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Antidote à la grisaille

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Parce qu’il pleut, parce qu’en plus, il va neiger en fin d’après-midi, j’ai eu envie de soleil, de lumière. Et les toiles de Stephen Gibbs m’ont semblé le meilleur antidote. Elles apportent la lumière dont j’avais besoin.

La lectrice et sa théière

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Elle a tout ce qu’il lui faut. Unt théière pleine, une tasse, un peu d’éclairage et un livre. La lectrice d’Anne Redpath n’a besoin de rien d’autre. Il fait si gris dehors qu’elle a organisé sa journée en fonction du ciel. Il n’y aura pas de promenade, pas de lecture au parc, pas d’arrêt sur une terrasse où elle aurait sorti son livre. Mais il y aura des heures de bonheur dans la douceur de son salon, des mots qui font rêver entre deux gorgées de thé et la vie qui coule.

Allongée à même le sol

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Elle a bien essayé de nombreuses autres positions, mais rien à faire. La lectrice de Tadashi Asoma n’est bien qu’allongée à même le sol pour lire.

D’autres trouveraient cela inconfortable, alors que son plaisir est évident. D’autres se demanderaient quelle est cette lubie alors qu’il y a sûrement dans cette pièce un fauteuil justement prévu pour lire.

Peut-être vous racontera-t-elle alors qu’elle a lu ses premiers livres ainsi, sur le tapis, son grand-père sur la chaise juste à côté et que c’est ce souvenir qu’elle retrouve quand elle est allongée ainsi. Mais peut-être ne le dira-t-elle pas. Elle n’a pas à se justifier.

Les personnages de la liseuse

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Même si la liseuse s’est endormie, les personnages des contes de fées qu’elle lisait ont continué à vivre. En fait, ils sont sortis des livres pour prendre un peu de bon temps et se dégourdir les jambes. Pas facile de rester figés dans des images alors qu’ils aiment tant gambader!

Il est donc fort probable que quand la lectrice de Roseline Scoupe ouvrira les yeux, elle ait l’impression de voir des personnages ailés miniatures courir autour d’elle pour entrer dans les livres, mais le temps qu’elle se frotte les yeux, ils seront rentrés sagement au bercail.

Et elle croira qu’elle a rêvé.

Journée sans lumière

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C’est une journée sans lumière. C’est une journée où la lectrice de Samuel Rothbort restera près de la lampe à lire pour ne pas regarder ce ciel sombre annonciateur de pluie. C’est une journée où il fait bon être chez soi et pas ailleurs, auprès d’un livre. Elle le sait, elle qui n’en est pas à sa première journée ainsi cloîtrée, avec pour compagnons un livre et une lampe. Une journée comme elle les aime.

Une lettre ouverte avec précipitation

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On ne saura jamais qui est cette lectrice anglaise du 19e siècle, parce que la toile est sans signature. Oubli ? Choix ? Nul ne peut savoir. On peut juste noter la précipitation avec laquelle elle a ouvert cette lettre – probablement attendue – puisque l’enveloppe est par terre. On peut juste aussi supposer qu’elle vient d’entamer sa lecture puisque son visage est impassible. Ce n’est que lorsque nous ne serons plus là que la lettre livrera son contenu. Qu’elle seule saura si la lettre était porteuse de tristes nouvelles ou de joies à venir.

Pour rêver

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Elle aime bien partir marcher. Elle leur dit qu’elle va lire ailleurs, et c’est ce qu’elle fait aussi, mais c’est avant tout pour rêver que la lectrice d’Alajos Györgyi s’éloigne.

On peut lire avec quelqu’un à côté de soi, mais il est plus difficile de rêver quand quelqu’un n’est pas loin.

Personne ne dit rien quand on s’active, mais il suffit qu’on soit là, les yeux rêveurs, sur une autre planète pour qu’on tente de nous faire tomber de notre nuage. Et pourtant, cette échappée dans le monde des rêves est souvent plus profitable à celui ou celle qui s’y adonne que les gestes machinaux d’une activité dans laquelle ils n’entrent pas. Alors, oui, pour ne pas avoir à expliquer, il faut faire comme cette lectrice hongroise et aller là où personne ne nous reprochera de rêver.

