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La vie en rose

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Je ne savais pas trop que penser de La vie en rose du cinéaste Olivier Dahan, quand je suis sortie de la salle, sinon que j’étais consciente d’avoir eu droit au jeu exceptionnel d’une belle brochette d’acteurs en commençant par Marion Cotillard qui incarne une Piaf dont on se souviendra.

La vie de la Môme n’est qu’un mélodrame, je le savais par le – trop – peu que j’ai lu au fil des années. Mais j’aurais dû mettre mes pendules à l’heure avant d’aller voir le film, car j’ai la nette impression que j’aurais profité bien plus du film si j’avais eu les détails majeurs de la vie d’Édith Piaf à l’esprit.

Le choix de Dahan d’user de flaskbacks complexifie les choses. Le choix aussi d’éliminer les Montand, Moustaki, Aznavour et autres, car chronologiquement ce sont pour ceux qui ne connaissent pas bien Piaf des points de repère.

Mais je comprends son choix, après coup, maintenant que j’ai lu sur le film. Olivier Dahan s’est attaché à mettre de l’avant ceux qui ont compté pour Piaf et non sur pour qui Piaf a compté.

Si on accepte la donne, peut-être arrivons-nous à saisir un peu ce qu’a été Piaf. Peut-être arrivons-nous à être touchés en dehors du côté tire-larmes de la production. Car rien pour elle n’a jamais été facile. Rien. Et c’est cela qu’on retient. Comme on retient aussi qu’elle a eu un grand amour dans sa vie.

C’est donc le jeu des acteurs qui retient toute notre attention. C’est par cela que nous sommes éblouis. Et bien sûr, par ces chansons que nous reconnaissons dès les premières notes.

Qui veut tout savoir de Piaf ne trouvera pas son compte en allant voir La vie en rose. Qui, par contre, n’a pas cette envie et veut se laisser emporter par le côté expressionniste des choses risque de passer un bon moment. Moi? Je reste mitigée. Comblée uniquement par le jeu des acteurs. Agacée par le drame en continu.

Le café désert

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Ça n’arrive plus souvent, mais ça arrive encore. Une image qui remonte à la gorge et qui étouffe. La première a surgi ce matin quand elle a passé l’aspirateur et qu’elle a changé les draps. En tapotant les oreillers et en les disposant contre le mur, plus précisément. C’est son geste à lui qu’elle a vu, celui qu’il avait pour installer les oreillers derrière lui quand ils mangeaient au lit. Et ses yeux sont devenus troubles. On n’oublie pas aisément.

Elle s’est appliquée à récurer la salle de bains pour que le souvenir disparaisse. Et peu à peu, elle a pu respirer à nouveau. Calmement, sans que son cœur ne batte la chamade.

C’est quand elle a fait du café, un peu plus tard, que le manège a recommencé. Elle était là devant la machine, elle allait verser l’eau, quand elle a senti un regard sur sa nuque. Fort, si fort, qu’elle s’est retournée. Mais ce n’était là qu’un souvenir.

Elle a tout laissé en plan, la fin du ménage comme le café. La lectrice de Robin Cheers a mis son manteau. Elle a marché deux ou trois kilomètres, peut-être davantage. Jusqu’à ce que l’étau qui lui barrait la poitrine ait perdu de son intensité. Puis, elle est entrée dans un café désert, a commandé un cappuccino et a sorti un livre de son sac.

L’art est partout

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La première des deux sculptures d’Ann LaRose est à la bibliothèque municipale de Sterling Heights, au Michigan, tandis que la seconde est dans la cour de la bibliothèque de Palm Desert, en Californie.

C is for Cat, une sculpture de bronze, raconte à elle seule une histoire, celle d’une petite lectrice qui fait la lecture à son chat qui la regarde. C’est tout simple. Et c’est pourtant un de ces moments magiques de l’enfance. Et ici saisi avec une telle justesse qu’on a envie d’écouter ce qu’elle lit.

Ce que j’aime, outre le sujet et sa délicate et sensible réalisation, c’est le fait que ces sculptures soient accessibles à tous. Dehors.

Il y a matière à enseignement. L’art est partout, pas juste dans les musées.

Le dimanche des hésitations

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Petit matin dominical, entre le soleil qui hésite et les nuages. Petit matin où elle hésite entre regarder dehors, s’allonger pour rêver ou lire un des deux livres commencés.

La lectrice en peignoir de Kimberley Cook est indécise. Rien ne la presse. Elle sait que si elle se met sérieusement à la lecture, elle oubliera qu’il lui faut prendre un bain et s’habiller. Elle sait aussi que même si elle regarde le ciel pendant des heures, elle ne pourra le rendre bleu. Alors, elle se laisse vivre, lit une page, s’allonge, jette un œil dehors, tour à tour. Et dans cette valse hésitation où elle n’a pas envie de décider, elle fait finalement ce qu’elle sait faire de mieux : elle rêve.

Le livre qui prend son envol

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Les jambes croisées et le crops bien droit, elle est prête pour le plus beau des voyages. C’est d’ailleurs une de mes poses de prédilection, que ce soit pour lire ou pour écrire, sur un fauteuil, une chaise droite ou celle à roulettes devant l’écran. Encore un de ces détails de l’enfance qui ne nous quittent pas et nous suivent toute notre vie.

Et dans cette position, la lectrice de Marc Lemieux respire le bonheur. Regardez comme son cou se tend sous la lumière dorée. Regardez comme elle est prête à s’envoler. Le livre a de l’avance. Il a déjà la forme de l’oiseau en plein envol. Elle ne va plus tarder à le suivre, elle rêve déjà.

