L’essentiel est que le père donne à penser. (Paul-Laurent Assoun)
*toile de Konstantin Scewczenko
On ne peut pas mesurer tout ce qu’un père donne, lui qui disait qu’on ne donne que ce qu’on n’a pas. (Éliette Abécassis)
*toile d’Alfredo Valenzuela Puelma
Parce que c’est leur jour, parce que leur présence marque nos jours, que leur absence a une incidence aussi grande, parce qu’ils sont importants et que nous les aimons, pères et grands-pères sont aujourd’hui à l’honneur, dans des scènes livresques, afin de mettre en évidence quelques citations sur l’art d’être père, à commencer par celle-ci offerte au personnage de l’illustrateur Richard Sargent :
Devenir père n’est pas difficile. L’être l’est, cependant. (Wilhelm Busch)
À Miss Winnie Howels
Bravant dans ses rigueurs notre zone neigeuse,
Tourterelle échappée à l’Orient vermeil,
Qui donc a dirigé ton aile voyageuse
Vers nos pays du Nord oubliés du soleil?
Toi dont Venise, au chant de sa lagune heureuse,
Berça le premier rêve et le premier sommeil!
Quel caprice a conduit ta course aventureuse
Vers nos bords où l’été n’a qu’un tardif réveil?
Oh ! je le sais, enfant ! A la plus pure flamme
Ton père, doux poète, alluma ta belle âme;
Et, fier de nous montrer un cœur comme le tien,
Après avoir – conteur à la voix sympathique! –
Chanté notre pays sur sa lyre exotique,
Il t’envoya vers nous pour faire aimer le sien!
Louis Fréchette, Les oiseaux de neige
*choix de la lectrice de Thomas Coke Ruckle
En 2010 paraissait en anglais You comma idiot, le premier roman du Montréalais Doug Harris, dont le titre français T’es con, point, n’a rien perdu de son cynisme dans la traduction signée Éric Fontaine, parue chez Stanké en début d’année.
D’emblée, avec un tel titre, l’auteur annonce les couleurs de son roman, ce qu’il confirme sans tarder. Nous aurons affaire à un imbécile, qui n’a aucun but dans la vie, dont l’essentiel des journées consiste à traîner avec sa gang, dealer sans grande conviction, gérer un immeuble en y consacrant le moins de temps possible, en s’intéressant peu et de loin à tout ce qui gravite autour de lui. Et même si Lee est un peu con sur les bords, c’est un con sympathique auquel on s’attache dès les premières lignes. Le « tu » utilisé est sûrement pour quelque chose dans cette attraction que le lecteur subit, se sentant d’une certaine façon impliqué, comme si le narrateur en se parlant à lui-même s’adresse en même temps à lui.
L’usage du « tu » n’est pas étranger à l’attachement que le lecteur ressent pour Lee, car il permet de toucher la fibre adolescente qui traîne encore parfois en chacun de nous, même si nous avions plus d’ambition que lui et étions moins déconnectés. Cet usage permet aussi au narrateur de se regarder tout en se racontant. Autrement dit, il sait sortir du factuel de ses jours semblables en apparence pour apporter une certaine réflexion, surtout quand arrivent des événements hors du commun, comme la disparition de la petite amie de l’un qui est bien vite soupçonné du pire, ou bien quand le héros a commis l’irréparable, alors qu’il ne s’y attendait pas du tout, lui si peu intéressé par la chose, en couchant avec la blonde du beau type de la bande.
Lee a beau commettre des bavures, être tout sauf parfait, il n’arrive pas à nous agacer tant Doug Harris a su nous le rendre sympathique. Et pourtant, qui voudrait dans la vie, en dehors de la vie fictive d’un roman, d’un ami loser?
Parce que Doug Harris est un conteur, qu’il a créé des personnages qui ne sont pas si différents de ceux qu’on peut croiser rue Sherbrooke Ouest, au parc Girouard, ou autour de l’ancien cinéma Séville, où il a choisi d’installer le petit monde de Lee, T’es con, point est un formidable roman d’ambiance, où il ne passe rien d’autres que la vie avec ses hauts et ses bas, dans un tictac inéluctable qui mènera à une chute un peu prévisible, mais pour laquelle on ne peut tenir rigueur à l’auteur tant il a su nous tenir pendant près de 400 pages, sans faillir à la tâche.
