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Le dictionnaire et sa lectrice

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Alors qu’il faut lui tirer du lit les quatre autres de peine et de misère, la mère de la jeune lectrice peinte par Adolph Tidemand n’a jamais aucun mal avec son aînée. Celle-ci se lève dès le premier rayon de soleil, se lave, lisse ses cheveux, s’habille et met la table. Et quand tout cela est fait, alors que seule sa mère est debout, elle s’installe là-bas, à l’écart.

La mère ne comprend pas tout à fait cette boulimie qu’a sa fille de vouloir lire le dictionnaire comme d’autres lisent un roman. Mais elle semble si heureuse qu’elle ne dit rien. Même si parfois cela lui fait un peu peur. Les jeunes filles de son âge sont si vite mises à l’écart quand elles se démarquent des autres. Surtout quand elles ont de la répartie et le sens de la précision parce qu’elles ont beaucoup lu.

Un jour, d’ailleurs, elle le lui a dit. « Ne te tracasse pas, maman, je sais jouer les idiotes avec talent. Et tu veux que je te dise? Le contraire est hautement improbable. » Et mère et fille ont ri.

L’espoir fait vivre

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Il suffit qu’un jour il fasse -21 et le lendemain -8 pour que je me mette à rêver de lire au jardin, comme le fait la lectrice d’Arvid Frederick Nyholm.

Je sais que ce n’est pas pour tout de suite, les prédictions sont là pour le confirmer, mais l’espoir fait vivre, dit-on…

Tout peut arriver

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Le trajet a beau être court, je ne pourrais quitter la maison sans un livre ou deux sous le bras, en plus de celui qui est dans mon sac. Je sais que c’est complètement insensé et que je n’aurai pas le temps de lire plus de trois pages, mais ça me sécurise. Si jamais il arrivait quelque chose, une panne d’électricité au bureau ou un retard quelconque en cours de trajet, je ne serais pas démunie. Il y aurait avec moi un livre, ou deux, ou trois… Je partirai donc tout à l’heure, livre sous le bras, comme la lectrice de Jim Rowe, heureuse. Tout peut arriver : j’ai de quoi lire.

Pour cette petite heure

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Il s’est levé bien avant elle. Pour cette petite heure où il lit alors que quelque part à l’horizon le soleil donne des signes de vie. Le lecteur de Rajat Chaudhuri, même s’il aime improviser, ne changerait jamais rien à cette habitude qui est la sienne. Ce bonheur de trouver dans un livre ou un autre un passage qui va le faire réfléchir ou rêver toute la journée. Seul ou pas. Car parfois le passage est si troublant, si émouvant, qu’il lui faut le partager avec elle. Mais pas toujours. Le plus souvent, il aime le garder pour lui dans un premier temps et ne le partager que quand il a à ajouter ses propres impressions. Ce qu’elle adore. Au fait.

Ce moment fébrile

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La lettre était là la veille, quand elle est rentrée, épuisée. Si bien que la lectrice de Trudy Bentley Rech l’a mise de côté pour son réveil, pour quand elle aurait les idées claires et non submergées par la fatigue du jour. Pour pouvoir profiter de chaque mot et non pas lire en diagonale parce que son esprit ne suit plus. C’est donc avec empressement qu’elle a sauté du lit, sachant la lettre posée sous la lampe, attendant son heure. Et sans même savoir ce qu’elle y trouvera, elle sourit déjà. Comme chaque fois qu’elle sort l’ouvre-lettres. Rien ne remplacera jamais ce moment fébrile qui précède la lecture.

Pour ça

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Bien sûr qu’elle ne l’aime pour ça, mais aussi pour ça, pour cette façon bien à lui de ne pas faire les choses comme toute le monde les fait. Pour ces mille et un petits détails qui font de sa vie avec lui une succession de morceaux de tendresse. Pour ce billet qu’il a écrit de sa main, puis roulé et entouré d’un ruban rose pour qu’elle le trouve à son réveil. Ce billet que la lectrice peinte par Henry John Hudson va lire et relire. Pour s’assurer de son contenu, des mots qu’il porte et des rêves qu’il charrie. Bien sûr qu’elle ne l’aime pas pour ça, mais aussi pour ça.

La lectrice de Camoes

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Le livre est si beau que la lectrice d’Ion Popescu Negrini ose à peine le toucher du bout des doigts. La mise en page, la qualité du papier, les textes de ce grand écrivain portugais dont on lui a tant parlé, tout lui inspire respect et délicatesse. Luis de Camoes n’est-il pas le plus grand poète portugais et sûrement un des plus importants de la littérature, au même titre que Shakespeare, comme le lui rappelait récemment un ami metteur en scène?

Et La poésie lyrique, une anthologie bilingue publiée aux éditions de l’Escampette et réunissant des sonnets, des odes, des élégies et des stances, entre autres, est un livre de toute beauté.

