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Les chapeaux du printemps 6

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C’est le joli printemps

C’est le joli printemps
Qui fait sortir les filles,
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

J’y vais à la fontaine,
C’est le joli printemps,
Trouver celle qui m’aime,
Celle que j’aime tant.

C’est dans le mois d’avril
Qu’on promet pour longtemps,
C’est le joli printemps,
Qui fait sortir les filles,

La fille et le galant,
Pour danser le quadrille.
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

Aussi, profitez-en,
Jeunes gens, jeunes filles;
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

Car le joli printemps,
C’est le temps d’une aiguille.
Car le joli printemps
Ne dure pas longtemps.

(Maurice Fombeure)

*toile de Constant Aimé Marie Cap

Les chapeaux du printemps 5

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Encore un printemps

Encore un printemps, encore une goutte de rosée, qui se bercera un moment dans mon calice amer, et qui s’en échappera comme une larme!

Ô ma jeunesse, tes joies ont été glacées par les baisers du temps, mais tes douleurs ont survécu au temps qu’elles ont étouffé sur leur sein.

Et vous qui avez parfilé la soie de ma vie, ô femmes ! s’il y a eu dans mon roman d’amour quelqu’un de trompeur, ce n’est pas moi, quelqu’un de trompé, ce n’est pas vous!

Ô printemps ! petit oiseau de passage, notre hôte d’une saison qui chante mélancoliquement dans le cœur du poète et dans la ramée du chêne!

Encore un printemps, encore un rayon du soleil de mai au front du jeune poète, parmi le monde, au front du vieux chêne, parmi les bois!

(Aloysius Bertrand)

*toile de William Merritt Chase

Les chapeaux du printemps 4

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Avant-printemps

Des œufs dans la haie
Fleurit l’aubépin
Voici le retour
Des marchands forains.

Et qu’un gai soleil
Pailleté d’or fin
Éveille les bois
Du pays voisin

Est-ce le printemps
Qui cherche son nid
Sur la haute branche
Où niche la pie?

C’est mon cœur marqué
Par d’anciennes pluies
Et ce lent cortège
D’aubes qui le suit.

(René-Guy Cadou)

*toile de Celia Clark

Les chapeaux du printemps 3

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La fleur qui fait le printemps

Les marronniers de la terrasse
Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean,
La villa d’où la vue embrasse
Tant de monts bleus coiffés d’argent.

La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d’hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert.

Mais en vain le soleil excite
La sève des rameaux trop lents?;
La fleur retardataire hésite
À faire voir ses thyrses blancs.

Pourtant le pêcher est tout rose,
Comme un désir de la pudeur,
Et le pommier, que l’aube arrose,
S’épanouit dans sa candeur.

La véronique s’aventure
Près des boutons d’or dans les prés,
Les caresses de la nature
Hâtent les germes rassurés.

Il me faut retourner encore
Au cercle d’enfer où je vis?;
Marronniers, pressez-vous d’éclore
Et d’éblouir mes yeux ravis.

Vous pouvez sortir pour la fête
Vos girandoles sans péril.
Un ciel bleu luit sur votre faîte
Et déjà mai talonne avril.

Par pitié, donnez cette joie
Au poète dans ses douleurs,
Qu’avant de s’en aller, il voie
Vos feux d’artifice de fleurs.

Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d’été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.

Je connais vos riches livrées
Quand Octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d’or.

Je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d’argent étamées
Trace la nuit avec son doigt.

Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j’ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers…

Adieu?! je pars, lassé d’attendre?;
Gardez vos bouquets éclatants!
Une autre fleur, suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.

Que mai remporte sa corbeille!
Il me suffit de cette fleur? :
Toujours pour l’âme et pour l’abeille
Elle a du miel pur dans le cœur?;

Par le ciel d’azur ou de brume,
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison!

(Théophile Gautier)

*toile de William Clarke

Les chapeaux du printemps 2

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Nuit de printemps

Le ciel est pur, la lune est sans nuage :
Déjà la nuit au calice des fleurs
Verse la perle et l’ambre de ses pleurs;
Aucun zéphyr n’agite le feuillage.
Sous un berceau, tranquillement assis,
Où le lilas flotte et pend sur ma tête,
Je sens couler mes pensers rafraîchis
Dans les parfums que la nature apprête.
Des bois dont l’ombre, en ces prés blanchissants,
Avec lenteur se dessine et repose,
Deux rossignols, jaloux de leurs accents,
Vont tour à tour réveiller le printemps
Qui sommeillait sous ces touffes de rose.
Mélodieux, solitaire Ségrais,
Jusqu’à mon cœur vous portez votre paix!
Des prés aussi traversant le silence,
J’entends au loin, vers ce riant séjour,
La voix du chien qui gronde et veille autour
De l’humble toit qu’habite l’innocence.
Mais quoi ! déjà, belle nuit, je te perds!
Parmi les cieux à l’aurore entrouverts,
Phébé n’a plus que des clartés mourantes,
Et le zéphyr, en rasant le verger,
De l’orient, avec un bruit léger,
Se vient poser sur ces tiges tremblantes.

(François-René de Chateaubriand)

*toile d’Armand Guillaumin

Les chapeaux du printemps 1

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C’est le printemps! Et pour l’occasion, chacune des lectrices du jour a choisi d’arborer son chapeau neuf pour souligner la nouvelle saison et nous offrir des poèmes sur cette saison qu’elles attendaient toutes avec impatience. (Moi aussi, d’ailleurs!)

Puissent les bourgeons s’ouvrir, les fleurs sortir de terre et les oiseaux revenir du Sud pour que tous fêtent avec elles ce nouveau jour et les félicitent pour leur nouveaux chapeaux, en commençant par la lectrice de John Robertson Reid.