Titre pour le Défi Premier Roman 
Voilà une semaine qu’il examine la lectrice de dimanche dernier et qu’il se demande comment il pourra la séduire avec des mots puisque rien ne semble la déranger tant son livre la passionne. Et vous, avez-vous trouvé les vôtres?
*toile d’Alois Heinrich Priechenfried
Amitié
À Mlle N***
Je connais un petit ange
Lequel n’a jamais mouillé
Sa blanche robe à la fange
Dont notre monde est souillé.
C’est lui qui donne le change
Au pauvre cœur dépouillé
Que l’amour, vautour étrange,
D’un bec cruel a fouillé.
Cet ange, qui vous ressemble,
Sous son aile nous rassemble
C’est la divine Amitié.
Son regard est doux et calme;
Il m’offre sa chaste palme…
En voulez-vous la moitié?
Louis Fréchette, Les oiseaux de neige
*choix de lectrice de Salvador Tuset
Je ne vous cacherai pas que j’ai dévoré les 100 premières pages du pavé que constitue Sur la 132 tant j’avais hâte de voir dans quelle aventure allait nous embarquer Théo, le héros, voire l’alter ego, imaginé par Gabriel Anctil. Je ne tairai pas non plus le fait que c’est avec beaucoup moins d’enthousiasme que j’ai lu les 400 qui ont suivi.
Je me réjouissais pourtant de partir à la conquête de la région en compagnie de Théo, riche publiciste décrocheur qui en avait marre de la vie insipide qu’il menait. Lui qui n’avait jamais eu froid aux yeux et à qui tout avait toujours réussi en a eu marre. Tout simplement. Et suffisamment pour laisser derrière lui le clinquant de tout acabit. Question de se refaire une santé. De vivre selon des valeurs qui n’existent pas dans le milieu de la publicité où les loups se mangent entre eux.
Il prend donc la route et s’installe dans une maison au bord de la 132 qu’il a louée à partir d’une petite annonce. C’est ainsi qu’il se retrouve à quelques kilomètres de Trois-Pistoles, ville qu’a quittée son grand-père maternel autrefois pour Montréal. Or, Théo n’a jamais été plus loin que Québec. Il n’a aucune idée de ce qui se passe au-delà de cette limite pas plus qu’il ne sait comment vivent ceux qu’ils s’apprêtent à côtoyer.
Il l’apprendra assez vite, car tout se sait dans les régions et bien vite chacun voudra faire connaissance avec cet étrange, du voisin d’en face aux plus éloignés en passant par les commerçants et la serveuse d’un des deux bars du coin. Et il nous le racontera dans les moindres détails. Probablement parce qu’il n’en revient pas de se retrouver au cœur d’un microcosme qui semble épargné par la recherche de la réussite.
Mais c’est peut-être un peu trop. Un peu trop de bière, de baloney, d’herbe, de matchs de hockey, de soirées de beuveries de toutes sortes. Un peu trop de détails, lesquels nous donnent l’impression d’une caricature ou d’un remake de Bienvenue chez les Ch’tis, façon roman et à la sauce québécoise.
Le résultat est un roman qui n’en finit plus de s’étirer et dont la surenchère de détails n’apporte rien de plus au lecteur qu’un profond agacement qui n’a d’égal que celui qu’il éprouve devant certains dialogues qui occupent des pages et des pages, si nombreux qu’on se demande s’ils n’occupent pas à eux seuls plus des deux tiers du roman.
J’avais pourtant dévoré les cent premières pages de Sur la 132. Je ne m’attendais pas du tout à ce que Théo se transforme en Philippe Abrams (le postier campé par Kad Merad) et adopte toutes les habitudes de ceux qu’il commence par dénigrer au point de devenir un des leurs.
« Qui trop embrasse mal étreint », dit un proverbe. Il est hélas approprié en ce qui concerne Sur la 132, un roman beaucoup trop long, bavard, caricatural à l’excès, dont il ne reste qu’un mal de tête propre au lendemain de brosse. Normal, puisque le roman relate le parcours du narrateur d’une soirée bien arrosée à une autre…
Titre pour le Défi Premier Roman 
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