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On dirait Miss Marple

bartlett

Quand je l’ai vue, j’ai immédiatement pensé : c’est Miss Marple.

Il y a dans la lectrice peinte par Frederic Clay Bartlett quelque chose de la vieille dame anglaise et son jardin. Quelque chose qui nous la rend sympathique. Et en même temps ce côté sérieux, pragmatique.

Tout ce qu’elle lit, tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle entend, finira par lui servir.

D’ailleurs, elle a déjà son chapeau sur la tête. Comme si elle était prête à partir sur les traces du tueur.

Des lectrices qui ne se dévoilent pas

peale 1

peale 2

peale 3

peale 4

Elles lisaient il y a un moment. Elles liront tout à l’heure. Chacune des lectrices de Charles Willson Peale a un regard distrait pour le peintre. Comme si l’esprit de chacune était encore dans le livre encore ouvert ou bien fermé. Comme si toutes étaient à rêver au passage qu’elles viennent de lire et qu’elles reprendront quand les yeux de l’artiste ne seront plus posés sur elles. Comme si toutes se refusaient à lui montrer cet état dans lequel les mots les plongent. Comme si elles ne voulaient rien dévoiler de l’intimité entre elles et les livres.

Le charme des voix enfantines

diana lee

Elle a sorti la chaise berçante sur le balcon pour lire, mais en fait elle saute une ligne sur deux. La lectrice de Diana Lee se laisse distraire par les voix des enfants plus bas, par leurs jeux, leurs rires.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle avait hâte, si hâte, tellement hâte au printemps. Les voix des enfants jouant au ballon lui manquaient, d’autant plus que celles-ci avaient été décisives dans le choix de l’appartement il y a des années de cela. Elle voulait vivre dans un endroit où les gens étaient heureux. Et ce qui l’avaient frappée et ravie à cette époque, au moment de la visite de l’appartement vide, avait été d’entendre ces voix enjouées, rieuses. Exactement ce dont elle avait besoin. Et tant pis si la cuisine était petite. Et tant pis si le balcon était minuscule. Les voix montaient jusqu’à elle et elle allait s’en délecter.

Avril signifiera toujours pour elle non pas le retour des hirondelles mais celui de ces voix enfantines qui donne à l’endroit où elle vit un air de fête au quotidien.

Lequel choisir ?

lev russov

Il lui a dit d’emporter tous ceux qui la tentaient, mais elle hésite. Il a beau lui dire et lui redire que les livres, c’est fait pour circuler, que d’autres les remplacent, qu’il en aura toujours quand bien même elle partirait avec tous, elle ne se fait pas à l’idée qu’on puisse ainsi se délester de ses livres, elle qui en possède peu et les chérit.

La lectrice de Lev Russov, malgré cette envie de livres, de lire, n’arrive pas à choisir. Elle voudrait bien en prendre un, un seul, et pas quelques-uns comme il le lui propose. Mais lequel ?

Et il insiste, lui répète ce qu’il a déjà dit maintes fois. Des livres, il en aura toujours; des livres, il y en aura toujours. Elle ne le prive de rien en partant avec une pile sous le bras. Elle lui fait cadeau de partager avec lui ses réflexions autour de livres qu’il a aussi lus et plus prosaïquement d’espace pour mettre les prochains.

Se laissera-t-lle enfin convaincre, cette fois ? Je ne peux expliquer pourquoi, mais j’ai l’impression que oui.

Le chapitre suivant

den hertog 1

den hertog 2

Elle a dévoré le chapitre. Tournant les pages les unes après les autres, en quête de savoir ce qui allait arriver au personnage principal. Elle voudrait bien entamer le chapitre suivant, mais la lectrice de Laura den Hertog n’est pas certaine qu’elle aura le temps de le finir avant qu’elle ne doive se mettre en branle. Or, elle déteste commencer un chapitre et le laisser en plan. Elle ne supporte pas. Et si pour quelque raison que ce soit ça lui arrive, ça la met de mauvaise humeur pour la journée. Comme une mauvaise nouvelle dès le matin qu’on traîne en soi toute la journée. Comme le retard de quelqu’un à un rendez-vous et qui fait qu’elle est moins aimable, parce qu’agacée.

Elle hésite donc à entamer le chapitre. Il lui semble un peu long pour le temps qu’elle a devant elle. Et elle n’a pas, mais vraiment pas envie d’abandonner son livre alors que le chapitre n’est pas fini.

Il est pour elle, je crois, l’heure de le laisser près de la fenêtre et de bouger.

Les trois sœurs

akmen

C’est l’heure du café pour les trois sœurs de Danielle Akmen.

Une seule lit et de plus quelque chose de très sérieux en cette heure matinale. Est-elle des trois l’aînée, celle qui lit, celle qui conseille, celle sur qui on peut compter? Je l’imagine bien veillant sur ses sœurs, elle, la sérieuse, la réfléchie, alors que les deux autres sont en train de se demander comment elles se vêtiront, qu’elles s’aideront l’une l’autre à se coiffer.

L’aînée n’a plus ces préoccupations de séduire ou de trouver l’homme. La seule chose qu’elle ait en tête est l’avenir de ses sœurs. À tel point qu’elle pense peu à elle. Ou peut-être pas du tout.

