L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres.
(Paul Éluard)
*toile d’U. M. Samaran
Il y a le possible, cette fenêtre du rêve ouverte sur le réel. [Victor Hugo]
*toile de Santiago Rusinol i Prats
Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les cultures de tous les pays. [Gandhi]
*toile de Doug Rugh
Parce que nous voici à cette dernière fin de semaine du mois le plus sombre de l’année, le plus gris, le plus pluvieux, celui où nous regardons par la fenêtre plus que nous sommes dehors, j’ai décidé de consacrer le samedi et le dimanche aux toiles représentant des lecteurs et des lectrices dans des décors où il y a des fenêtres. Pour ce que les fenêtres représentent de liberté et d’ouverture sur le monde. La lectrice d’Alfredo Rodriguez vous dira à quel point elles lui sont vitales si vous osez le lui demander.
La lectrice de Shirataki Ikounosuke s’est elle aussi laissée séduire par les mots d’Hélène Dorion. C’est sur cet extrait de Mondes fragiles choses frêles qu’elle s’est longuement arrêtée.
Le temps pose des éternités, puis, sans rien dire, les reprend. Amour, lumière, consolation; lointaine parole, trouée de regrets, infiniment blessée. Une route de terre, la forêt, les rives imparfaites d’un fleuve; toute ville s’oublie. Une vent me reconduit jusqu’à toi. Je murmure – mon amour, et devant moi le paysage résonne du trouble ainsi nommé.
Lentement, quelques ruines. Mon visage contre ta poitrine, je pense à cet instant fugace, à nos vulnérabilités qui frémissent, à cette faille toujours possible, – parce que je t’aime.
Arrive décembre. Je sais déjà un peu ce qu’il annonce des mois à venir. Ces mois où je passerai moins de temps dehors, ces mois où je prendrai moins de photos, ces mois qui s’éterniseront tant que je ne verrai pas apparaître le premier crocus. Puis-je les utiliser pour lire et écrire toutes ces histoires commencées. Puis-je chaque jour trouver l’inspiration. C’est tout ce que je demande à décembre, janvier, février et mars. En avril, c’est décidé, il y aura des fleurs.
*sur une toile de Joan Griswold
Je l’ai vue quitter la scène. Sur la pointe des pieds. Avec une telle discrétion que probablement ai-je été la seule à remarquer qu’elle s’était éclipsée. Peut-être parce que je savais quelque chose que d’autres ne savaient pas ai-je été plus attentive à ce qui se déroulait. Et pourtant, je ne savais rien, juste des bribes d’un secret qui lui semblait lourd à porter. Elle avait mentionné qu’elle avait un jour porté un enfant et l’âge qu’il aurait aujourd’hui. Sur le reste, elle s’était tue. La grossesse n’avait pas été menée à son terme. Par choix ou pas, je ne le sais pas.
Je l’ai vue quitter la scène. Il y avait quelque chose de triste dans son regard, mais elle a bien vite baissé les yeux quand ceux-ci ont croisé les miens. J’ai imaginé qu’elle regrettait en avoir tant dit le jour où elle m’a fait cette demi-confidence. J’ai pensé qu’il y aurait toujours une certaine douleur en elle quand elle se verrait confrontée à une scène qu’elle ne vivrait jamais. Remords ou tristesse, j’ignorais la raison qui avait mis du gris dans ses yeux bleus.
Je l’ai vue quitter la scène, tandis que tous s’extasiaient devant l’enfant. Et moi, je regardais le livre.
Elle avait beau s’être éclipsée. Elle était toujours là. C’est elle qui avait offert le livre à l’enfant.
*sur une toile de Don Hatfield
C’est ce soir le moment de dire au revoir à Vézelay que Chantal nous a fait découvrir pour notre plus grand bonheur. Je me demande bien où elle nous emmènera la prochaine fois…
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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