De quoi sourire…
C’est en attendant l’autobus que j’ai vu l’affiche du plus récent CD de Clément Jacques, Le maréographe. N’ayant jamais entendu parler de cet artiste québécois, j’ai fouiné un peu sur la toile question d’écouter quelques extraits avant de me procurer son disque au titre qui laissait supposer des vagues et du sable… Et c’est un album somme toute assez sympathique que nous offre Clément Jacques bien qu’il ne casse rien ni ne se démarque vraiment des courants actuels. Mais ça se laisse écouter. Ce qui n’est pas mal. Et juste pour vous donner une idée, voici L’autre côté de l’océan.
« J’veux faire partie de ton délire
être l’homme dans ton sourire
être ta bouée de sauvetage
au cas où tu prendrais le large »
Être sage, c’est éviter de se retrouver dans des situations qui feraient de la sagesse une nécessité. (Doug Larson)
*toile de Charles van den Daele
Le printemps
A Mlle ***
Voici le Printemps, la saison des roses.
Plus de rameaux nus, de gazons jaunis;
Plus de froids matins ni de soirs moroses
Voici le Printemps et ses jours bénis.
Voici le Printemps : aux fleurs demi closes
La brise qui vient des bois rajeunis
Murmure tout bas de divines choses…
Voici le Printemps, la saison des nids.
Enfant, tout cela chez vous se révèle;
Chez vous, comme au sein de la fleur nouvelle,
La coupe d’ivresse offre sa liqueur.
Pour vous nul besoin que le temps renaisse
Vous avez la vierge et sainte jeunesse;
C’est votre printemps, la saison du cœur.
Louis Fréchette, Les oiseaux de neige
*choix de la lectrice de Soldi
« L’essentiel – comme l’a sûrement déjà écrit Paulo Coelho, et s’il ne l’a pas encore fait il le fera – s’exprime rarement avec des mots », affirme Bartolomeu Falcato, personnage central de Barroco tropical, le plus récent roman de l’Angolais José Eduardo Agualusa, non sans humour à l’endroit du Brésilien le plus lu de la planète.
Et pourtant, avec des mots, il va souvent à l’essentiel, même s’il lui faut souvent emprunter divers détours, enquêter, et pour cela rencontrer des personnages hors du commun, hommes glauques ou repoussants, femmes sublimes, troublantes et troublées. Ce n’est, en effet, pas tous les jours qu’une femme tombe du ciel et Bartolomeu, journaliste et écrivain aux prises avec des choix dont il ne mesure pas encore toute la portée, voit dans ce geste un signe qu’il lui en faut comprendre le sens en même temps qu’il est temps pour lui de voir clair dans sa propre vie en déroute.
Cela donne lieu à un roman fouillé et touffu, où se font face une pléiade de personnages qui ont tous à voir les uns avec les autres, même si au départ on n’était pas porté à le croire tant ils semblent émaner d’univers parallèles. Qu’ont en effet en commun une vieille Brésilienne de 80 ans qui cherche un jeune mari, une chanteuse acclamée dans le monde entier, des anges noirs, une fillette-chien, une ancienne Miss Angola et tant d’autres? Plus que vous ne pouvez l’imaginer…
Une fois de plus, le romancier angolais nous convie à un jeu de pistes fascinant qui dépasse les frontières et dont l’universalité n’est pas à démontrer, malgré le fait que l’action soit ancrée dans le sol angolais, tant il sait nous montrer le visage des humains, autant leur mansuétude que leurs bassesses. N’hésitant pas à faire preuve d’humour par des phrases comme celle-ci, « La dernière personne à faire des discours aux poissons fut le père Antonio Vieira et il semblerait qu’il n’ait eu aucun succès », Agualusa cite volontiers ce dernier, auteur portugais du XVIIe siècle, ainsi que Mia Couto, auteur mozambicain qui a, avec quelques autres, permis à la littérature de la diaspora lusophone africaine d’obtenir la visibilité qu’elle mérite.
Même si Bartolomeu affirme « Je le regrette infiniment, mais il est absolument impossible d’expliquer le mot saudade à qui n’est pas de notre langue », Agualusa nous en donne une si bonne idée que toute personne sans la moindre goutte de sang portugais dans les veines devrait en saisir les nuances grâce à ce superbe roman atypique, à l’instar de ses précédents titres. Un roman à offrir à qui cherche dépaysement, climat, personnages bien campés et écriture imagée autant qu’imaginative. Par celui qui nous a donné Le marché de passés, La saison des fous et Les femmes de mon père.
Ça goûte un carambar à la barbe à papa, tout ce qu’il y a de plus français, une friandise des plus courantes pour mes cousins d’outre Atlantique, mais qui ici est une denrée rare. Je prends donc mon temps…
Vous l’entendez? Moi si! Et Armando, à qui nous devons cette photo, l’a entendu lui aussi, alors qu’il se faisait chauffer la couenne sous le soleil du Portugal.
On voyage autour du monde à la recherche de quelque chose et on rentre chez soi pour le trouver. (George Moore)
*illustration de Peter Newell
C’est un très vieux livre que la lectrice peinte par Christina Robertson a choisi de faire découvrir aux lectrices du soir. En effet, le recueil Les oiseaux de neige du poète québécois Louis Fréchette, qui constitue une suite aux Fleurs boréales, a été publié en 1886. Un recueil duquel elle a tiré ces vers :
Juillet
Depuis les feux de l’aube aux feux du crépuscule,
Le soleil verse à flots ses torrides rayons;
On voit pencher la fleur et jaunir les sillons
Voici les jours poudreux de l’âpre canicule.
Le chant des nids a fait place au chant des grillons;
Un fluide énervant autour de nous circule;
La nature, qui vit dans chaque animalcule,
Fait frissonner d’émoi tout ce que nous voyons.
Mais quand le bœuf qui broute à l’ombre des grands chênes
Se tourne haletant vers les sources prochaines,
Quel est donc, dites-vous, ce groupe échevelé
Qui frappe les échos de ses chansons rieuses?
Hélas! c’est la saison des vacances joyeuses…
Comme il est loin de nous ce beau temps envolé!
C’est bien sûr un clin d’œil au célèbre conte signé Hans Christian Andersen que fait Martine Delerm avec son album intitulé La petite fille sans allumettes.
Comme la petite fille aux allumettes, Marina a froid. Comme elle, elle mendie, alors que tourbillonnent les flocons de neige. Mais elle ne peut pas gratter d’allumettes pour se réchauffer : elle n’en a pas. Alors, elle regarde les livres dans la vitrine.
Or, Martine Delerm, laquelle aime les histoires qui finissent bien et les librairies, sauve son héroïne. C’est en effet réchauffée par l’histoire d’une libraire conteuse que la petite échappera aux engelures, voire même à la mort.
Pour ceux qui ont pleuré et qui pleurent encore même adultes quand ils relisent La petite fille aux allumettes, le livre de Martine Delerm, où nul ne joue avec des allumettes (ce qui devrait plaire à nombre de parents), est tout désigné.
Moi qui ai toujours beaucoup aimé les histoires tristes, et particulièrement ce conte d’Andersen, j’ai adoré la version de Martine Delerm. C’est tout dire, non?
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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