Lali

26 mai 2007

Le livre restera là

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 16:47

bonnard 3

Il fait ce ciel bleu des amitiés heureuses qui se déploient dans un jardin autour d’un repas. Il fait ce ciel magnifique et sans lourdeur attendu.

Le livre restera là, tout comme la plume et les feuilles, attendant le retour de la lectrice de Pierre Bonnard qui, sur le balcon, guette l’arrivée de ceux qui viennent la chercher pour profiter de la journée et faire provision de souvenirs heureux.

Que prends-tu pour tripper?

Filed under: Petits plaisirs — Lali @ 4:29

boisdesantal

Comme il m’avait trouvée ridicule avec mes réponses à cette question. Rien qui ne s’allume, avais-je dit, sauf une bougie dans le noir, le ciel quand le jour et la nuit se croisent, un feu d’artifices ou le désir dans le regard d’un homme. Rien de liquide non plus, sauf un océan qui se déchaîne, un café quand j’en ai envie, du champagne les jours de fête ou l’eau mousseuse de la baignoire.

Oui, il m’avait trouvée coincée et fleur bleue parce que je n’avais pas besoin de plaisirs artificiels pour tripper. Et quelque peu ridicule, je le redis.

Tout cela, c’était dans une autre vie, dans une parenthèse qui me revient de moins en moins souvent en tête, mais qui a surgi tout à l’heure, simplement parce que je me faisais une fête de sortir de la boîte offerte par maman un savon au bois de santal et de l’étrenner sous la douche. Oui, ça, ça me fait tripper. Et aussi que se dégage de ma peau cette odeur que j’aime et que je retrouve, puisque voilà au moins dix ans que je n’avais connu ce plaisir des savons de chez Roger & Gallet.

Oui, je trippe. Et tant de choses me font cet effet. La liste est longue et ne cesse de s’allonger à mesure que je fais des découvertes gastronomiques, que je m’étonne devant un paysage ou une phrase. Quand une musique me fait danser dans mon salon ou une toile écrire.

Je laisse ces autres choses qui s’allument ou qui se boivent à ceux qui ont quelque chose à oublier. Je préfère le café et le lever du soleil. Et me rappeler chacune des minutes que je vis et où je trippe, à ma manière.

La lectrice et son chaton

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 3:43

amaro

Et parce que je ne dors pas, parce que je n’ai pas envie de dormir non plus, j’écris. Je voyage dans mes souvenirs et au pays de mes lecteurs et lectrices. Et je me laisse attendrir par une illustration, un tableau. Et je laisse ceux-ci me raconter leurs secrets. Et la nuit coule, douce, malgré cette chaleur qui colle au corps et que vais régulièrement retirer de ma peau sous la douche.

Et la nuit se fait complice, comme la petite lectrice d’Amaro et son chaton sont aussi complices. Qu’a-t-elle choisi de lui lire, au fait? Le chat botté ou quelque autre aventure féline?

Quel temps fait-il à Ostende?

Filed under: Couleurs et textures,Mes histoires belges — Lali @ 3:20

ivan taylor

Quel temps fait-il à Ostende? Ce ciel un peu bleu, un peu couvert peint par Ivan Taylor? Ou le ciel gris de juillet 2005?

Comme il me tarde de retrouver ces morceaux de moi que j’ai éparpillés à Namur, à Dinant, à Ostende et ailleurs. Comme il me tarde de retrouver ma Belgique que j’aime et ceux que j’ai laissés derrière moi ou que je vais enfin connaître. Comme il me tarde de pouvoir dire Je pars. Et pourtant, ce ne sera pas juin. Peut-être août.

Ce serait le plus beau des cadeaux d’anniversaire que d’être là-bas pour le souligner. Je ne cesse d’y penser. C’est plus qu’un objectif, c’est un besoin. De ceux que la raison n’explique pas. De ceux qui existent, simplement. Incontournables. Mais essentiels.

J’ai tant laissé de moi là-bas que parfois il m’arrive de penser que mon cœur est quelque part en Wallonie dans un de ces villages ou de ces cafés où je me suis arrêtée. Et il l’est sûrement puisque l’autre soir, à Hamoir, dans ce Café des Sports où j’ai passé quelques soirées, un cycliste québécois s’est arrêté. Tout de suite, on lui a fait la fête. Il avait mon accent. Et pour expliquer un tel accueil, Jacques a téléphoné pour que je parle au Louis de Saint-Agathe! Je crois que la bière blanche qui arrivait régulièrement devant lui au nom de l’amie du Québec et offerte par les gens présents dans le café, commençait à avoir raison du bougre. Je ne crois pas que quand il a laissé sa bicyclette devant le café il ait une seule minute imaginé que dans ce petit café on lui servirait, outre de la bière, quelques expressions québécoises que mes amis du café ont retenues.

Oui, il y a encore des traces du passage de Lali chez les Belges. Et l’envie d’en laisser de nouvelles.

Le décès du fils

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 2:59

nicol

Il relit pour une dernière fois la lettre annonçant le décès de son fils sur un champ de bataille. Il la relit une dernière fois avant de la brûler, de finir sa bière et de mettre en bandoulière sa besace. C’est décidé. Il va rejoindre la marine et aller au combat. Se battre pour oublier que la guerre lui a enlevé ce fils dont la naissance 20 ans plus tôt avait coûté la vie à celle qu’il aimait.

Le lecteur de John Watson Nicol n’a plus rien à perdre. Il a, à ses propres yeux, déjà tout perdu.

Le mari

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 2:42

highmore

Elle était si bien à écrire, tranquille, dans le silence de la nuit. Elle était si bien avec les mots, seule. Pourquoi a-t-il ainsi interrompu son élan, freiné la phrase maintenant suspendue au bout de la plume? Pourquoi, en effet? Elle était où elle est d’habitude. Il le savait. Chaque nuit, elle s’enferme dans ce lieu qui est le sien pour écrire. Depuis longtemps. Depuis bien avant leur mariage.

Il avait donc accepté qu’il en soit ainsi. Accepté qu’elle ne passe pas ses nuits auprès de son époux, mais qu’elle le rejoigne aux petites heures du jour. Pourquoi donc cette interruption intempestive?

Les yeux de l’homme sont tendres. Je crois qu’il s’ennuie un peu de sa douce qui passe ses nuits auprès de ses amants que sont la plume, le papier et les livres. Je crois qu’il aimerait bien qu’à l’occasion elle déroge un peu de cette habitude nocturne. Je crois même que ça fait plusieurs semaines qu’il a envie de lui dire la chose, mais qu’il n’ose pas, par peur de mal s’y prendre.

Mais ce soir, il n’en plus. Il veut dormir avec la tête de la belle de Joseph Highmore sur son épaule et non pas seul. C’est ce qu’il est venu lui dire. Gentiment, mais bien décidé.

Abandonnera-t-elle ses pages s’il sait bien tourner son invitation?