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Souvenir d’Algarve

Pour demeurer dans le ton de Sobremesa, voici un autre « dessert » portugais, soit un oiseau du paradis photographié en Algarve en septembre dernier par Armando.

Sobremesa, un dessert portugais-polonais

J’aime les confluences et les mélanges, les horizons qui se croisent et s’interpellent. Le nouvel opus de la Polonaise Anna Maria Jopek, laquelle a enregistré en 2002 un magnifique album en compagnie du guitariste Pat Methany, ne pouvait que me plaire. Sobremesa, qu’elle a enregistré avec des voix venues du Portugal et de ses anciennes colonies, constitue un hommage à la chanson portugaise que je ne cesse de découvrir avec gourmandise, sobremesa signifiant incidemment dessert. Un dessert dont je vous offre deux parts en vous souhaitant autant de plaisir que j’en ai eu à déguster ces pièces.


Cabo da Roca


Sodade

Ce que mots vous inspirent 578

Dans la solitude, nous apprenons à tout comprendre, à ne plus rien craindre. (Sándor Márai)

*toile de Richard Thomas Davis

Où serons-nous… 1

C’est le titre qui a attiré la lectrice peinte par Kevin Beilfuss. Ou plutôt la question suggérée par le titre. Où serons-nous dans une heure. Un recueil du poète québécois Jacques Ouellet publié il y a un peu plus de 20 ans. Recueil qu’elle a laissé ouvert sur ces mots :

Ce passage témoigne d’une infinie paresse
tout traîne le vent la fin de l’été
je ne sais plus
entre l’indifférence et le voir
j’hésite
l’instant éclabousse le silence

Paco

Avec Paco, Jacques Folch-Ribas signe un roman sur l’enfance, l’apprentissage de la langue et des langues, la guerre, la révolution et l’amour, mettant en scène un jeune garçon qui, au fil des pages, va devenir un homme. Un roman auquel je reprocherai l’usage alternatif de la première personne et de la troisième qui, dans certains cas, notamment dans Le sermon aux poissons, sert le roman parce que le personnage principal et narrateur est en pleine confusion, mais qui ici déconstruit le rythme et n’apporte rien à la densité des personnages et à la force des situations.

Paco demeure un roman qui se laisse lire, malgré ce détail qui n’agacera peut-être que moi. C’est de plus un roman attachant parce qu’on s’attache à Paco et parce que Jacques Folch-Ribas sait nous prendre par la main et nous raconter une histoire avec une manière bien à lui, où bien souvent tout se joue dans les regards des uns et des autres, entre eux, ou sur les gens, les situations, les objets.

Petit bémol pour qui a révisé le roman : Margarita devient soudainement Magdalena pour redevenir Margarita plus loin. C’est une autre chose qui m’irrite. On ne me changera pas.

Ceci dit, qui a envie de se plonger dans un roman autour de la naissance de la Seconde République espagnole où il ne sera pas question uniquement de politique mais de sentiments à cause de la jeunesse du personnage principal, sera servi. Paco reste un roman réussi malgré mes réserves.

Un monde d’aquarelles

C’est une raconteuse. Pas en mots, mais en images. Skasia a choisi la photographie et l’aquarelle pour vous faire part de ses histoires. Envie de voir la suite? C’est par ici.

Francesca

Je me suis éloignée. Je suis allée là où ses mots n’auraient plus prise. Où ils ne noieraient pas la chaleur des miens dans un vinaigre dont elle seule a le secret.

Francesca-la-parfaite qui avait assassiné tant de rêves autour d’elle par des remarques acerbes au fil des mois, ce qui avait fait dire à plus d’un qu’elle était négative, va devoir trouver oreilles autres que les miennes. Le vase avait débordé depuis longtemps quand je lui ai souhaité de bonnes vacances et qu’en guise de remerciement elle s’est plainte des valises à faire.

Je me suis éloignée. Je m’éloignerai encore. Jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un point à l’horizon alors que je m’envelopperai des mots du bonheur encore intacts.

*toile de Louise Robinson

Ce que mots vous inspirent 577

Lire sans crayon, c’est lire de loin. (Christine Orban)

*toile de Roberto Ploeg

Poèmes désorientés 4

Quand je t’ai rencontrée
je ne savais pas que je t’aimerais
j’ai cru que je serais sauf
que la fin viendrait par accident
simple efficacement par oubli
sans vainqueur ni victime
sans mémoire surtout
je ne savais pas
que tu resterais comme une asphalte
sur la grève en ressac de la marée
et reprise encore sous l’œil du goéland
la mort experte
l’éternité
rien n’est moins mort que la perte
quand je t’ai rencontrée
je ne savais pas que tu habitais
la mort qui veuve efface l’asphalte
au désarroi du goéland.

Serge Ouaknine, Poèmes désorientés

*choix de la lectrice de Luke Fildes

Le sermon aux poissons

Le titre choisi par Patrice Lessard est évidemment un clin d’œil à Antonio Vieira et à son Sermmon de saint Antoine aux poissons, qui compte parmi les œuvres majeures de la littérature portugaise et qui a franchi les siècles sans perdre de son actualité, le sermon pouvant être adapté selon la situation. L’auteur, en plus de s’inspirer du titre de Vieira pour son propre titre, a choisi de mettre un extrait en exergue et aussi de faire parler un personnage de ce sermon.

Le sermon aux poissons a été écrit à Lisbonne par un auteur qui a eu le coup de foudre pour cette ville il y a des années et qui y est retourné plusieurs fois depuis tant et si bien qu’il nous l’offre comme l’aurait fait un Lisboète, sans jouer le touriste. Il est vrai que son personnage principal, qu’il raconte ou dans lequel il se glisse, empruntant le « je » comme le « il », Montréalais, a choisi de s’installer à Lisbonne, pour changer de vie, ou à tout le moins avoir une vie qui lui ressemble davantage.

Antoine, car tel est le nom du personnage, autre clin d’œil à Antonio Vieira, laisse partir Clara, qu’il aime, espérant qu’elle reviendra, sans savoir si elle le fera, parce que migrer à Lisbonne est la seule chose qui lui tienne à cœur. Le roman commence donc le lendemain du départ de celle-ci. Roman, à l’image d’une traversée du désert, où le héros fait le tour de ceux qu’il a connus, où s’entremêlent toutes les femmes, dont les prénoms de terminent par un A, comme Clara, Clara l’inoubliable qu’il finira par confondre avec toutes dans le désordre que devient sa vie alors qu’il se retrouve sans elle dans cette ville aimée autant qu’il l’aimait elle.

Partagé entre deux amours, ayant choisi de privilégier celui pour la capitale portugaise au détriment de celui pour Clara, Antoine est déboussolé. Perdu. Paumé. Pas malheureux mais pas lui-même. Pas encore. Ce qui nous donne un roman déboussolant, où Antoine parle de lui à la troisième personne par moments, où des bouts de phrases sont quasi identiques, à l’image de l’œil d’une tornade qui ramasse au passage des bribes de ce qui l’entoure.

Roman déstabilisant. Loin des conventions. Et où les dialogues sont à même la narration. Roman sur un homme, sur son passé, sur son avenir incertain. Romain aussi, surtout, sur Lisbonne, par un écrivain et un personnage qui, vraisemblablement, en sont tombés amoureux.

Titre pour le Défi Premier Roman