Et les vers, dans ce si bel objet emballé, n’en sont que plus beaux :

Dans mon âme sans trêve il est un feu vivant;
si je ne lui donnais de répit quand je parle,
cendre seraient et ma plume et ma peine;
mais l’immense douleur qui ne me quitte pas
s’adoucit sous les pleurs qui coulent de mes yeux;
ainsi s’enfuit, sans prendre vie, ma vie.

(extrait de Sextine)

Ces beaux yeux clairs qui versaient tant de larmes
quand vint le jour où je dus les quitter
qui me dira ce qu’ils font aujourd’hui?
Se pourraient-ils qu’ils se soucient de moi?

Ont-ils gardé le souvenir du temps
où je partis loin d’eux, loin de ma joie?
Ou voient-ils poindre à l’horizon de l’âme
l’ube du jour où je les reverrai?

Les heures, les instants, les comptent-ils?
Un seul instant leur semble-t-il des siècles?
Questionnent-ils les oiseaux et les vents?

Oh joie trompeuse, oh bienheureux mensonge
qui, par delà le gouffre de l’absence,
savez si bien amuser ma tristesse!

(extrait des Sonnets)

Depuis des heures, depuis des jours, depuis des semaines

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Les lecteurs d’Helen Taylor Sheats sont peut-être assis dans la même bibliothèque ou dans le même café.

Il la regarde, il ne fait que ça, la regarder, depuis des heures, depuis des jours, depuis des semaines alors qu’il l’a vue comme il ne l’avait jamais vue et qu’une chanson de Christoper Laird lui est venue aux lèvres :

Sur les poneys dans les jardins publics
J’entends les enfants rire sans arrêt hey hey
Quand je m’y promène par un coup de magie
Je me souviens de celle que tu étais

Je te revois, je t’imagine
Sur les toboggans ou dans la cour
En blue-jeans avec des cheveux courts
En garçon manqué
Je te revois en ce temps-là
Je ne pensais pas alors qu’un jour
Tu ressemblerais tant à l’amour
Tant pis pour moi
Je t’imagine en ce temps-là

Tu te battais dans la cour de l’école
Avec ceux qu’on appelait les grands hey hey
Pour un crayon ou un tube de colle
Qu’ils te volaient en riant

Je te revois, je t’imagine
Sur les toboggans ou dans la cour
En blue-jeans avec des cheveux courts
En garçon manqué
Je te revois en ce temps-là
Je ne pensais pas alors qu’un jour
Tu ressemblerais tant à l’amour
Tant pis pour moi
Je t’imagine en ce temps-là

Imaginez deux yeux couleur de ciel
Et des tâches de rousseur sur le nez hey hey
Comme aujourd’hui elle est devenue belle !
Elle semble sortie d’un conte de fée

Je la revois, je l’imagine
Sur les toboggans ou dans la cour
En blue-jeans avec des cheveux courts
En garçon manqué
Je te revois en ce temps-là
Je ne pensais pas alors qu’un jour
Tu ressemblerais tant à l’amour
Tant pis pour moi

Je te revois et je t’imagine
Sur les toboggans ou dans la cour
En blue-jeans avec des cheveux courts
En garçon manqué
Je te revois, en ce temps-là

Remarquera-t-elle qu’il ne lit pas vraiment… depuis des heures, depuis des jours, depuis des semaines?

La citation d’Andy Warhol

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Et si le lecteur d’Aart Everaarts n’était nul autre qu’Andy Warhol, l’artiste-peintre connu pour ses tableaux représentant Marilyn et des boîtes de conserve – particulièrment? Celui-là même qui avait affirmé il y a 40 ans que : « In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes »? (Dans le futur, tout le monde sera célèbre pour 15 minutes) Pourquoi pas?

L’ombre derrière lui semble rappeler à l’auteur de cette citation répétée depuis de toutes les manières, pour toutes les occasions et à toutes les sauces. Elle semble aussi chuchoter à l’oreille de son auteur le fait que certains seraient prêts à tout pour ces 15 minutes de célébrité. Même à faire une grosse bêtise. Juste pour passer à la télé ou pour être le héros d’un entrefilet dans un hebdo de province.

En 1979, il a d’ailleurs réaffirmé la teneur et la validité de sa prédiction. Qu’en dirait-il aujourd’hui?

Il ne faut pas éventer la chose…

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Je sais, je sais, on dit beaucoup de mal des célibataires. Elles ne savent pas cuisiner, elles ne mangent que des plats surgelés, leur frigo est toujours vide, etc. Je sais, je sais. Mais ceux qui affirment ces « vérités » ne savent pas que Lali sait faire la cuisine… Filet de truite aux herbes de Provence, confiture de poivrons rouges et patate douce au beurre. Et une assiette encore plus bleue que le ciel! Mais chut, il ne faut pas éventer la chose, je n’ai fait qu’une seule portion…