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Un arbre

Ce n’est peut-être qu’un arbre. Mais. Car il y a un mais. Ce n’est pas juste un arbre. C’est celui de l’entrée. Celui qui m’accueille quand j’arrive. Celui qui me dit au revoir le matin.
Ce n’est peut-être qu’un arbre. Pour les autres.

Ce que mots vous inspirent 587

On déplace un grain de sable
Et toute la plage s’écroule, tu sais bien.

(Henri Michaux)

*toile de Lusia Voronova

Prendre langue 1

La lectrice peinte par Alejandra Caballero aime la poésie et encore plus découvrir des poètes qu’elle ne connaît pas. C’est ainsi qu’elle a ouvert Prendre langue, le premier recueil d’Ouanessa Younsi, médecin et étudiante en philosophie, née à Québec de parents algériens. Un premier recueil qui l’a séduite et dont elle a tiré ces vers :

Embrun à l’embrasure
Les nuages vibrent
Trémolos de la pluie
Sur le plumage des grives
Qui volent en éclats

Finies les prières éternelles
Vergetures des jours
Vagues élimant
Le lin usé de la plage
Torture intarissable
Des lunes qui continuent
D’un trou noir à l’autre
Varech tache de sépia
Mes vœux confiés
Aux marées éperdues
Qui me recrachent
La vie au visage.

Entre le réel et le possible

Le temps de quelques nouvelles, l’écrivaine belge Jacqueline Harpman dont la réputation n’est plus à faire et à qui on peut reprocher de signer parfois des romans qui ont de grands airs de ressemblance avec des titres déjà parus, propose avec Ève et autre nouvelles, un bel assemblage qui donne aux personnages qu’elle dépeint l’occasion de changer le cours de l’histoire ou du moins de prendre la parole.

Le recueil débute d’ailleurs par une nouvelle qui met en scène Ève, laquelle, dans une lettre d’une dizaine de pages, s’adresse à l’auteure elle-même afin de lui faire la liste de ses griefs. C’est mordant et amusant, et aussi ça donne le ton au reste du recueil qui bascule entre le réel et le possible. Ainsi, dans une autre nouvelle, Jacqueline Harpman nous fait basculer dans le temps alors que le train dans lequel son personnage, une écrivaine, double d’elle-même, voyage, ce qui donne lieu à l’arrivée de personnages pour lesquels elle invente au fur et à mesure des vies et des situations, modifiant telle scène, ajustant tel décor.

J’ai savouré chacune des nouvelles de ce recueil qui se joue des situations et de l’obligatoire réalité. En un mot : une bien agréable gourmandise que ce recueil.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Entre deux pages

C’est en ouvrant le recueil que le carton qu’elle a d’abord pris pour l’envers d’une carte de visite est tombé.
C’est en ramassant le carton qu’elle a réalisé que c’était une carte d’embarquement.
Puis elle a fermé les yeux. Tout lui est revenu de ce qu’elle voudrait à la fois oublier et conserver.
Parce que peut-être jamais plus.

Elle a remis le carton à sa place.
Entre deux pages de ce livre qu’il lui avait offert lors de ce voyage.
Inoubliables l’un et l’autre.

*toile de Di Li Feng

L’univers d’Angela

Quand vous ouvrirez le portefolio d’Angela Eata, dont sont extraites ces scènes livresques, vous aurez envie d’inventer une histoire pour chacune de ses illustrations tant elles titilleront votre imagination…

Ce que mots vous inspirent 586

Si l’esprit est la lumière qui éclaire le monde, le cœur est le feu qui les soutient : si la raison parfois s’égare, c’est le cœur qui la ramène. (Hector Carbonneau)

*toile de Mahonri Macintosh Young

Les mots de Sylvain 7

la mer est bleue le sable est blanc
et le temps s’amuse autrement

le soleil seul sait le secret
qui nous déchiffre discrètement

et rien de nous n’est singulier
sinon nous deux

Sylvain Lelièvre, Entre écrire

*choix de la lectrice de Wim Zurné

En compagnie d’Yves Simon parlant des femmes

« … le temps et l’espace entre les êtres deviennent parfois si considérables qu’on se demande comment ces planètes ont pu un jour graviter dans un même ciel. »

Belle question que pose Yves Simon dans La compagnie des femmes, un récit proche de l’autobiographie que lui avait demandé son éditeur, sans tous les éléments factuels qu’on lui avait suggéré de glisser au fil des pages. L’auteur des Jours en couleurs, roman publié il y a 40 ans cette année, a plutôt joué sur les teintes et les demi-teintes, l’élan et le départ, pour remonter aux sources, à l’enfance, aux lieux, et aux femmes, pour nous parler de lui, de ce qui restera, de ce qui s’est envolé, de ce qu’il a choisi de ne pas retenir.

Un parcours entre Paris et Aix-en-Provence servira à cette introspection jugée nécessaire par celui qui s’y est plié afin d’établir où il en est et surtout ce qu’il veut, alors que les années ont gommé certains souvenirs, dont la voix de son père décédé alors que l’auteur avait 20 ans et des poussières. Alors aussi qu’il aura 70 ans en 2014, qu’il le sait même s’il ne les sent pas dans ses veines, et que celle qu’il aime et qui l’aime le sait aussi, elle qui voudrait qu’il pose enfin ses bagages quelque part. Finalement.

L’auteur, parti sur un coup de tête, avec le projet d’aller se recueillir sur la tombe d’un ami, avec l’intention de mettre fin à une histoire parallèle pour préserver un amour qu’il a attendu toute sa vie, avec le rêve que les rencontres de hasard seront, comme elles le souvent, déterminantes, signe avec La compagnie des femmes, un livre sans compromis où il n’a pas nécessairement le beau rôle. Un livre qui dresse le bilan d’une vie de rencontres et d’étonnement, de quête et de fuites, un livre qui parle de ceux qu’il a aimés une heure ou toute sa vie, et qui ont fait de lui ce qu’il est. Un livre pour souligner leur importance. Un livre pour aller de l’avant avant d’avoir perdu la partie. Un live qui s’inscrit dans la lignée de ses livres précédents et de son album Rumeurs, paru en 2007, parfait accompagnement pour ces pages d’errance à la poésie omniprésente.

Les livres ne nous apprennent rien

Les livres ne nous apprennent rien.
À moins que ce ne soit la vie qui soit mauvaise enseignante.

Elle n’était pas préparée à cela. Aux mots d’amour. Aux souvenirs qui ont jailli qu’elle croyait oubliés, du moins pour lui, alors qu’en elle tout était toujours aussi vif, le désir qu’elle avait tu, les gestes qu’elle n’avait pas osés.
Les quinze ans qui les séparaient y étaient pour quelque chose.
Elle n’était pas prête à défier les regards des uns et des autres.
Pourtant. Ceux qui les avaient croisés ensemble n’avaient vu qu’un couple à la trentaine rayonnante, malgré ses 25 ans à lui, ses 40 ans à elle.
Sans penser une seconde qu’ils n’avaient jamais franchi la frontière ténue qui sépare parfois l’amitié de l’amour.

Les livres ne lui avaient rien appris, me disait-elle. Ni la vie.

Je n’ai trouvé dans mes souvenirs livresques aucun titre qui la pousserait à se jeter à l’eau.
En aurais-je trouvé un que je me serais quand même tue. Je crois.

*toile de Daniel Ibanez