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L’hiver à Cape Cod

Je me souviens avec émotion de Tout l’été dans une cabane à bateau, le premier roman de Pierre Gobeil. C’était en 1988. Je me souviens aussi de La mort de Marlon Brando, son roman suivant, de ceux qui ont suivi. Puis avec les années 2000 semble s’être éteint le Pierre Gobeil que j’avais tant apprécié pour donner place à un homonyme à la plume moins intéressante.

Je n’avais pas aimé La cloche de verre ni Le jardin de Peter Pan. Vraiment pas. C’est peut-être la raison pour laquelle je voulais aimer L’hiver à Cape Cod. Ou parce que j’ai croisé Pierre récemment et qu’il est toujours agréable de discuter avec lui. Mais je n’ai pas réussi à embarquer dans l’univers d’un père aux prises avec un enfant dyslexique, qui décide de partir avec lui le temps d’une saison (en fait deux) afin qu’ils vivent tous deux autre chose.

Récit où fusent de nombreuses questions sur l’éducation, sur le rôle des parents, sur celui dans hommes, L’hiver à Cape Cod raconte aussi la vie quotidienne de Peter et de Pierre. Dans un faux récit (ou faux roman/faux essai) où s’intercalent des notes prises au cours d’un séjour de quelques mois aux États-Unis, lesquelles constituent à mon avis ce qu’il y a de plus intéressant dans ce livre dont la nature reste difficile à définir, l’auteur valse entre les genres sans grande conviction. Le résultat est confus, sans colonne vertébrale.

De plus, pour gâter la sauce davantage, les pourtant sérieuses éditions du Septentrion, spécialisées en essais historiques, semblent prendre leur collection Hamac (dans laquelle est publié le nouveau titre de Pierre Gobeil) beaucoup moins au sérieux. C’est en effet un livre peu soigné qui nous est donné à lire, truffé de fautes d’orthographe et sur lequel, visiblement, aucun éditeur ne s’est attardé pour en tirer le meilleur, ce qui s’est ajouté à ma déception de ne pas avoir entre les mains un livre à la hauteur du talent de Pierre Gobeil.

L’hiver à Cape Cod, un livre qui s’avère davantage un brouillon qu’un livre achevé. Dommage.

Vaghe Luci

Il a laissé derrière lui 3000 pièces musicales couvrant pratiquement tous les genres, de la musique religieuse à la musique lyrique, mais le Vénitien de naissance Antonio Caldara, bien que connu des mélomanes, reste méconnu du grand public, lui dont l’œuvre a influencé Haendel et Mozart.

C’est donc Vaghe Luci, chanté par le ténor italien Carlo Bergonzi, accompagné par le pianiste espagnol Félix Lavilla que je vous offre aujourd’hui. Pour le plaisir de (re)découvrir Caldara.

Question du samedi

Mais que lit-elle ainsi à haute voix? Serait-ce les mots qu’elle compter déposer sur la toile de dimanche dernier?

*toile de Maurice Poirson

Il a neigé…

Et il neige encore…
J’ai des livres, du thé, du café, un grand lit. Mais où est l’ours polaire qui va me tenir au chaud?

*toile de Lori Preusch

Marche forcée 2

Bien longtemps je t’ai celée…

Bien longtemps je t’ai celée,
comme l’arbre en son feuillage
le fruit lentement mûri;
et, lucide fleur de glace
sur le miroir de la vitre,
dans mon esprit tu fleuris…
Et je sais ce que veut dire
ta main dans ma chevelure;
je porte en moi de tes pas
cette infime fléchissure,
et la courbe de tes côtes
s’il advient que je l’admire
comme un qui s’y reposa,
pur miracle qui respire;
dans mes rêves bien souvent
mes deux bras deviennent cent
et comme un dieu dans un rêve
dans mes cent bras je te prends.

Miklós Radnóti, Marche forcée

*choix de la lectrice de Frances Strain

Ni réssurection, ni Mozart

Il n’est pas ici question de Mozart, ou si peu, car il ne s’agit pas de musique, pas plus qu’il ne s’agit de ressusciter qui que ce soit. Il s’agit d’une image à laquelle on s’accroche le temps d’une conversation pour tuer le temps dans cet été 1940 où la guerre étend ses tentacules au large de Paris et où des exilés russes rêvent à haute voix de ceux qu’ils ressusciteraient volontiers.

Il n’est pas question de Mozart, mais il y a là, au milieu de cette communauté sur lequel le temps s’est quasi figé parce que tous ses membres avaient jusqu’ici refusé de partir, Maria Leonidovna, alter ego de Nina Berberova. Il y a aussi là un homme surgi de nulle part, qu’elle abrite quelques jours dans l’annexe, un homme qui se dit musicien, mais dont ne saura rien, ni la nationalité, ni la situation.

Il s’agit d’un récit de 70 pages environ qui relate quelques jours dans la vie de quelques Russes au large de Paris, alors que les premiers bombardements sur la ville font se jeter sur les routes de France nombre de gens, dont ceux réunis ici.

La résurrection de Mozart est un récit d’atmosphère qui n’a pas la volonté d’être autre chose. Le résultat : quelque chose de bien ficelé qui n’est pas sans rappeler Les estivants de Gorki ou Oncle Vania de Tchekhov pour l’impressionnisme qui se dégage de ces deux œuvres.

Vacances, me voici

Plus qu’une demi-heure et j’éteindrai l’ordinateur du bureau et les lampes. J’enfilerai mes bottes et mon manteau, puis fermerai la porte. Sans me retourner.
Jusqu’au 5 mars, il y aura des livres, des livres, des livres.
Et des repas entre amis, de la musique.

Vacances, me voici.

*illustration d’Evangelina Prieto

Vestiges d’automne

De jolis « restes » qui m’ont fait sourire!

Ce que mots vous inspirent 609

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. (René Char)

*toile d’Andrea del Sarto

Marche forcée 1

C’est au traducteur et poète Jean-Luc Moreau qu’ont été confiées la traduction et la présentation de Marche forcée du poète hongrois Miklós Radnóti, recueil publié chez Phébus en 2000 dont la lectrice de Zinaïda Serebriakova a tiré ces vers :

Poème d’amour dans la forêt

Elle est, cette forêt, comme ta bien-aimée
qui dans l’amour s’allonge et s’ouvre devant toi
et t’enferme pourtant et protège ta vie
en un cercle si dur que tu ne peux grandir
que vers le ciel ainsi que fait cette forêt
qui te salue avec son chapeau de soleil.

Et ton amie aussi ressemble à la forêt
où le silence est taché d’ombre, où la résine
se fige, mais où chante un rayon de soleil
quand le vent qui s’éveille agite les feuillages;
l’amour ainsi t’éclaire et sa main attentive
est là pour te garder d’innombrables malheurs.