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Le lecteur tiré à quatre épingles

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Si des livres n’étaient pas restés sur le lit du lecteur de Lodewijk Bruckman, si certains d’entre eux n’étaient pas ouverts sur une chaise, celui-ci nous aurait paru froid, voire distant. Mais à cause de ces deux petits détails, on oublie le côté bien mis du monsieur. On oublie aussi la bibliothèque impeccablement rangée.

L’homme a beau être tiré à quatre épingles – pour un rendez-vous important, on peut le supposer -, il reste un amoureux des livres et des mots qui a du mal à quitter son petit univers et qui, la lettre écrite, les livres feuilletés, a laissé ceux-ci sur le lit pour le moment où il rentrera.

Aussi bien profiter de la nuit

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Quelque chose l’a réveillé. Le vent qui sifflait ? Le toit qui craquait ? L’aboiement d’un chien ? Il n’en est plus très sûr. Ce qu’il sait, par contre, c’est qu’il n’est plus en mesure de dormir.

Le lecteur d’Emily A. G. Colles est descendu sur la pointe des pieds pour ne troubler le sommeil de personne. Ce n’est pas parce qu’il ne dort pas que tous doivent faire de même.

Et puis, il se dit qu’il a amplement dormi pour pallier à la chose et que ce sera l’occasion de profiter du silence pour reprendre sa lecture. Le jour viendra bien assez vite. Aussi bien profiter de la nuit.

Celle qui a sauvé les livres

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Il y a quelque chose de Jeanne dans cette toile de Joseph Fricero. Dans cette façon de tenir son livre, dans son profil. Jeanne qui, chaque fois que je la croise, a un livre ouvert auprès d’elle. Et qui, sachant que j’aime les livres, me fait chaque fois partager ce qu’elle est en train de lire avec enthousiasme.

Et récemment, Jeanne m’a fait part d’une bien jolie histoire. Il y a quelque temps, elle a perdu un de ses oncles. Et comme dans toutes les histoires d’héritage, chacun espérait un magot. Mais pas elle, Jeanne n’est pas de cette sorte de gens. Les uns ont eu de l’argent, d’autres des biens. Personne n’a voulu des livres. Il y en avait des caisses et des caisses. Certains étaient même prêts à les jeter.

C’est elle qui les a sauvés. Là où d’autres n’ont vu que des ramasse-poussière, elle a vu un trésor. Un trésor qui va durer toute ma vie, a-t-elle ajouté. C’est près de 1000 livres qu’elle a rescapés et qui vivront à nouveau grâce à elle. Ceux que son oncle qu’elle aimait a lus et qui feront qu’il sera toujours vivant, lui aussi.

Et je dois dire que c’est une des belles histoires qu’il m’ait été donné d’entendre.

La chambre d’hôtel

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Il laisserait la carte magnétique dans une enveloppe à la réception. Ainsi, elle pourrait accéder à la chambre tandis qu’il assisterait à une réunion quelque part au centre-ville. De plus, sur le lit serait posé un livre pour lui tenir compagnie avant qu’il ne vienne la retrouver.

Elle pourrait prendre un bain, s’approprier les lieux avant qu’il ne rentre. C’est ainsi qu’ils avaient pensé la chose, mais alors qu’elle est à quelques heures du rendez-vous, elle ne sait plus. Elle doute. Tant d’années ont passé depuis cette époque où ils étaient amants. Tant d’années ont passé, laissant là des rondeurs qu’elle n’avait pas en ce temps-là, des rides sous les yeux aussi.

La lectrice de Christine Lebœuf a pourtant envie de cette mise en scène qu’ils ont concoctée ensemble il y a déjà quelque temps, alors que la vie a fait qu’ils se retrouvent par hasard, même si en cette minute un nœud lui barre l’estomac.

Elle voudrait qu’il entre dans la chambre d’hôtel et la trouve ainsi, de dos, aussi désirable qu’autrefois. Et qu’il s’approche tout doucement afin que leurs yeux puissent se faire l’amour bien avant que leurs peaux se mélangent.

Cette scène de celle qui attend dans une chambre, elle l’a rêvée, imaginée si souvent, que ce soir elle se demande s’il ne vaut pas mieux la laisser au pays des rêves pour ne pas l’abîmer.

