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Les vers de Nâzim 3

Point du jour

Dans la maison endormie ce matin,
la lumière qui entre par la fenêtre ouverte,
comme une étoile laissée là par la nuit.
J’ai descendu l’escalier tout doucement,
je suis allée par le jardin, vers le bois de hêtres,
dans la calme fraîcheur de cette aube,
dans les arbres, la tendresse d’une jeune mère.
Par le pont de pierre, passe et s’en va mon voyage.

Nâzim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes

*choix de la lectrice de Peter Yesis

Une femme, des îles, un suicide

Avec L’immense abandon des plages, Mylène Durand signe un premier roman épistolaire et poétique où le drame n’a d’égal que le vent qui se lève sur les Îles-de-la-Madeleine où se déroule cette histoire qui traite de suicide, d’abandon, de résistance, de survie et d’amour.

Le suicide d’une femme qui se jette d’une falaise, comme dans le roman d’Olivier Adam, alors que ses enfants sont encore jeunes, est ici raconté mais jamais oublié. Ni ses filles, ni son fils ne pourront dépasser cet événement marquant, même si chacun tentera de le faire à sa façon. En quittant les îles. En contrant jour après jour l’océan. En cultivant l’image de la disparue.

On ne guérit pas d’une telle perte. Ceux qui se sont trouvés amputés de l’amour de leur mère par le geste définitif qu’elle a posé l’ont compris, à force de larmes et de distance. On ne peut qu’un jour partir. En laissant derrière soi l’immense abandon des plages, un vers de Marie Uguay, extrait de son très beau recueil L’outre-vie, cité en exergue.

L’immense abandon des plages : un roman où la force des vagues et du vent pousse les protagonistes à prendre le large en emportant ce qui n’a pas péri au large de leur amour.

Le roman a reçu le Prix Fiction 2009 du Salon International du Livre Insulaire de l’île d’Ouessant.

Titre pour le Défi Premier roman

18 jours

Se réhabituer aux pas dans le corridor, aux talons qui claquent dans l’escalier. Au téléphone qui sonne sans arrêt, pas nécessairement le sien. Mais les murs sont en carton.

Penser aux livres qui attendent. Patients. Silencieux.
Et puis, ne pas trop y penser. Même si.
C’était bien, 18 jours loin du bureau.

*toile d’Isabel Sanchez Anguita

O teu calor é fogo posto

D’aucuns le comparent à Francis Cabrel. Ont-ils tort? Ont-ils raison? La vérité est sûrement là, fine ligne entre les deux. Les seules choses qu’on puisse affirmer sans se tromper est qu’André Sardet est né à Coimbra et qu’il n’est pas un fadiste. Le reste, à vous de le découvrir en passant chez lui ou en écoutant en boucle O teu calor é fogo posto qui met en scène la voix chaleureuse de l’artiste portugais et une guitare acoustique non moins chaude.

Ce que mots vous inspirent 571

Pour garder sa vie en main, il faut contrôler la quantité et les genres de messages auxquels on est exposé. [Chuck Palahniuk]

*toile de Zhiwei Tu

Les vers de Nâzim 2

Pluies d’été

Comme une jeune mariée aux cheveux blonds,
fils d’argent et paillettes, scintillent au soleil les pluies.
La sérénité des tuiles mouillées
peu à peu me pénètre :
j’attends.

Nâzim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes

*choix de la lectrice de Marie-Augustin Zwiller

Quand Anna riait

Souvent, il m’arrive de reprocher à certains auteurs de romans destinés aux jeunes d’un peu trop arranger les choses pour que toutes les difficultés soient contournées en deux temps trois mouvements et afin que ça finisse bien. Or, je n’ai que des louanges à faire à Yaël Hassan pour son très beau roman Quand Anna riait qui met en scène cousin et cousine à la recherche d’Anna, mentionnée dans le journal de leur grand-père trouvé dans une caisse au grenier en même temps qu’une photo d’eux deux, souriants.

Le grand-père de Simon et de Déborah avait quinze ans quand il a connu Anna, en 1941, alors qu’elle et sa mère, venues de Pologne, se sont réfugiées à Paris. Tout de suite, il s’est épris d’elle, mais Anna a fait partie de ces milliers de Juifs conduits au Vél’ d’Hiv, et de là à Drancy et dans les camps de la mort. C’était le 16 juillet 1942.

Et après? Qu’est-il arrivé à Anna? Simon et Déborah ne peuvent se contenter de cette fin où Anna n’est jamais revenue, où année après année le 16 juillet leur grand-père est retourné dans le quartier de son enfance et de son adolescence. Il leur faut aller plus loin. Trouver la vérité.

Superbe histoire dont j’ai lu, haletante, chacune des pages, espérant que ça finirait bien, tant je me sentais complice de Simon et de Déborah. J’ai fermé le livre en larmes. Oui, Quand Anna riait finit bien.

Voilà parmi les romans jeunesse sur ce sujet pas toujours facile à aborder, une belle leçon doublée d’une histoire où l’amour est au premier plan, autant celui qui unit un jeune homme et une jeune fille que celui qu’éprouvent enfants et petits-enfants pour ce vieil homme qui fait figure de héros.

Anecdotes de réviseure 15

J’ai longtemps cru et il m’arrive encore de croire que le métier d’éditeur est noble et qu’il mérite même un certain respect. Même s’il y a de nombreux individus qui se font appeler éditeurs sans avoir la passion qu’il faut pour exercer la profession et sans posséder les qualités nécessaires à leur tâche.

Comment peut-on, dites-moi, laisser des chefs de production bâcler leur travail? Comment peut-on confier la révision et la mise en page au premier venu (ou à ce qui semble l’être)? Dites-moi. Je ne comprends pas. Et je reste chaque fois pantoise quand je constate qu’un écrivain, qu’il en soit a son trentième ou à son premier livre, subisse les contrecoups du travail non fait de son propre éditeur.

J’exagère? Je ne crois pas. J’en suis à la page 19 d’un roman qui n’a sûrement pas été révisé puisque j’y trouve des étrangetés comme aupa-ravant… et une absente flagrante d’espaces insécables, ce qui nous donne des guillemets ouverts en bouts de ligne.

J’ai longtemps cru que la passion du métier d’éditeur se reflétait dans ses livres. Je sais maintenant que son manque de passion s’y reflète aussi.

*toile de José Sobral de Almada Negreiros

Place des Pignerolles

Des boules colorées qui pourraient rester là tout l’hiver tant elles parent de beauté les arbres dénudés…

Ce que mots vous inspirent 570

L’artiste est celui qui voit plus haut, plus grand, plus clair que les autres hommes. (Antoine Auguste Préault)

*toile de Mikhail Zichy