Et Armando en a trouvé qu’il a embelli de son regard…
Et Armando en a trouvé qu’il a embelli de son regard…
Mes mains coquillages
Ton visage perlé de bruine
Toute l’haleine du large
Nous sommes livrés
À marée basse amarrés morts
Aux flots piquetés d’oursins
Couronnés de lionnes de mer
Courber tes flancs carènes
Ma croupe clapoteuse
Tremblement de corps
Vagues vagissantes
Mascaret mouillé de macareux
Main dans la main dans la mer
Dans l’océan jusqu’à la fin.
Ouanessa Younsi, Prendre langue
*choix de la lectrice de Mihaly Munkacsy
J’aime les beaux livres. Ceux que les anglophones appellent les coffee table books, à cause de leur format et parce qu’il est si agréable de ne pas les ranger pour pouvoir les ouvrir quand bon nous semble. C’est le cas de Maisons d’artistes que j’ai emprunté à la bibliothèque et laissé en évidence le temps de savourer un à un chacun des quatorze chapitres consacrés à des maisons où ont vécu un ou plusieurs artistes.
Je connaissais celle de Monet pour l’avoir visitée; celle de James Ensor parce que j’ai eu l’occasion de me cogner le nez à sa porte pendant qu’elle était en réfection alors que j’étais allée à Ostende spécialement pour en faire le tour; celle de Magritte par un documentaire. Des autres, rien. C’est donc avec bonheur que j’ai fait le tour de Bloomsbury, fief de Vanessa Bell et de ceux qui ont gravité autour d’elle, comme Duncan Grant. Avec plaisir que j’ai découvert les motifs créés par William Morris pour sa propre maison comme pour les commercialiser. Avec curiosité que j’ai fait le tour de l’univers pragois d’Alfons Mucha et des quelques autres mis en lumière par des textes soignés et bien documentés de Gérard-Georges Lemaire et des photos exceptionnelles prises par une pléiade de photographes.
J’aime les beaux livres. Je ne pouvais qu’aimer Maisons d’artistes. C’est un livre de toute beauté.
Il a animé avec délicatesse et en toute simplicité la cinquième salle de la Place des Arts le 16 janvier dernier, réchauffant ainsi tous ceux qui avaient bravé le froid pour aller l’entendre parler, lire et chanter, le temps d’une soirée autant littéraire que musicale.
Eduardo Galeano, Samuel Beckett, Leonard Cohen, John Giorno, Allen Ginsberg, Patrice Desbiens, Samuel Archibald étaient au cœur de cette soirée intime en compagnie de Thomas Hellman. Et aussi, et surtout, Roland Giguère, dont L’âge de la parole, un titre auquel je reviens toujours, a été revisité en musique avec une telle sensibilité et une telle maîtrise qu’on se dit que ces vers étaient faits pour être chantés.
J’ai écrit un mot à Thomas Hellman pour le remercier pour cette soirée. Pour ce qu’il a fait des textes de Giguère. Il m’a répondu. La délicatesse de cet artiste hors du commun va jusque là.
La guerre est restée en elle, même si Hoang a quitté son Vietnam natal en 1975 à l’âge de 25 ans. Si bien que son œuvre picturale est double. D’une part, la guerre (pas juste celle qu’elle a traversée); d’autre part, la paix. Cette paix pour laquelle elle milite et qui lui inspire des tableaux, notamment ceux-ci, empreints de poésie et de douceur.
Hoang, une artiste à découvrir.
Toi et moi
Nous ne sommes pas
De la même pierre
DE la même mer
Des mêmes lumières
C’est pourquoi
Nous sommes
L’un de l’autre
L’un par l’autre
L’un pour l’autre.
Ouanessa Younsi, Prendre langue
*choix de la lectrice de Juan Ardohain
J’ignore si le film tiré du roman de Marco Ferrari En 2 CV vers la révolution vaut le détour, mais je sais que le roman n’a pas répondu à mes attentes. Probablement parce que certains éléments racontés sont plus intéressants vus que lus. Même si ça ne devrait pas être le cas.
Or, le roman qui raconte le voyage Paris-Lisbonne en 2 CV de deux Portugais en exil alors que vient de sonner la Révolution des Œillets, n’est pas à la hauteur du clin d’œil fait à Truffaut en ouverture, lequel constitue le moment le plus réussi du livre. Et pourtant, j’aurais tant voulu aimer cette histoire. Tant voulu me laisser prendre au jeu. Tant voulu suivre le cœur battant les deux protagonistes aux prises avec toutes sortes de difficultés. Tant voulu trouver quelque chose qui n’était pas là.
Pourtant, quelle belle idée au départ que celle de vouloir vivre la révolution des siens autrement qu’à la radio.
Reste à voir si le film qui en a été tiré, scénarisé par Marco Ferrari, l’auteur du roman, est plus convaincant que le livre si l’occasion m’est un jour donnée de le visionner.
Rien ne venait d’elle. Pas même le bleu de ses yeux, car elle portait des verres de contact de couleur.
Et pourtant, chacun y allait de son compliment.
Pour cette coupe de cheveux qu’elle avait empruntée à l’une de nous.
Pour ses bottes à pois qui étaient identiques à celles que portait une autre.
Pour ce rouge dont elle s’habillait maintenant alors que pendant longtemps j’avais été la seule à porter cette couleur.
Rien ne venait d’elle.
Sinon cette façon d’attirer à elle les regards, les remarques.
Souvent mièvres, mais d’une mièvrerie si bien enrobée qu’elle ne la décelait pas, se pavanant de bureau en bureau.
Il me semble l’avoir vue passer.
Mais je n’ai pas levé les yeux de mes livres.
Je n’avais nulle envie de jeter un œil sur une autre de ses supposées créations.
*illustration de Jose M. Capitán Del Rio
© Lali 2025 – Tous droits réservés.
Fait avec amour (❤️) par WHC
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