Alors que je viens à l’instant de valider les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, que je vous invite à lire et même à commenter si vous le désirez, je vous propose cette semaine de faire vivre en vos mots cette lectrice de l’artiste japonaise Miki Katoh.
Comme d’habitude, aucun commentaire ne sera visible avant le prochain En vos mots. Vous avez donc amplement le temps d’écrire quelques lignes sans vous laisser distraire par les textes des autres participants. Je suis toujours si heureuse de découvrir vos textes.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
3 réponses
Le Japon ! Le Japon ! Que me veut le Japon ?
Pierrette, l’une de mes connaissances, apprend le japonais pour pouvoir communiquer avec la belle-famille de sa fille partie vivre au Japon car ayant épousé un Japonais. L’apprentissage de l’idiome et celui des habitudes propres au Japon sont quelque peu difficiles. Au Japon on attend par exemple trois mois avant de venir rendre visite à un couple ayant eu un enfant. La coutume exige qu’on les laisse tranquilles. Pour Pierrette, qui trouve cela finalement pas plus mal pour les parents, ce temps d’attente paraît toutefois un peu longuet.
Jérôme, un ami français qui habitait en Belgique, est retourné il y a quelques années vivre dans son sud de la France avec son élue japonaise rencontrée à Bruxelles. Il vient de profiter d’une des visites de sa dulcinée au Japon pour venir, à notre grande joie à toutes et tous, nous saluer en Belgique accompagné de son saxo. La communication pour lui au Pays du Soleil Levant est trop laborieuse. Apprendre la langue lui semble tout bonnement impossible.
Veronika, ma kinésiologue, vient de partir un mois au Japon, avec son compagnon et sa belle-mère japonaise. Tandis que celle-ci retrouvait avec ravissement sa famille, le couple a exploré avec émerveillement une partie du pays. Veronika est revenue enchantée.
Un autre copain, Franck, a une ex petite amie entichée de Japon. Elle lui a transmis le virus. Je ne sais toujours pas si poursuivre en solitaire cette passion aide où non Franck actuellement à cicatriser la douleur de la rupture. Les effets oscillent.
A Bruxelles, les restaurants japonais fleurissent ces derniers temps de façon incroyable et exponentielle. Dans certaines parties de la cité, on ne trouve presque plus que sushis et ramen. Je me souviens du temps où les restaurants nippons étaient rares, et chers. Ils sont à présent très nombreux et plutôt populaires.
En outre, durant tout le dernier week-end, un festival japonais s’était implanté dans le quartier du Marché au Poisson. Même les sandwiches s’y mangeaient avec des baguettes!
Si le groupe musical « Alek et les Japonaises » , vu déjà quelques fois et que je trouve génial , ne comprend en réalité qu’Alek tout seul et une Japonaise (et c’est parfait comme ça), cette semaine trois Japonaises pur jus étaient annoncées dans un bar à musique très fréquenté du centre, et le trio a récolté à juste titre un franc succès.
Le Japon littéraire, c’est pour moi Haruki Mirakami, Yoko Ogawa, Hiromi Kawakami, Kobo Abe, et bien sûr le célèbre Yukio Mishima. J’aime leurs ambiances particulières, feutrées, axées sur le sensoriel, et dégageant une poésie toujours intimiste, qu’elle fuie l’agitation du monde moderne ou nous y immerge.
Je pense que le drapeau japonais est le seul drapeau asiatique que je reconnaisse. Et je trouve qu’il est l’un des plus beaux. Sobre et beau, à l’image de l’art développé par cette nation hors du commun.
J’avais un ami qui arrivait à distinguer les physionomies orientales et à reconnaître un Coréen, un Chinois, une Japonaise, une Vietnamienne. Il m’avait fait connaître et aimer le roman « Pays de Neige » de Yasuri Kawabata. C’est à lui aussi que je dois ma rencontre avec les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige. Cet ami, Daniel, s’essayait entre autres activités à maîtriser les fondements d’un grand nombre de langues. Et c’est ainsi que j’appris à prononcer quelques phrases, comme par exemple « Pikkuniku ni ikou » (« Partons en pique-nique »). J’avais aussi appris à compter jusque dix, mais il ne m’en reste aucun souvenir.
J’aimerais vous partager mes réflexions rédigées sur papier japon, ce support si délicat et pourtant si solide. Un jour j’ai imprimé sur ce type de papier certains de mes poèmes, et je fus très contente du résultat.
Je ne puis poursuivre ce tour du Japon sans faire bien sûr allusion au Wasa-Sabi, concept à la fois philosophique, spirituel et esthétique issu du bouddhisme zen, et désignant la beauté, la simplicité et l’acceptation des choses imparfaites, incomplètes, éphémères, voire abîmées.
