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La lectrice de manuscrits

jans

Combien de pages imprimées ai-je pu lire toutes ces années à titre d’adjointe au directeur d’une revue littéraire ou de membre d’un jury d’un concours de nouvelles ? Combien de manuscrits ou de thèses d’amis ou de connaissances sont passés entre mes mains, certains depuis publiés ? Il y a si longtemps que je parcours les textes de tout le monde avec plaisir qu’il y en a toujours un en lecture. Et pourtant, je peux être enquiquineuse. Trouver la question embêtante. Semer le doute. Mais aussi repérer les forces, donner des pistes.

Et si j’ai souvent eu des montagnes de feuilles devant moi, à l’instar de la lectrice de Jan Smits, c’est toujours avec plaisir et stylo en main que je les ai dévorées. Heureuse de la confiance accordée par celui ou celle qui me donnait à lire tantôt une lettre, tantôt un roman ou même juste quelques phrases esquissées timidement.

Et je ne crois pas qu’un jour je pourrai refuser de lire ce qu’on voudra bien me faire lire. Ou alors je serai devenue désabusée et indifférente. Plutôt être dix pieds sous terre.

J’aime trop les mots et le partage pour ne pas accueillir soirs de lecture les pages d’Andrée qui me prépare la suite, ou celles de Jean qui viendront à leur tour. Et je serai, comme cette lectrice, totalement obnubilée par leurs histoires, leurs mots, leurs tripes. Parce que, s’il est beaucoup de choses que je puisse prendre à la légère, ce n’est pas le cas de mon « rôle » de lectrice de manuscrits en dilettante.

Le métro de Londres, histoire de famille

underground

Le métro de Londres, je l’ai connu, bien avant d’y descendre. Il fait partie de l’anthologie des histoires familiales. Mon grand-père qui n’a jamais eu le sens de l’orientation et à qui on confiait la gamine de trois ans pour le ramener à la maison parce que pour les directions, j’ai toujours été imbattable, avait eu maille à partir avec l’Underground. Et combien de fois a-t-il raconté cette histoire de la ligne qui fait une boucle et qui ne va que dans un sens ? Combien de fois a-t-il raconté qu’il lui a fallu trois fois faire le tour pour arriver à descendre à la bonne destination ? Combien de fois n’a-t-il pas fait rire sa petite-fille quand il racontait cette histoire et bien d’autres ?

C’est donc aguerrie et forte de son expérience que j’ai pris le métro, le plus ancien de tous, puisqu’il a été inauguré en 1863, cinquante ans avant que mon grand-père, sergent parti à la guerre, ne s’y emmêle les pinceaux. Et c’est à lui que je pensais ce jour de 1988 alors que je découvrais, ébahie, des escaliers roulants en bois. Et c’est à lui que je pensais en empruntant la fameuse « Circle line » sans rater mon arrêt.

Il y a tant d’images dans ma tête quand je pense à Londres. Mais toujours celle, plus forte que toutes les autres, de ce grand-père parti au front, loin de son aimée. Et qui n’a jamais vu de la ville ce que j’ai vu. Qui n’a pas vu Westminster ni la tour de Londres où Marie Stuart a été emprisonnée et décapitée. Qui n’a pas mangé indien mais peut-être de la viande bouillie mal apprêtée. Qui n’a pas vu le Londres hétéroclite et multiculturel que j’ai croisé. Qui n’est entré ni à la British Library ni n’a vu les tableaux du British Museum. Quoique… Il a vu tout ça, car où que j’aille, c’est toujours lui que je traîne dans ma poche et qui partage mes joies. Car s’il est quelqu’un qui m’a donné le goût des livres et ainsi ouvert sur le monde, c’est bien lui. Parce que pour les voyages, ce n’était pas ça. Plutôt du genre à traîner son monde devant un paysage, faire descendre deux minutes ses passagers et repartir tout de go, parce que « ça y est vous l’avez vu, on peut rentrer ». Mes parents m’ont appris le reste. Comment s’attarder à destination, comment profiter du dépaysement, comment savourer les minutes, comment m’extasier. Mais bon, comment s’extasier quand on ne trouve pas la sortie ?

Sur les quais de Paris

ablanchard

S’il est quelque chose qui manque à Montréal, ce sont bien les bouquinistes sur les quais. Et même pendant si quelques semaines, en été, des semblants de bouquinistes s’installent au Vieux-Port, ils n’auront jamais cette ferveur et cette passion qu’on trouve chez ceux qui exercent ce métier à Paris. De plus, on n’y fera jamais les trouvailles qu’on peut faire en bord de Seine, leurs livres sont trop neufs, trop récents.

