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Les vers de Monica 5

j’ouvrais les portes pour sortir
j’ai abandonné des salons accablants
des jardins secrets
des labyrinthes embrouillés
des villes emmuraillées
gravides d’histoire
des temples remplis de dieux absents

ce n’était pas vrai
je passais seulement d’une chambre à l’autre
l’exil était entre les murs

je sors maintenant
je porte avec moi le premier mot
de plusieurs poèmes
que peut-être je n’aurai pas le temps d’écrire
j’écoute mon propre souffle
embrouillé dans le silence
je prends ma main
je marche

Monique Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice signée Ute Bartsch

Désespérés s’abstenir

Quel roman rafraîchissant que Désespérés s’abstenir! Je l’ai avalé presque d’une seule bouchée tant j’ai été séduite par le personnage de Clara, Italienne par sa mère, trentenaire par son acte de naissance, chasseuse de têtes le jour et chasseresse sur Internet le soir.

Avec un humour décapant, mais en ne perdant pas le sens des réalités dans ce monde où on peut s’inventer des profils et se dissimuler sous la photo d’un autre, Annie Quintin décortique cet univers des sites de rencontre dans lequel ont choisi de se promener Clara, son héroïne et ses deux amis de toujours afin de débusquer l’âme sœur qui se dissimule peut-être là. Mais combien de zozos, d’imbus deux-mêmes, de faux jetons, de faux beaux, d’adolescents attardés et de sérieux avec le sens de l’humour devront-ils « tester » avant de ne plus naviguer à outrance? « Ou ben avoir une vie, tsé! Décoller d’Internet, apprendre le macramé, revenir aux valeurs essentielles comme la culture de la terre et jouer de la cuillère en famille ou chanter du Beau Dommage autour d’un feu de camp. »

Ce sont ces petites déceptions, ces retours en arrière, ces constatations, ces moments inoubliables, fous rires compris que l’auteure nous livre dans ce premier roman que certains classeraient volontiers dans le rayon chick lit. Peut-être pas à tort. Mais ce serait là limiter le nombre de lecteurs potentiels et écarter le lectorat masculin, dont certains membres se délecteraient autant que la première venue des aventures de Clara, célibataire pas du tout malheureuse de l’être, mais qui ne résiste pas à l’idée de tenter d’en finir avec cette situation à l’heure où tous les outils pour y arriver ne sont qu’à un clic de souris.

Oui, quel savoureux roman que Désespérés s’abstenir.
J’attends désormais impatiemment le nouveau roman d’Annie Quintin. C’est tout dire, non?

Titre pour le Défi Premier Roman

Fragiles iris

Un jour, ils sont là. Le lendemain, le vent les a fauchés.

Les couleurs du boulevard

Que je sois en direction du bureau ou de la maison, le boulevard de l’Assomption est presque chaque fois sur ma route. Ainsi que ses couleurs…

Quelques lignes…

Quelques lignes. Il n’en faut pas plus pour animer une toile. Trouvera-t-elle, à l’instar des deux envosmotistes qui ont déjà déposé leur texte, les mots pour donner vie à celle de dimanche dernier?

*toile d’August Müller

Les vers de Monica 4

le temps est aride
je marche nu-pieds
en me brûlant la plante des pieds
sur l’immensité incolore
je ne sais pas quand j’arrive au bord
et je bascule

tu es le précipice inattendu

je ne sais pas
si en bas je trouverai tes bras
ou si je toucherai le fond
avec la plante des pieds

Monica Mansour, Poèmes

*choix de la lectrice d’Harriet Backer

La comtesse de Ricotta

Encore une fois je suis tombée sous le charme. Milena Agus sait raconter des histoires, dépeindre des situations, dessiner des personnages et des lieux. Elle l’a prouvé avec ses romans précédents et réussit une fois de plus avec sa plus récente publication, La comtesse de Ricotta, qui met en scène trois sœurs : Noemi, Maddalena et la comtesse de Ricotta.

Les trois habitent trois des huit appartements d’un immeuble qui a connu des heures plus glorieuses et qui a jadis appartenu à leur famille. De la vaisselle et des meubles demeurent de cette époque révolue. Noemi, qui est magistrate, veille à ce qu’il reste ne soit pas dilapidé tandis que l’amour vient troubler l’ordre des choses alors qu’elle ne s’y attendait plus. Maddalema et son mari s’adonnent à la chose à la moindre occasion, désirant à tout prix un enfant tandis que la comtesse de Ricotta, en apparence la plus fragile, mais peut-être la plus fort des trois, court après son fils qui s’échappe à la moindre occasion.

Ajoutez à ces personnages celle qui a été leur nounou et que l’une des sœurs héberge, le neveu de celle-ci qui répare ce qu’il est urgent de réparer, un voisin dont le jardin est à l’abandon, les odeurs et les couleurs de la Sardaigne. Et vous vous trouverez plongés dans cet univers hors de l’ordinaire où trois sœurs qui se démarquent par leur originalité se (dé)battent avec la vie afin d’en tirer le meilleur, même si pour cela il leur faut perdre quelques plumes ou une tasse. Ou même ce en quoi elles avaient toujours à peu près cru.

La comtesse de Ricotta, un superbe roman d’atmosphère où l’action est accessoire tant tout cela se joue ailleurs, dans l’espoir et les rêves de chacune des comtesses.

Si j’étais à Paris…

Si j’étais à Paris cette fin de semaine, j’irais sûrement faire un tour au 4e Salon international du livre au format de poche. Parce que j’aime l’idée. Et aussi parce qu’autrefois j’avais des amis à Saint-Maur avec qui je suis allée à Vincennes où nous avions loué des barques. Et parce que c’est à Créteil que j’ai vu Les uns et les autres.

Parce que parfois j’ai envie de toucher du bout des yeux mes souvenirs.

Au hasard de la rue Beaubien

Des fleurs, des fleurs et encore des fleurs!

Ce que mots vous inspirent 694

Nos premiers maîtres de philosophie sont nos pieds, nos mains, nos yeux. Substituer des livres à tout cela, ce n’est pas nous apprendre à raisonner, c’est nous apprendre à nous servir de la raison d’autrui. (Jean-Jacques Rousseau)

*toile d’Irene Fenollar