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Les vers de Monica 3

pourquoi dois-je prendre la parole
pourquoi l’incruster dans la croûte rugueuse
de cette terre
pourquoi déblayer avec chaque lettre
jaunie par l’usage
tant de chemins parcourus

j’ai la réponse flétrie entre les doigts;
le poème est toujours la dénonciation
irrévocable de la vie
c’est poser le pied sur du ciment frais
et laisser cette infime trace sur la poussière
trace d’avoir vécu malgré tout
avec la dénonciation dans la peau

Monica Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice du peintre brésilien Alfredo Rocco

Une femme amoureuse

Inspiré par la vie d’une amie décédée il y a quelques années, Bernard Simonay a choisi de romancer le parcours de celle-ci et d’ajouter çà et là les détails manquants afin d’en faire l’héroïne de son plus récent roman, L’odyssée d’une femme amoureuse.

Elyane Steiner, femme d’affaires née à Hambourg et mariée à un Juif volage, quitte l’Allemagne nazie en 1938 à destination de l’Argentine afin de le sauver. Là-bas, elle rencontre un Français qu’elle viendra rejoindre en laissant derrière elle tous ses biens et un mari qui ne la méritait pas. Mais à quelques jours de son deuxième mariage, elle porte un nom juif. Et nous sommes le 16 juillet 1942, une date marquante pour les Juifs de Paris.

Voilà en peu de mots ce que raconte le roman de Simonay, lequel met en scène une femme hors du commun. Elyane est issue d’une famille riche, très riche. Elle peut donc s’offrir bien davantage que nombre de gens et prendre le large avec des coffres, des malles et des meubles plutôt que de prendre la fuite avec une valise ou les seuls vêtements qu’elle porte ce jour-là.

Mais il ne s’agit pas d’un roman sur la Seconde guerre mondiale, même si une partie de L’odyssée d’une femme amoureuse se déploie dans ce contexte historique. Et même si des détails nous sont fournis sur la situation alarmante dans laquelle se trouvent les Juifs d’Allemagne, mais qui ne semble pas du tout inquiéter le Juif de mari d’Elyane qui n’a d’yeux et de mains que pour les femmes, lesquelles lui coûtent une fortune.

Mais Elyane est amoureuse. Et elle fera tout pour conquérir à nouveau celui qu’elle a épousé… On ne divorce pas dans le milieu d’où elle vient. Mais l’amour est là qui veille à nouveau.

Vous aurez compris que l’auteur ne nous a pas trompés, qu’il s’agit bien de l’histoire d’une femme amoureuse et qu’il n’est pas fait grand cas de l’Histoire. Autrement dit, un roman de bien peu d’intérêt pour qui n’aime pas les romans d’amour.

Au sol

Au sol se cachent parfois des trésors…

Les moutons de ma voisine

Arrivent-ils à chasser les écureuils qui laissent des trous derrière eux et croquent sans remords les bulbes bien enterrés?

Ce que mots vous inspirent 693

L’ennui, qui dévore les autres hommes au milieu même des délices, est inconnu à ceux qui savent s’occuper par quelque lecture. Heureux ceux qui aiment à lire. (Fénelon)

*toile de Gürbüz Do?an Ek?io?lu

C’est l’été!

Prenez le temps de vous asseoir, d’écouter le chant des oiseaux et de respirer le parfum des fleurs. Il est si court!

Les vers de Monica 2

Pour toi, j’ai laissé partir tant de bateaux
pour toi, je parcours les fleuves et les canaux
en toi se concentrent mes désarrois
empilés comme des flancs de montagnes
si ponctuel, montre en main,
un train part et puis un bateau
et je reste ici à attendre le suivant
et je prends un autre café
et j’écris un autre poème ou une lettre ou un conte
si ponctuels, montre en main,
les adieu s’amoncellent
comme des raisins détachés de la grappe
ils m’arrachent minutieusement les heures et les papiers
un autre train est parti, puis un bateau
je prends un café et je continue à écrire
et je presse les souvenirs dans les lettres
montre en main, si ponctuel,
que pour toi j’ai laissé partir tant de bateaux
que pour toi, je parcours les fleuves et les canaux

Monica Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice d’Even Ulving

Un lac pour tout témoin d’un amour

C’est au cours de l’année 1916 que la comtesse Vittoria Colonna rencontre le peintre Umberto Boccioni au bord du lac Majeur. Loin des regards, la princesse, qui n’a pas la jeunesse du peintre, se laisse visiblement charmer par l’artiste, sous les yeux de son propre fils adolescent qui s’est lui aussi attaché au jeune homme. On ne sait jusqu’où ce jeu de séduction est allé, mais on peut le deviner à la faveur des lettres échangées pendant deux mois et sur lesquelles Marella Cariaccolo Chia, née à Montréal et installée en Italie depuis quelques années, a mis la main alors qu’elle menait des recherches sur le comte et non sur la comtesse. Celui-ci, exilé en compagnie de sa maîtresse et de leur fille en Colombie-Britannique, a laissé si peu de traces qu’il faudra sûrement encore quelque temps à l’auteure pour débusquer quoi que ce soit à son sujet.

C’est donc en l’absence de détails sur la vie en sol canadien du comte, mais forte d’une énorme correspondance entre lui et son épouse, laquelle lui écrivant quotidiennement, car ils vivaient la plupart du temps séparés, elle préférant dans ses jeunes années la vie londonienne et le côté glamour s’y rattachant, et plus tard sa maison insulaire où elle entretenait un magnifique jardin qu’elle mentionne régulièrement dans ses lettres, que Marella Caracciolo Chia a découvert cette idylle.

C’est donc de la correspondance entre le comte et sa femme, de celle que la comtesse a entretenue avec de nombreuses personnes et de celle entre celle-ci et Boccioni qu’est né le roman d’atmosphère Un bonheur inattendu. Un roman entrecoupé de nombreux passages épistolaires afin d’étoffer la véracité contextuelle et de nous donner une bonne idée de la personnalité des différents protagonistes de cette histoire.

Vittoria Colonna et Umberto Boccioni se sont follement aimés. Leurs lettres pudiques puis enflammées en sont la preuve tangible. Où cela les a-t-il menés? À nous de décider si cet amour est resté chaste ou pas : l’auteure jamais n’affirme, mais toujours suppose. Mais cet amour aura été de courte durée puisque deux mois après leur rencontre, le peintre décédait des suites d’une chute de cheval.

Alors que la comtesse n’attendait plus rien qui ne la soulève vraiment, alors que son seul passe-temps était l’horticulture, un peintre est venu, admiratif, la regarder amoureusement, lui procurant là un bonheur inattendu, mais de courte durée.

Le résultat est un beau roman tout en nuances qui dépeint une époque et un contexte avec suffisamment de détails pour que nous soyons transportés dans une Italie de début de siècle, au cœur de l’aristocratie. Un premier roman pour Marella Caracciolo Chia, traduit avec finesse et sensibilité par l’écrivain et éditeur Antonio qui n’en est pas à sa première traduction et à qui on doit d’avoir révélé ce texte aux lecteurs francophones.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Encore des pivoines!

Ceux-là croqués boulevard de l’Assomption, sur la route de la maison.

Le charme des pavots

Je ne m’en lasse pas!