Lali

1 juin 2012

Savanes 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

de quel amour si pur que le jouir
quand le jouir est pur
peut-être
ne restera-t-il que fragments
des traces soulevées en langueur grave douce
l’entaille en ton corps est une consolation
buvons
l’eau qu’il a dans le corps des amants
nos peaux s’emparent de la lumière
la couleur du monde sourd de nos pores
s’incline le soleil en ses branches
les plus hautes
les mornes de schiste sont presque des temples

Joël Des Rosiers, Savanes

*choix de la lectrice d’Alexander Shubin

À l’attention de la femme de ménage

Filed under: À livres ouverts — Lali @ 19:41

Le mot « singulier » a été utilisé plus d’une fois tant par les critiques que par les éditions Stock pour désigner le premier roman d’Émilie Desvaux intitulé À l’attention de la femme de ménage. Je pourrais bien évidemment en chercher un autre, utiliser « inclassable » à la place de « singulier » pour rester dans le flou, mais ça ne serait pas rendre justice à ce roman qui, tout en étant imparfait, n’est pas sans intérêt.

Le roman, constitué d’une longue lettre adressée à celle qui vient depuis des années tous les jeudis ranger la maison de la narratrice, faire les carreaux, repasser son linge, celle qu’elle ne connaît pas, parce qu’elles ne sont jamais liées et qu’elles ont conservé cette distance d’une autre époque qu’avaient entre eux le maître et l’employé de maison, relate ce qui ne se dit pas. Ce que l’une a peut-être deviné. Ou pas. À propos de ce qui unit sa patronne et Marie-Jeanne, la jeune cousine de son mari qu’ils ont recueillie peu de temps avant qu’André ne périsse dans un accident de voiture. Ou qu’elle ait réussi à percer un lourd secret de famille concernant ce qui s’est passé entre un père et sa fille il y a plus de vingt ans.

Qu’elle sache ou pas avant qu’elle ne commence à lire cette lettre, elle sera au courant de ce qu’a vécu celle qui l’emploie quand elle aura fini de lire la lettre. À la manière d’une lettre d’adieu ou d’un testament, ce roman épistolaire fait le portrait d’une vie, sans fausse pudeur et sans maquillage, avec tout ce qu’il peut avoir de dérangeant par les liens qu’entretiennent entre eux ceux et celles (essentiellement trois personnages) qui habitent les pages de ce roman de mœurs.

L’écriture est fluide. Le rythme a la lenteur et la langueur des jours qui coulent sur cette demeure élégante, isolée de tout, alors que les saisons laissent si peu de traces sur les vies de celles qui y vivent, inconscientes du danger qui plane sur elles, comme une épée de Démoclès.

Ça ne pouvait se terminer que dans un drame. Et c’est là que nous emmène Émilie Desvaux qui n’a pas ménagé les détails pour nous montrer l’ambiance étouffante qui a toujours été celui de la narratrice. Un premier roman bien écrit, sans plus. Les personnages ne sont pas assez attachants pour qu’il en soit autrement.

Titre pour le Défi Premier Roman

Des tulipes sur ma route 17

Filed under: Mon Montréal,Signé Lali — Lali @ 14:04

Celles-ci croquées sur l’avenue des Saules…

Une voix qui porte

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 11:18

Une librairie, même si plusieurs personnes en examinent la toute nouvelle vitrine, n’inspirera jamais autre chose que le silence ou un chuchotement de la part de ceux qui sont là. C’est pourquoi toutes les têtes se sont tournées vers celle qui, visiblement, n’avait pas conscience de l’endroit où elle hurlait, telle une enragée, dans le microphone de son téléphone cellulaire.

– Votre retard m’a fait perdre 5000 dollars!
– …
– Vous êtes une inconsciente. Ça n’a pas de sens de remettre vos textes 24 heures après la date prévue!
– …
– Et pour des raisons personnelles en plus. Vous me prenez pour qui? Comme si j’allais vous donner ma bénédiction alors que vous me faites perdre de l’argent?
– …
– Et vous avez perdu quoi, vous?
– …
– Un bébé? Vous en ferez un autre.
– …
– Encore des excuses pour vous défiler. Vous pensez que je vais croire ça, que ça vous a pris six ans pour tomber enceinte alors qu’il y a des tas de filles de 15 ans qui tombent enceintes la première fois qu’elles couchent avec un garçon? Vous me prenez vraiment pour une idiote.
– …
– Vous ne vous rendez vraiment pas compte de la situation! Vous n’êtes qu’une incompétente! Vous n’avez aucune conscience professionnelle! Vous…

Puis, plus rien. Visiblement, son interlocutrice avait raccroché. Tous, nous la regardions quand un homme s’est approché d’elle.

– Vous êtes toute une femme d’affaires! Puis-je avoir votre carte professionnelle?
– Vous êtes dans quel domaine?
– Les communications.
– Avec plaisir. Voici ma carte!
– Merci. Je vais m’empresser de faire circuler votre nom dans mes réseaux.
– Oh! c’est trop!
– Trop? J’espère juste que ce sera suffisant pour ruiner votre réputation.

Et l’homme a quitté la scène. Nous étions trop émus pour applaudir.

*toile de John Wheatley

Ce que mots vous inspirent 679

Filed under: Ce que mots vous inspirent,Couleurs et textures — Lali @ 8:00

Il n’y a que dans les livres que l’on peut changer de vie. Que l’on peut tout effacer d’un mot. Faire disparaître le poids des choses. Gommer les vilénies et au bout d’une phrase, se retrouver soudain au bout du monde. (Grégoire Delacourt)

*toile d’un peintre tchèque inconnu, dont toute trace a disparu