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Les vers d’Alphonse 2

Le passé

Telle qu’une vapeur s’épaississant toujours,
La nuit grave s’étend sur les îles boisées;
Les plus belles au loin, déjà semblent rasées
Et les rives n’ont plus que de fuyants contours.

A mes pieds, le vent d’est chassant l’onde à rebours,
Courbe les joncs comme autant d’âmes angoissées.
– Veux-tu que nous allions reposer nos pensées
Dans l’ombre qui sera bientôt comme un velours?

Nous causerons de nos projets, de choses vaines,
De l’avenir, jongleur qu’on dirait les mains pleines,
Mais non pas du passé, c’est terrain défendu.

Le passé surgira de la nuit et des houles,
Et parlera si fort, qu’au retour vers les foules,
Nous resterons muets de l’avoir entendu.

Alphonse Beauregard, Les forces

*choix de la lectrice de Paul Rebeyrolle

Hôtel de Lausanne

Véritable roman d’atmosphère, Hôtel de Lausanne semble tout droit sorti d’un film du début des années 50 ou d’une photo de Willy Maywald. La belle Christine Stretter, autour de laquelle tout gravite, personnages comme lieux, a quelque chose de la Nicole de La peau douce et on imagine volontiers celle-ci en tailleur signé Jacques Fath, elle qui n’est pas de l’époque dans laquelle elle vit.

Justement, parce qu’il s’agit d’un roman en demi-teintes où la vie glisse sur l’ombre projetée par les personnages, parce qu’il ne passe rien que de brèves rencontres entre Christine et le narrateur, Hôtel de Lausanne peut agacer ceux qui privilégient l’action au rythme, surtout que celui-ci est lent et qu’il ponctue une petite musique sans crescendo ou accords plaqués.

Résultat : un roman qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas. Un roman qui a quelque chose de ceux de Modiano sans qu’on sache exactement quoi ni qu’on ait envie de le chercher. Un roman que certains cinéastes de la Nouvelle Vague auraient sûrement aimé mettre en scène en caricaturant encore davantage le mari de la belle, un être fat qui s’écoute parler en s’imaginant déjà en haut de l’affiche, et ils auraient suivi Christine au moyen de travellings ingénieux, entre autres dans les allées du cimetières de Passy où le narrateur a croisé Christine qui fréquente le lieu.

Et tant pis pour ceux qui n’aiment pas les romans impressionnistes, le cinéma de Rohmer et les photographies de l’autre Willy, Ronis celui-là, ils passeront à côté de ce roman en noir en blanc absolument séduisant.

Titre pour le Défi Premier Roman

Encore une heure et des poussières…

Et je m’apprêterai à prendre la route pour me glisser dans la sublimissime photo d’Armando. Bonheur.

La lettre de Magritte

Mais que vient de lire le personnage de l’illustrateur norvégien Eldbjørg Ribe? Serait-ce cette lettre de Magritte datant de 1936?

Ce que mots vous inspirent 594

Les banalités des écrivains rares nous fournissent de bonnes citations. (Jean Rostand)

*toile signée Hans Thoma

Les vers d’Alphonse 1

C’est un vieux livre que la lectrice du peintre norvégien Even Ulving a sorti des rayons. Les forces, le recueil du poète Alphonse Beauregard, un des poètes membres de l’École littéraire de Montréal dont le plus connu est sans doute Émile Nelligan, a été publié en 1912. C’est l’édition originale qu’elle a parcourue, ce que vous pouvez faire aussi puisque le recueil est disponible en ligne, et c’est sur ces vers qu’elle s’est longuement attardée :

Sonnet impressionniste

Quelle âme revêtir dans cette forêt vierge
Qui va, grimpant les monts, au ciel donner assaut,
Où la terre a gardé l’empreinte d’un sursaut
Par quoi, depuis des temps fabuleux, elle émerge.

Arrière fatuité, loin de moi rire sot
Que l’on promène au bal, dans la rue ou l’auberge.
Comme si j’explorais quelque nouvelle berge,
J’aurai l’âme qui sied en face d’un berceau.

Ce bois évocateur de l’humaine origine,
Où la hache, plus tard, sonnera la ruine,
Écrira ma devise : Espérance et regret.

Si ma chair tremble et crie en la montée abrupte,
J’accuserai ma chair plutôt que la forêt;
Je serai désormais plus fort aux jours de lutte.

grains de poussière

grains de poussière
que vent emporte
mots murmurés
mots griffonnés
du bout des cils
mots qu’on avait crus
indélébiles
et plus forts que vagues
sur le sable

grains de poussière
tout n’est jamais que
poussière

(février 2012)

*toile de Javlon Umarbekov

Les murs blancs

Dans Lettres québécoises, Hugues Corriveau avait reproché à Linda Amyot la profusion de personnages qui entourent le personnage principal de son roman Les murs blancs.

Je n’ai vu qu’une femme qui se remet d’un cancer ovarien, une femme de 34 ans dont le corps est à jamais mutilé et qui n’enfantera jamais. Qui se remet lentement. D’abord en s’éloignant. En s’exilant dans un Mexique qui la séduira, alors que la vie s’emparera à nouveau d’elle.

Je n’ai vu que des émotions à fleur de peau, un sens du rythme et des images à chaque page, des images d’autant plus réussies que celle dont il est question est photographe.

Je n’ai vu que poésie face à une vie qu’on se réapproprie petit à petit. Je n’ai vu que justesse et sensibilité dans ces allers et retours qui font surgir personnages et questions.

J’ai été touchée. Émue. Comme je j’ai été devant les toiles de Frida Kahlo dont il est aussi question dans ce roman d’une centaine de pages qui bouleversera quiconque s’y aventurera.

Les illustrations de Yoko

Les illustrations de Yoko Yanji, dont voici deux scènes des plus livresques, un monde à découvrir… Assurément. Vous me suivez?

Un peu de clarinette

Comme il semble difficile de trouver de quoi me mettre sous la dent dans quelque langue que ce soit afin de vous présenter le clarinettiste japonais Eiji Taniguchi, autant écouter Wave et Lamentos, deux titres tirés de son album The Sweet Sound of Bossa Nova.