On peut d’ailleurs relier ce principe à la méthode du « Kintsugi », qui permet de réparer des poteries cassées en réassemblant les morceaux à l’aide de laque contenant de la poudre d’or. Une manière d’honorer les brisures comme faisant partie de l’histoire de l’objet, et de nos histoires.
Je ne pourrai pas vous parler beaucoup du cinéma japonais, car mon expérience en ce domaine révèle surtout des lacunes. Cependant, il est un film se passant à Tokyo qui compte pour moi parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir. Et ce souvenir est de plus lié à un premier rendez-vous amoureux féerique. Cet amoureux me parle d’ailleurs aujourd’hui depuis les étoiles, dans la lumière et apaisé. Il s’appelle Jacques, et je sens son âme très très proche de la mienne.
« Perfect Days » de Wim Wenders, n’est donc pas un film japonais. Mais il en a l’atmosphère. Le personnage principal y accomplit de son mieux et avec soin son travail quotidien consistant à nettoyer les toilettes publiques de la ville. Aussi bien chez lui, matin et soir, que lors de sa pause de midi, il a ses petits rituels de bonheur. Il arrose ses plantes, rassemble ses affaires pour aller travailler, regarde le ciel avec toujours la même joie quel que soit le temps qu’il fait. Il savoure son café, monte dans sa voiture, écoute une cassette de sa collection. Le midi il déguste son casse-croûte dans le calme, toujours au même endroit face aux arbres, et il en prend une photo, qui varie selon la météo du jour et les saisons. Le film nous montre la valeur des choses simples, et combien elles peuvent être profondes et délicates. Chaque jour peut être parfait. Cela ne dépend que de nous. De notre regard.
Que me voulait donc le Japon ?
Un plongeon dans l’art, la philosophie , le quotidien vécu comme expérience philosophique. Tout en me permettant de revisiter mon lien à différentes personnes, d’un ami cher à un amoureux qui ressemblait terriblement à une âme soeur, en passant par des amis et connaissances de passage, et divers artistes anciens ou contemporains connus ou moins connus.
Je possède, je m’en souviens à l’instant, un disque de musique japonaise traditionnelle. Un 33 tours. Avec du koto (harpe japonaise), et du shamisen (luth à long manche et à trois cordes pincées). Je m’en vais l’écouter illico, afin de rester dans l’ambiance de ce voyage surprenant à la fois par sa variété et sa sobriété. Voyage dans lequel, l’air de rien, l’artiste Miki Katoh m’a d’une main douce mais ferme subrepticement embarquée.
https://www.jepense.org/wabi-sabi-philosophie-japonaise-definition/
https://youtu.be/i4_KiNGCEe8?si=5VIfo7VN6CHEkJ4F
https://youtu.be/5XOM0bFTOh0?si=dw3IWvOAX9JSq4M4
https://youtu.be/Xa4G4nAejpE?si=hYmO1yCUEaQX9wS0
Alek et les Japonaises
« Me voici donc seul sur Terre », se plaignait Rousseau dans Les rêveries du promeneur solitaire.
J’y pense souvent.
« La nuit, l’âme prend contact avec elle-même, sans miroir… » Je me réveille, encore, certaines nuits effrayé par les démons de l’enfance. Ces monstres au visage disgracieux, penchés sur mon lit. L’épaisse moiteur de mes angoisses jusqu’à sentir leur odeur saturer l’air que je respire. Il n’y a que ma haine et le dégoût des souvenirs qui les maintiennent toujours en vie.
Seul, par la musique et par la poésie, j’arrive à étouffer leurs ricanements joyeux.
Et je m’en vais. Loin. Là où des anges efféminés, assis sur des nuages incolores, m’offrent la tendre douceur d’un berceau. Pendant quelques heures, je rêvasse, en quête de jardins fleuris et j’imagine des Noëls sans larmes. Je dessine dans ma tête des amoureux qui s’échangent des promesses pour l’or d’un tendre baiser. Et des jeunes pucelles pensives, égarées dans un roman de Jane Austen, jusqu’à l’apesanteur d’un ailleurs hors du temps. Qui n’existe que dans leur monde.
Qu’elles sont belles mes nuits. Lorsque je ne dors pas. Et je voyage au gré d’un arpège de mots, bercé par le souffle doux d’un adagio, jusqu’aux heures où la nuit tangue, épuisé, vaincu par l’aurore.
Il me semblait certain, par la couleur vive de l’aube, que le jour naissant apporte avec lui l’apaisement de mon âme.
C’est si peu dire que j’aime cette heure nonchalante, où tout semble renaître. Les premières étincelles, encore hésitantes, caressant affectueusement les perles de rosée accrochées aux pétales des fleurs, comme des amoureux, épris l’un de l’autre.
Cette heure si douce où j’entend les oiseaux offrir au jour qui éclot leurs premiers chants. Joyeux. Comme si eux seuls savaient pour quelles raisonsi remercier la vie d’exister.