De telles femmes, nous en avons connues, nous en connaissons. Celles à qui on voudrait dire qu’elles ne peuvent à elles seules porter le poids de l’humanité sur les épaules. Celles dont on devrait caresser les cheveux, parce que personne ne l’a fait. Ou alors si peu, trop peu. Celles qu’on voudrait moins sérieuses, mais qui ne savent plus être légères, parce que trop des responsabilités pèsent sur elles. Ce sont souvent des mères. Aussi des sœurs. Des amies. Comme j’aimerais lui dire à l’aînée de ces trois sœurs d’être aujourd’hui insouciante. Pas tous les jours. Mais aujourd’hui. Qu’elle pourrait même y prendre goût tout en ne perdant pas de vue ce qu’elle est foncièrement, sérieuse et réfléchie. Mais que que cela allégerait certains jours qui lui semblent trop lourds.

La lectrice photographe

david tanner

La lectrice de David Tanner est-elle en train de se demander si la lumière est assez belle pour qu’elle abandonne quelques heures son livre, le temps d’aller prendre quelques photos ? Valse-t-elle entre tout ce qu’elle aime comme le fait Bellesahi, l’amoureuse des mots qui nous offre des photos plus belles que les autres et qui font rêver ?

Celui qui lit peu et lentement

latil

Voilà des jours et peut-être même des semaines que le lecteur de Jean Claude Latil a commencé la lecture de ce roman. D’autres auraient fini depuis longtemps. Mais lui aime lire lentement, très lentement, et peu de pages à la fois. Ce n’est pas un dévoreur de livres.

Ce qu’il aime, c’est lire quelques phrases, les laisser entrer en lui, fermer le livre et ne le reprendre que plus tard. Et tant pis s’il ne lit que six livres dans une année. Au moins, affirme-t-il, alors qu’il n’a aucune excuse à fournir, chacun faisant à sa manière, lui, il se souvient de ce qu’il lit. Petite pointe envers ceux qui se targuent de tout lire et qui finalement ne retiennent rien au fond ? Peut-être bien.

Pourtant, il est des gens qui lisent beaucoup et qui se rappellent des passages des années plus tard. Mais peut-être ne les a-t-il pas encore rencontrés?

Pitié pour le mal

pplm

C’est la guerre, comme partout en Europe, en ce jour de 1944. Et plus précisément dans cette femme de Wallonie où les Allemands ont réquisitionné Gaillard, le brabançon de la maison, le cheval qui faisait la fierté du père disparu, tué par les nazis.

Est-ce l’inconscience ou la hardiesse qui pousse Mutien, l’aîné, 13 ans, à entraîner Abel, son frère de 8 ans sur le chemin de la guerre en direction de l’Allemagne où les soldats épuisés rentrent chez eux ? Ou un peu des deux ?

Si Pitié pour le mal est un roman sur la guerre, c’est aussi un livre sur la fraternité, sur le sens de celle-ci, sur la complicité entre deux frères, alors que se joue la vie d’une poignée de soldats mal en point, blessés physiquement, brisés moralement. Un roman où l’ennemi devient humain alors que l’un de ceux-ci se prend d’affection pour les jeunes frères. Un roman de l’intérieur, en dehors des livres où l’Histoire est relatée en champs de batailles, en villes dévastées, en cimetières du débarquement et en nombre de morts.

Un roman sur la compassion, comme son titre l’indique. Un roman de tendresse envers ceux embarqués dans cette guerre dont ils ne comprennent pas le sens, qu’ils soient du côté des vainqueurs ou des perdants.

Un beau roman. Pas vraiment triste, même si le sujet aurait pu l’être. Un roman dans lequel on entre et qu’on a du mal à quitter parce que nous nous attachons à ces hommes et à ces deux enfants. Un roman à l’écriture fine, juste, sensible.

Pitié pour le mal est un grand roman. Un roman que j’aurais pu ne pas lire si une Belge ne me l’avait conseillé, elle qui, dans quelques heures, aura le plaisir de discuter avec l’auteur. Puisse cette rencontre être agréable. Puisse-t-elle lui dire à quel point j’ai été touchée, émue, comme elle l’a été aussi, à la lecture de ce roman marquant.

La dernière phrase

de boever

Il y a tant de moments exceptionnels dans la vie de ceux et celles qui lisent qu’il est difficile de n’en oublier aucun. Que ce soit ce jour où le livre arrive jusqu’à nous, parce qu’il nous est offert ou prêté, parce qu’on l’achète suite à une critique ou parce que nous tombons dessus au hasard d’une visite en librairie, ou juste parce qu’on le retrouve dans une pile de livres à lire alors qu’on avait oublié son existence. Que ce soit ce moment où on le caresse avant d’en tourner les pages, celui où on lit le quatrième de couverture en rêvant. Que ce soit la première page, la dernière.

Tous ces petits moments ont leur importance. Elle le sait bien, la lectrice de Jan Frans De Boever. Elle le sait bien, puisqu’elle a connu tous ces petits moments et qu’elle vient de lire la dernière phrase qui la laisse songeuse.