J’aime les bouquinistes de Paris. J’aime fouiner dans leurs bacs. Voir ce qui peut intéresser les uns et les autres. D’anciennes éditions, des affiches, des cartes postales d’époque, des revues de cinéma, des livres de poche. Certains diront des vieilleries, d’autres des trésors. Tout est encore une fois dans le regard de celui qui pose ses yeux sur ces imprimés parfois jaunis. Tout est dans le regard intéressé de celui qui ne cherche pas autre chose que ce qui pourra le tenter.

J’ai ainsi rapporté d’une de mes expéditions les Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe, dans la fameuse collection blanche et bleue des éditions Nelson d’une autre époque. J’aurais pu choisir bien autre chose, mais ce jour-là c’est le livre qui me faisait un clin d’œil. Comme je fais aujourd’hui un clin d’œil à Antoine Blanchard, aquarelliste parisien tant copié qui affectionnait tant son Paris qu’il l’a peint toute sa vie durant.

Quand Jeanne Cherhal chante Voilà

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Jeanne Cherhal chante « Voilà » dans un joli clip où elle colle des images et tourne les pages des livres. C’est un réel plaisir de la voir à l’œuvre dans deux choses que j’aime faire et de plus, avec légèreté et quasi insouciance.
« Je n’écoute que moi qui ne veux que mon bien » chante-t-elle.

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Et aussi
« C’est comme un habitude
Un peu comme une manie
J’aime la solitude
Jusqu’à la tyrannie »
qu’elle exlique dans le making-off du clip tourné en partie dans à la librairie Shakespeare & Co. que j’affectionne tant.

Jolis moments qui valent le détour. Sourires garantis.

La lectrice sans livre

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J’ai un faible pour les lectrices, ce n’est plus un secret pour personne. Mais j’aime aussi faire l’école buissonnière et me laisser inspirer par des tableaux autres.

Les couleurs de cette toile de Gérard Maître m’ont tout de suite attirée. Je ne suis toujours pas guérie de ma passion pour le rouge. Et il est là, ce rouge, dans le tissu, dans la chevelure, sur la bouche et dans le décor. Et il est là, jusque dans les tons orangés et cuivrés.

Mais n’est-ce pas plutôt la pose qui m’a attirée ? Ce geste coutumier que j’ai de m’asseoir n’importe comment, telle une contorsionniste, avec le coude sur un genou, qui m’a interpellée ? Mais n’est-ce pas plutôt ce regard rêveur que je ferais mien aisément ?

Et j’imagine le livre qui n’est pas sur la toile, mais sûrement là, quelque part, pas loin. Peut-être fait-il partie de ce décor non réaliste dans lequel l’artiste, « un amoureux fervent de la vie dans ce qu’elle lui offre de plus pénétrant », l’a installée ?
Je choisis d’y voir ce que je veux y voir, car tel est là mon plaisir. La toile appartient à celui ou celle qui la regarde.

Et je vois ici une lectrice qui vient de poser là, ailleurs, le livre qui l’aura enflammée. Et qui la laisse rêveuse. Et ME laisse rêveuse.

Celui qui fait danser le soleil

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Alors que d’autres dorment encore et ratent tout de ce ciel qui s’enflamme aux petites heures du jour en longs traits de toutes les teintes roses, j’écoute Free fall, tiré de l’album éponyme de Jesse Cook. Et le ciel qui s’embrase a soudain des airs de danseuse de flamenco qui déploie sa robe en tous sens.

Jesse Cook, né à Paris de parents canadiens, habite Toronto et il y a quelques jours à peine, je ne savais rien de lui. C’était sans compter sur la complicité d’Armando à dénicher ce qui allait me séduire et faire danser le soleil en ce matin d’automne. Et c’est à mon ami portugais de Belgique que je dédie ce billet et ce lever de soleil sur les notes de la guitare de Jesse Cook. Elle qui va me faire virevolter sur les trottoirs tout à l’heure sous le regard étonné des gens. C’est bien plus troublant – et moins courant – une femme qui danse sur la musique dans sa tête que des coups de klaxon ou des gens qui marchent tête baissée sans regarder le ciel.