La table

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On dirait une installation de fortune. Mais en fait, c’est sa façon de faire, car il aime bien qu’il y ait beaucoup d’espace et peu – ou pas – de meubles dans son salon. Il installe la table juste quand il en a besoin et de même va-t-il chercher la chaise de son bureau. Comme il l’a fait ce soir. Pour lire près des murs remplis de livres, mais où il a de l’espace.

Le lecteur de Vyacheslav Shevchenko est peut-être considéré comme un original par certains, mais il n’en a rien à faire. Il aime, quand il ne se sort pas sa table, s’asseoir au beau milieu de la pièce déserte de fauteuil, de sofa et de table à café, et regarder les rayons de bibliothèques qui font le tour de celle-ci. Les regarder longtemps. Puis aller en prendre un, au hasard. C’est à ce moment qu’il installe sa table un peu bancale. Quand un livre aura demandé à être ouvert.

Dans les couleurs du tableau

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Elle a fermé le livre pour écrire. Une lettre ? Un poème ? Sa plume a été aussi alerte que son esprit pour les premières lignes. Tout était clair : elle savait exactement ce qu’elle voulait écrire. Tout est sorti d’un trait sans qu’elle ait à réfléchir une seule seconde.

Mais au moment de continuer, d’enchaîner sur cette nouvelle idée qu’elle avait en tête, les mots se sont rebellés et la plume de la lectrice d’Arina Makaryan est restée suspendue. Son regard s’est posé sur la toile sur le mur. Peut-être est-ce cette toile qui l’inspirait alors que les phrases jaillissaient toutes seules. Peut-être cherche-t-elle dans les couleurs du tableau ce qu’elle voulait en dire.

L’heure de la pizza

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La semaine est enfin finie. Ma pizza congelée préférée – aux épinards – est au four et ça sent déjà bon. J’ai enlevé mes bas, il va de soi : je ne suis bien chez moi que pieds nus. Le ciel est d’un bleu magnifique et toutes les fenêtres sont ouvertes.

Et la soirée débute. Avec toutes ces toiles et leurs histoires. Avec un peu de musique et des livres. Sans rien savoir de ce que sera le programme, car je n’ai rien décidé et vais plutôt me laisser porter.

Pour l’heure, la pizza m’appelle…

De pièce en pièce

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Elles vont de pièce en pièce, comme je vais d’époque en époque, à la rencontre de lecteurs et de lectrices. Ceux-ci peints par des artistes reconnus ou non, de partout dans le monde, de façon réaliste comme impressionniste. Ou sculptés dans différents matériaux.

Elles vont de pièce en pièce en compagnie d’un livre et les lectrices de l’artiste écossaise Jan Wightman s’émerveillent comme c’est mon cas devant leurs poses, leurs décors.

Elles vont de pièce en pièce comme elles feraient le tour du monde, celui où les emmènent les écrivains qu’elles lisent.

Dans son univers

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Il y a de l’animation autour d’elle, des gens qui bougent, qui marchent, qui s’activent. Mais la lectrice de Rogier van der Weyden est toute à son livre et rien ne la détournera de celui-ci. Même si les gens doivent la contourner. Même si parfois elle entend une remarque désobligeante à son égard. Tout cela ne l’atteint pas. Elle est dans son univers de bonheur à elle, loin de tout ce qui l’entoure. Absente. Présente seulement aux mots.

Celui qui se pose sans cesse des questions

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En est-il à la première lecture de la lettre qu’elle lui a écrite ou s’est-il allongé pour la relire pour la troisième ou la quatrième fois ? Probablement relit-il les mots sur le papier. Oui, probablement les relit-il en tentant de soupeser chacun de ceux-ci, d’en chercher le sens caché, alors que tout est là, noir sur blanc, sans équivoque. Mais le lecteur de John Singer Sargent est un homme qui doute, un homme qui se pose sans cesse des questions, qui cherche au delà des apparences. Peut-être même ce côté inquisiteur qui lui est propre est-il trop envahissant et l’empêche-t-il de vivre tout doucement les émotions. Sans chercher le pourquoi du comment.

Mais il n’est pas bâti ainsi. Il lui faut toujours tout analyser. Elle le lui a souvent dit. Et encore cette fois.