien pour découvrir ce nouvel endroit.

Ce que mots vous inspirent 579

L’âge ne nous protège pas de l’amour, mais l’amour jusqu’à un certain degré nous protège de l’âge. (Anaïs Nin)

*toile de François-Marie Firmin-Girard

Où serons-nous… 2

On entend souvent n’importe où
une mer un lac une montagne
on peut entendre
la chambre vide
mais c’est toujours soi
à son insu toujours

Jacques Ouellet, Où serons-nous dans une heure

*choix de la lectrice de Melinda Walker

L’homme en carton

L’homme en carton raconte une belle histoire, celle d’un enfant qui a décidé d’aider un sans-abri qu’il croise tous les jours. Il ne s’agit pas d’expliquer pourquoi ces choses arrivent, d’autant plus qu’on ne peut faire de généralités des raisons qui poussent les uns et les autres à la rue, sinon que ce n’est pas là une situation choisie mais subie. Il s’agit plutôt de montrer qu’il est possible d’aider ceux qui n’ont jamais cessé d’être des êtres humains même s’ils ne sont pas toujours considérés comme tels.

L’homme en carton traite de compassion, un sujet qui n’est plus à la mode, mais dont le monde a bien besoin. Avec finesse et tendresse, deux des qualités qu’on retrouve dans les livres signés Roxane Marie Galliez illustrés par Sandrine Lhomme. Un livre que devrait posséder toute bonne bibliothèque municipale ou scolaire.