Lecture d’automne

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Quel bonheur dans le visage de la lectrice de Dan Schultz ! À la fois celui du vent d’automne, de cette odeur des feuilles au sol qu’on sent jusqu’ici et du plaisir des pages qu’on tourne une à une.

Trop souvent, on imagine l’automne sous la pluie alors qu’il est aussi ces journées de soleil doré alors que le paysage revêt ses plus beaux atours, alors qu’il fait bon être dehors, même s’il faut pour cela porter des tissus plus épais qu’en été. L’oublier, c’est mettre de côté cette chance qui nous est donnée de participer à la beauté temporaire, d’en être le spectateur comme le participant. Ne pas sortir sous prétexte qu’il fait un peu plus frais, c’est se priver de ce bonheur de lire à l’air pur, même s’il est agréable de lire partout.

Chaque lieu, chaque saison ont leurs particularités. Et le doux vent d’automne dégage un parfum qui donne à la lecture un plaisir double. Regardez bien cette lectrice, vous comprendrez.

Combien valez-vous ?

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Après le restaurant et les courses, Monique, maman et moi nous sommes installées devant la télé. Ça me change, comme je n’ouvre jamais mon poste. Et surprise, il y avait au programme Les malheurs d’Alfred. Pas le plus grand film de Pierre Richard, mais distrayant, avec deux ou trois répliques bien sonnées. Moment de détente assurée, même si tout cela a mal vieilli.

Ce n’est pas le cas de son classique, Le jouet, que j’aime écouter à nouveau à l’occasion. Et qui, de toute la production très inégale de Pierre Richard, reste celui auquel je reviens toujours. Celui qui soulève des questions et révèle quelques réponses. À vous de voir si vous êtes achetable ou pas, et jusqu’à quel point.

Et ce film, qui ne l’a pas vu une fois, au moins ? Qui ne s’est pas révolté devant le fait qu’on puisse tout acheter ou presque ? Qui n’a pas brandi l’étendard de la liberté avant que le héros ne le fasse ?

Ces films qui, sous l’étiquette « comédie », ne font pas juste faire rire mais réfléchir, sont trop rares, la facilité est si souvent de mise. Quelques scénaristes gagneraient à revoir Le jouet. Et n’importe lequel d’entre nous. La liberté, comme l’intégrité, n’ont pas de prix.

Nightnoise, la musique d’un paysage

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Il y a des musiques auxquelles on revient toujours. Le groupe Nightnoise fait partie de mes incontournables, de mes essentiels. Certains appellent ça de la musique new age, d’autres diront celtique. Moi ? Peut-être, folk celtique. Et puis peu importe le nom sous laquelle on la désigne, je ne sais que l’effet qu’elle a sur moi.

Le violon, la harpe, les voix venues d’Écosse et d’Irlande me happent et m’apaisent depuis quinze ans. Instantanément.

Comment parler d’une musique qui englobe et étreint ? Comment exprimer la plénitude qui se dégage des sons ? Comment éviter le vent qui s’imprime à certaines pièces ? Comment en un seul mot donner l’envie à quelqu’un de mettre la main sur cette musique ?

Imaginez une falaise escarpée. Et puis l’océan. Et le vent. Et puis laissez-vous porter. La musique de Nightnoise vous semblera alors naître de tout cela. Car « la musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots. » [ Richard Wagner ]

La planète de Lali

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Il y a des journées où on a juste envie de dire merci à la vie pour tout ce qu’elle apporte. Le nouveau roman de Nicolas Peyrac. Un après-midi qui s’étire autour d’un dessert. Un appel de Sébastien. L’odeur des feuilles mortes. Les chansons de Pierre Rapsat non stop. Les conversations sur MSN avec Carine, Nancy, Nadine, Christel, Daniel et Chantal. Et le café que je vais me refaire malgré l’heure tardive et même si je dois me lever tôt, déjeuner au restaurant oblige. Parce que j’en ai envie et que la journée a été belle et douce.

Et ce bonheur d’être en vie. Et ce plaisir des petites choses. Du vent dans mes cheveux. D’un morceau de chocolat belge qui fond sur ma langue tandis que je chante. Et la perspective d’un ciel rose lorsque je me lèverai. Et ce bonheur de la solitude volontaire qui n’a rien à voir avec l’isolement puisqu’à ceux qui font partie de la planète de Lali je peux chanter les mots de la chanson Ensemble de Rapsat.