Ne pas sortir pour écrire

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Parce que je ne suis douée que pour la solitude et l’écriture, il m’arrive régulièrement de refuser des invitations et de fuir les foules. Non pas que je n’aime pas du tout la compagnie. Je ne suis pas sauvage à ce point. Mais l’idée d’enchaîner trois sorties de suite me fait tout de suite fuir. Pourtant, il y a dans mon entourage immédiat deux personnes qui vont de sortie en sortie, qui reçoivent à souper chaque fin de semaine, qui ont la capacité de bruncher au restaurant le midi avec des copains et d’aller souper chez d’autres le même soir. Rien que d’y penser, je suis en train de courir me cacher.

Mais au fond, c’est bien qu’il en soit ainsi, qu’il y ait des différences entre nous. Certains sont heureux dans l’accumulation, moi pas. Mais je me réjouis quand je sais qu’un souper se prépare, comme celui de Pâques chez mes parents. Parce que dans les deux cas, je peux être moi et aussi parce que les deux soupers n’ont pas lieu à la suite l’un de l’autre. J’aime la pause entre les deux. Celle qui me permet de sourire parce que la fête a été belle et celle qui me permet d’écrire, comme le fait la lectrice de Georges Lemmen.

La dégustation de minuit

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Parce que je n’ai pas envie de dormir, parce qu’il y a tous ces lecteurs, toutes ces lectrices qui me demandent de les raconter, parce qu’il y a cinq livres commencés qui demandent ma présence et un film en vidéo que je veux revoir sur la table à café du salon, parce qu’il fait nuit et que je me sens bien, je fais comme si celle-ci m’appartenait. Je m’offre un frappucino de chez Starbuck que j’ai secoué à la manière d’une bouteille d’Orangina pour qu’il mousse bien et je le savoure. Et qu’on me dise en cette minute que la vie est autre chose que ce petit plaisir… Je ne le croirai pas. Je déguste.

Les éclairages de Rembrandt

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On peut aimer ou ne pas aimer cette époque de la peinture, mais il est une chose qui est et qui restera. Le jour où on se trouve devant La ronde de nuit au Rijksmuseum, à Amsterdam, devant cette toile qui occupe un mur entier, ça bouleverse. Le souvenir a beau dater de 1985, il est encore aussi vif, aussi intense. L’équilibre dans la perspective autant que dans l’opposition entre la pénombre et la lumière de l’avant-plan a de quoi troubler.

Si bien qu’il m’a fallu aller sur les lieux, aller dans la maison de Rembrandt où il a peint et passé le plus clair de sa vie d’artiste. Et c’est peut-être là que j’ai un peu saisi sa compréhension de la lumière, dans cet atelier où il tournait le dos à la fenêtre pour capter le maximum de cette lumière avec laquelle il a joué toute sa vie.

Nombreux sont les livres, les lecteurs et les lectrices dans l’œuvre du maître. Peut-être parce que la peinture comme la lecture ont besoin de lumière. D’avoir été sur les lieux confère à ces toiles un autre sens. Même si d’emblée j’avoue que je ne vivrais pas avec une reproduction du grand peintre sur mes murs. Tout de même, il y a quelque chose de très fort qui se dégage de ces toiles, dans le trait, dans la composition, dans le jeu avec la lumière.

Pourquoi lui ?

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La lectrice d’Ethel Pennewill Brown Leach aura beau lire tous les livres, elle ne trouvera pas la réponse. Pourquoi lui? Pourquoi pas celui-là qui aurait plus à lui offrir ? Pourquoi lui, l’artiste, l’instable, l’angoissé et non pas l’autre, prévenant, sûr de lui ?

Il est des questions qu’il vaut mieux ne pas se poser, elle le sait, elle qui va de livre en livre en cherchant ce qui fait que le cœur craque à certains moments alors qu’il reste froid à d’autres. Elle le sait, elle qui aimerait être en mesure d’être séduite à nouveau. Mais elle reste là, froide, devant ces vendeurs, ces faiseurs de promesses, ceux à qui la vie semble facile, mais qui ne tremblent pas devant une phrase, qui ne s’émeuvent pas devant une toile, dont les épaules ne s’animent pas à la moindre musique et qui ne s’émerveillent pas d’un regard ou d’un sourire.

Ce n’est que pour ces derniers qu’elle a ouvert son cœur, avec passion, car elle ne sait faire autrement. Toujours tout ou rien. Et jamais, vraiment jamais, elle n’a été en mesure de faire semblant. De plus, elle n’a jamais essayé et si jamais le cas se présentait et qu’elle le fasse, je crois que ça paraîtrait tout de suite dans ses yeux. C’est comme ça quand on n’a pas l’habitude.

Et elle aura beau chercher pourquoi dans tous les livres du monde, elle n’aura jamais que des pistes. Les passions amoureuses, la plupart du temps, ne s’expliquent pas et restent insondables.

Les lettres qui s’échappent du livre

lydia nunes

Les lettres s’échappent-elles du livre quand elles sont lues et sont-elles en train de voler pour se poser au fur et à mesure sur les pages que lit la lectrice de Lydia Nunes ? Les deux possibilités me séduisent, de même qu’une troisième où les lettres s’envoleraient de la page lue, feraient quelques acrobaties aériennes et viendraient se poser sur la page à lire.

Ces lettres qui s’évadent donnent à penser qu’elles sont aussi libres que celle qui est en train de lire, avec toujours cette possibilité de tourner une page, puis une autre, ou de laisser ouvert le livre.