La silencieuse

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Ce n’est pas qu’elle leur tournait le dos. Elle voulait juste être dans la même pièce qu’eux, les sentir près d’elle, mais ne pas parler. Parce que ça lui était impossible. Parce qu’il y avait trop de douleur contenue en elle. Qu’elle n’arrivait pas à dire, à exprimer, qu’il lui fallait la vivre seule. Mais en sachant que quand la douleur serait moins forte, moins omniprésente, la lectrice de Hans Makart, plongée dans les livres et l’écriture depuis des semaines, n’aurait qu’à tourner sa chaise vers eux, qu’ils seraient tous là, ceux qu’elle aime. Ele a déjà tourné un peu le corps vers la droite; elle ne va plus tarder à sortir de son exil et à entrer dans la vie à nouveau. Ils savent, ils attendent, ils ont les bras ouverts.

La lectrice et son chat

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Lectrices et chats ont toujours fait bon ménage. Ce n’est pas Juh Ly Ahn qui dira le contraire, elle qui a dédié la majeure partie de son blog à ses poilus.

Qui me connaît sait que je les aime aussi même si aujourd’hui je n’ai de chats que de porcelaine ou autre matière non vivante. Je sais bien qu’un chat ne serait pas malheureux chez moi, même si le plus loin qu’il pourrait aller est mon balcon, mais je n’aime pas l’idée d’emprisonner une bête et de lui enlever l’accès au gazon et à toute forme de découverte. Probablement parce que tous les chats que j’ai eus (Picotine, Mandarine, Giroflée, Cendrine, Aglaé, Cannelle, Soleil, pour tout vous dire), c’est à Vagabond que j’ai été le plus attachée.

Je n’ai pas adopté Vagabond, c’est lui qui m’a choisie lui, le chat itinérant qui ne se posait pas nulle part jusqu’à ce que nos yeux se croisent. Il allait ici et là, se laissant nourrir par certains, mais n’élisant jamais domicile. Il a fait de chez moi sa halte. Il se laissait caresser, laver, nourrir et il repartait vivre sa vie de chat. Parfois, il restait là une semaine, épuisé de courir ainsi. D’autres fois, il disparaissait une semaine. Je crois qu’il devait être un chef de bande quelque part puisque j’ai soigné un œil crevé et une oreille déchirée. Personne d’autre que moi n’aurait pu lui toucher quand il rentrait ainsi blessé de coups de griffes. Parce qu’il savait que j’allais m’occuper de lui et le laisser repartir.

Un jour, on l’a trouvé mort. Quelqu’un est venu nous dire où il gisait et nous avons fait ce que nous devions faire. On n’a jamais su ce qui l’avait emporté. Mais ce souvenir est flou. Les moments auxquels je préfère penser sont ceux où il me tournait autour tandis que je lisais, tout comme le fait celui de la lectrice de Jeannette Lassen. Je finissais toujours par céder, par poser là le livre le temps d’une caresse. Puis, il repartait et je retournais à mon livre.

Le lecteur dans la pénombre

hilary murray freir

Il s’est levé sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller sa douce et aller lire au salon. Mais il n’a pas allumé. Il aime bien en même temps qu’il lit jeter un œil à la fenêtre où se bousculent les gouttes de pluie conservant à la pièce cette pénombre des petites heures.

Le lecteur de Hilary Murray Freir a retrouvé le livre laissé là la veille qu’alors qu’ils lisaient tous deux, en parfaite harmonie. Il lit moins vite qu’elle. Or, il sait qu’elle a hâte de traverser cette brique dont il est à la moitié. Mais il n’arrive pas à lire plus vite. Ce livre le plonge dans un sentiment de perplexité, soulève des questions qui font qu’il doit souvent arrêter là sa lecture. Elle devra donc patienter. Heureusement, pour elle, pour eux, il y a encore des centaines de livres à lire, tous alignés dans des rayons à part lors de la mise en commun des livres quand ils ont emménagé ensemble. Les doublons — près de la moitié des titres — sont restés dans des caisses. On ne sait jamais.