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En attendant

Comme un leitmotiv. Ou une obsession. Ou les deux. Cette envie qui me taraude de fenêtres ouvertes et d’arbres en plein éveil. Envie de plus en plus pressante chaque année. Parce que la saison dite blanche, mais en fait plus grise que blanche, est toujours trop longue. Toujours trop froide.

Et me glisser dans ne toile. En attendant. Pour mieux rêver.

*toile de Rein Pol

Ce que mots vous inspirent 602

Le goût est une aptitude à bien juger des choses de sentiment. Il faut donc avoir de l’âme pour avoir du goût. (Vauvenargues)

*toile de Fredrik Kolsto

Les vers d’Anthony 2

Un jour de gai soleil un jour de clair matin
aux premières tendresses
d’une bouche qui se décline
tes souvenirs se raccorderont
au pas à pas du texte
à la fragilité du dire.

Anthony Phelps, Une plage intemporelle

*choix de la lectrice de Friedrich von Amerling

Mon cher amour

Il est certains livres qu’on ouvre, le cœur battant, se disant qu’on va passer grâce à lui des moments magnifiques, voire exceptionnels. Souhaitant, à cause d’un quatrième de couverture alléchant que ces pages nous transportent et nous fassent vibrer.

C’est dans cet état que j’ai ouvert Mon cher amour d’Elisabeth Brami. D’abord, parce qu’il s’agissait d’un roman épistolaire et que j’aime ce genre. Ensuite, parce qu’il allait être question de musique, le jeune homme de l’histoire ayant pour correspondante une chanteuse dont il s’est épris.

Et dès les premières pages, j’avoue que je me suis quelque peu laissée séduire par cette histoire qui n’est pas sans rappeler Diva, le premier film de Jean-Jacques Beineix, où un jeune facteur s’éprend d’une chanteuse lyrique. Et puis, j’ai vu en Tamara une sorte de Barbara, ce qui ne m’a pas déplu.

Mais si la musique est là, plus les paroles que les notes, comme une espèce de troisième voix, les deux premières, celles de Stanislas et de Tamara sont si semblables qu’elles pourraient presque être prises l’une pour l’autre. Ça enlève du crédit à une histoire qui, déjà, n’en finit plus de se fondre dans l’invraisemblance. Et quand, aux presque vingt années qui les séparent, en plus du fait qu’elle est une chanteuse reconnue et acclamée et lui un simple étudiant, Élisabeth Brami ajoute une maladie incurable aux difficultés, j’ai eu le sentiment d’être en train de lire un de ces romans sentimentaux qui font le succès de certains éditeurs que je ne nommerai pas. Impression confirmée à la dernière page alors que tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes, ou presque. Comme quoi il ne faut pas toujours se laisser séduire par un résumé, le plus alléchant soit-il.

Un album à s’offrir et à offrir

Il y aura bientôt dix ans que Sylvain Lelièvre nous a quittés. Que sa femme, ses enfants, ses amis, ceux qui l’ont aimé de près ou de loin, vivent dans leurs souvenirs en écoutant ses chansons. Pour qu’il ne soit jamais trop loin.

Au milieu de nous deux, qui a été lancé il y a quelques mois, réunit ses plus belles chansons d’amour. Entre autres Notre vie, que voici.

Un album à s’offrir et à offrir. Aujourd’hui. Ou pour aucune occasion spéciale, sinon celle de se laisser imprégner par la voix et les mots d’un de nos grands poètes, parti trop vite.

Ce que mots vous inspirent 601

Se laisser aimer, c’est aimer déjà. (Henry de Montherlant)

*toile d’Anna Hyunsook Paik

C’est la Saint-Valentin!

Offrez quelque chose qui ne fane pas.
Quelque chose qui ne fond pas ni ne fait engraisser.

Mais de grâce, oubliez l’ouvre-boîte électrique.
Ainsi que le ratatine-ordures et autres objets utiles.

Offrez plutôt un livre.

*toile de Maria Eugenia Longo

Les vers d’Anthony 1

C’est Une plage intemporelle, un recueil du poète haïtien résidant au Québec depuis presque un demi-siècle Anthony Phelps, que la lectrice peinte par Vladimir Volegov a décidé d’ouvrir ce soir. Non sans émotion. Entre autres quand elle a parcouru ces vers :

La mer ne connaît ni son bleu ni son vert.
Encore moins le gris blanc de ses fureurs d’automne.

Naviguant sur la fleur des marées
l’écho tresse sa voix
dans le labyrinthe de la vague
mais défiant la brume
pourquoi donc est si triste la sirène des bateaux
pourquoi fleuves et rivières
doivent-ils couler tels des serpents.

Boulevard des Capucines

Galerie de portraits dessinés à l’encre, comme des impressionnistes l’ont fait de leurs pinceaux, par Jean-Michel Maulpoix, auteur du si beau livre Une histoire de bleu, Boulevard des Capucines raconte un siècle où se croisent poètes, peintres, dandys de toutes sortes et bourgeoises. Un siècle à propos duquel il dit : « Le siècle a le goût des tableaux, des chromos et des trompe-l’œil autant que de la nouveauté et de l’exactitude. » Un siècle où les uns posent pour le photographe Nadar tandis que d’autres tentent de se faire leur place au soleil.

Une galerie réussie, toute en finesse et en nuances, suivie par un journal imaginaire qui l’est beaucoup moins, tant par le ton utilisé que par les descriptions et sa longueur alors que la première partie, constituée de courts textes, avait un rythme qui se trouve cassé par cet ajout.

Dommage. Il y avait ici deux livres. Vouloir les unir rend ce Boulevard des Capucines beaucoup moins fort. À moins, bien sûr, d’éviter le journal imaginaire pour ne conserver que la magie de ce siècle que Maulpoix décrit avec amour et finesse.

Parfois…

Parfois, il suffit de glisser un CD dans le lecteur pour que l’ambiance du jour se trouve transformée, pour que tout ce qui attend sur le bureau ne perde rien de son urgence, même s’il devient plus léger. Tout ça parce qu’on se met à battre la mesure tandis que les musiciens d’I Musici interprètent les trois premières suites pour orchestre à cordes du compositeur brésilien Heitore Villa-Lobos.