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Le livre restera là

bonnard 3

Il fait ce ciel bleu des amitiés heureuses qui se déploient dans un jardin autour d’un repas. Il fait ce ciel magnifique et sans lourdeur attendu.

Le livre restera là, tout comme la plume et les feuilles, attendant le retour de la lectrice de Pierre Bonnard qui, sur le balcon, guette l’arrivée de ceux qui viennent la chercher pour profiter de la journée et faire provision de souvenirs heureux.

Que prends-tu pour tripper?

boisdesantal

Comme il m’avait trouvée ridicule avec mes réponses à cette question. Rien qui ne s’allume, avais-je dit, sauf une bougie dans le noir, le ciel quand le jour et la nuit se croisent, un feu d’artifices ou le désir dans le regard d’un homme. Rien de liquide non plus, sauf un océan qui se déchaîne, un café quand j’en ai envie, du champagne les jours de fête ou l’eau mousseuse de la baignoire.

Oui, il m’avait trouvée coincée et fleur bleue parce que je n’avais pas besoin de plaisirs artificiels pour tripper. Et quelque peu ridicule, je le redis.

Tout cela, c’était dans une autre vie, dans une parenthèse qui me revient de moins en moins souvent en tête, mais qui a surgi tout à l’heure, simplement parce que je me faisais une fête de sortir de la boîte offerte par maman un savon au bois de santal et de l’étrenner sous la douche. Oui, ça, ça me fait tripper. Et aussi que se dégage de ma peau cette odeur que j’aime et que je retrouve, puisque voilà au moins dix ans que je n’avais connu ce plaisir des savons de chez Roger & Gallet.

Oui, je trippe. Et tant de choses me font cet effet. La liste est longue et ne cesse de s’allonger à mesure que je fais des découvertes gastronomiques, que je m’étonne devant un paysage ou une phrase. Quand une musique me fait danser dans mon salon ou une toile écrire.

Je laisse ces autres choses qui s’allument ou qui se boivent à ceux qui ont quelque chose à oublier. Je préfère le café et le lever du soleil. Et me rappeler chacune des minutes que je vis et où je trippe, à ma manière.

La lectrice et son chaton

amaro

Et parce que je ne dors pas, parce que je n’ai pas envie de dormir non plus, j’écris. Je voyage dans mes souvenirs et au pays de mes lecteurs et lectrices. Et je me laisse attendrir par une illustration, un tableau. Et je laisse ceux-ci me raconter leurs secrets. Et la nuit coule, douce, malgré cette chaleur qui colle au corps et que vais régulièrement retirer de ma peau sous la douche.

Et la nuit se fait complice, comme la petite lectrice d’Amaro et son chaton sont aussi complices. Qu’a-t-elle choisi de lui lire, au fait? Le chat botté ou quelque autre aventure féline?

Quel temps fait-il à Ostende?

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Quel temps fait-il à Ostende? Ce ciel un peu bleu, un peu couvert peint par Ivan Taylor? Ou le ciel gris de juillet 2005?

Comme il me tarde de retrouver ces morceaux de moi que j’ai éparpillés à Namur, à Dinant, à Ostende et ailleurs. Comme il me tarde de retrouver ma Belgique que j’aime et ceux que j’ai laissés derrière moi ou que je vais enfin connaître. Comme il me tarde de pouvoir dire Je pars. Et pourtant, ce ne sera pas juin. Peut-être août.

Ce serait le plus beau des cadeaux d’anniversaire que d’être là-bas pour le souligner. Je ne cesse d’y penser. C’est plus qu’un objectif, c’est un besoin. De ceux que la raison n’explique pas. De ceux qui existent, simplement. Incontournables. Mais essentiels.

J’ai tant laissé de moi là-bas que parfois il m’arrive de penser que mon cœur est quelque part en Wallonie dans un de ces villages ou de ces cafés où je me suis arrêtée. Et il l’est sûrement puisque l’autre soir, à Hamoir, dans ce Café des Sports où j’ai passé quelques soirées, un cycliste québécois s’est arrêté. Tout de suite, on lui a fait la fête. Il avait mon accent. Et pour expliquer un tel accueil, Jacques a téléphoné pour que je parle au Louis de Saint-Agathe! Je crois que la bière blanche qui arrivait régulièrement devant lui au nom de l’amie du Québec et offerte par les gens présents dans le café, commençait à avoir raison du bougre. Je ne crois pas que quand il a laissé sa bicyclette devant le café il ait une seule minute imaginé que dans ce petit café on lui servirait, outre de la bière, quelques expressions québécoises que mes amis du café ont retenues.

Oui, il y a encore des traces du passage de Lali chez les Belges. Et l’envie d’en laisser de nouvelles.

Le décès du fils

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Il relit pour une dernière fois la lettre annonçant le décès de son fils sur un champ de bataille. Il la relit une dernière fois avant de la brûler, de finir sa bière et de mettre en bandoulière sa besace. C’est décidé. Il va rejoindre la marine et aller au combat. Se battre pour oublier que la guerre lui a enlevé ce fils dont la naissance 20 ans plus tôt avait coûté la vie à celle qu’il aimait.

Le lecteur de John Watson Nicol n’a plus rien à perdre. Il a, à ses propres yeux, déjà tout perdu.

Le mari

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Elle était si bien à écrire, tranquille, dans le silence de la nuit. Elle était si bien avec les mots, seule. Pourquoi a-t-il ainsi interrompu son élan, freiné la phrase maintenant suspendue au bout de la plume? Pourquoi, en effet? Elle était où elle est d’habitude. Il le savait. Chaque nuit, elle s’enferme dans ce lieu qui est le sien pour écrire. Depuis longtemps. Depuis bien avant leur mariage.

Il avait donc accepté qu’il en soit ainsi. Accepté qu’elle ne passe pas ses nuits auprès de son époux, mais qu’elle le rejoigne aux petites heures du jour. Pourquoi donc cette interruption intempestive?

Les yeux de l’homme sont tendres. Je crois qu’il s’ennuie un peu de sa douce qui passe ses nuits auprès de ses amants que sont la plume, le papier et les livres. Je crois qu’il aimerait bien qu’à l’occasion elle déroge un peu de cette habitude nocturne. Je crois même que ça fait plusieurs semaines qu’il a envie de lui dire la chose, mais qu’il n’ose pas, par peur de mal s’y prendre.

Mais ce soir, il n’en plus. Il veut dormir avec la tête de la belle de Joseph Highmore sur son épaule et non pas seul. C’est ce qu’il est venu lui dire. Gentiment, mais bien décidé.

Abandonnera-t-elle ses pages s’il sait bien tourner son invitation?

Quand je lis au lit

michael peter ancher

J’aime, comme beaucoup d’entre vous, et comme la lectrice de Michael Peter Ancher, lire au lit. Me laisser gagner par une histoire alors que j’ai la tête bien installée sur ma montagne d’oreillers. Me tourner d’un côté puis de l’autre.

Je lis avec bonheur, quand je lis au lit. Et je ne vois pas passer les heures. Si bien que certaines nuits passent ainsi en compagnie de personnages ou de vers. Préférablement une nuit qui ne demande pas que je me lève pour aller travailler quand le jour pointera le bout de son nez.

Attends-moi ainsi

ganz

« Attends-moi ainsi. Nue, de dos. Je veux pouvoir t’admirer et te caresser des yeux avant de te toucher. Je veux te contempler pour retenir cette image de toi, offerte, alors que tu lis. Je veux pouvoir aller doucement jusqu’à toi silencieusement et que ton parfum livre ses effluves à mesure que j’avance. Je veux me pencher pour embrasser ta nuque bien avant que tu ne te retournes pour me tendre tes lèvres. Je veux glisser les doigts de tes épaules aux poignets et te faire frissonner. Je te veux telle que cette lectrice qu’a peinte Valerie Ganz qui te ressemble tant » a-t-il écrit derrière la reproduction de la toile. Mots qu’elle lit pour la énième fois, cette fois en l’attendant ainsi.

Ils sont partout

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Dans les wagons du métro. À la terrasse des cafés. Au musée. Ils sont partout. Les lecteurs et les lectrices ne cessent de croiser le chemin d’Edward B. Gordon. Comme ils croisent aussi le nôtre. Il suffit juste de regarder avec attention.

Portée par les notes

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Peut-être a-t-elle dans sa vie des amis qui lui font découvrir des chansons, comme il y a pour moi Armando et Denis pour ouvrir mes horizons. Peut-être écoute-t-elle en boucle et avec bonheur Nat King Cole chanter en espagnol. Peut-être bien.

J’ai le sentiment très fort que la lectrice de Mabelin Castellanos se lèvera, portée par les notes, et que celles-ci la feront danser jusqu’à la bibliothèque d’où elle tira celui qui sera son compagnon de la soirée.