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Se promener de nuit pour mieux rêver

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Et je n’avais pas envie de dormir. Non pas que je tournais en rond, incapable d’entrer dans le sommeil, mais pas envie. En moi, cette impression que j’allais rater quelque chose de la vie qui se trame. Alors, à minuit, je suis sortie. Il y avait quelques gouttes qui tombaient ponctuellement mais ce n’est jamais la pluie qui m’arrête.

Il y avait de la lumière chez Éric, un de mes voisins et j’ai salué sa petite bande réunie autour d’un souper qui s’éternisait alors qu’on entendait Aznavour. Et Éric, souriant, comme toujours, m’a envoyé la main. Jamais, je ne l’ai vu autrement que sourire aux lèvres, lui, le tétraplégique qui parcourt le domaine avec sa chaise roulante télécommandée et qui a toujours un bon mot pour tous. Et qui tous les soirs, surveille mon arrivée alors que tous les gamins du coin sont réunis sur sa nouvelle terrasse et qui les envoie souper, comme si j’étais la plus fiable des montres.

Et j’ai continué ma route en chantonnant. Celle de Nicolas qui est toujours de mes promenades nocturnes:

Je marche
Je ne sais pas où je vais
Je marche
La ville dort à moitié
Je marche
C’est peut-être pour oublier…

Et pourtant, je n’ai rien à oublier ainsi. Ce qui devait l’être est déjà classé dans la filière Z.
Mais cette chanson est depuis toujours sur mes lèvres lorsque je pars ainsi, de nuit, au hasard de la ville et de ses rues. Je rêvais. À ce que nous allions faire et voir ensemble,mes amis belges et moi, dans quelques mois. Et je rêvais à la visite de Sébastien à qui j’ai promis de la neige. Et je rêvais à ce jour où j’allais rencontrer mon ami Jean-Marc, l’homme de la nuit et des lumières. Et je me demandais si Carine s’était bien amusée, elle partie danser. Ma tête et mon cœur tournés vers l’est, comme souvent, vers cette Belgique que je vis au quotidien, malgré les 6000 km, grâce à tous ceux que j’aime qui m’alimentent en courriels, en conversations vidéo sur MSN, en conversations téléphoniques sur Skype ou en messages texto sur mon téléphone cellulaire.

Oui, ma tête était décidément tournée vers l’est. Et tout en marchant, je comprenais cette envie de ne pas dormir. J’avais ce besoin infini de regarder le ciel, celui où s’inscrivent les mêmes étoiles que là-bas, celui qui portera les avions qui nous relieront tous à tour de rôle.

Une douleur dans la hanche et le genou a ralenti mes ardeurs. Reliefs d’une récente nuit où j’ai fait un faux mouvement pour attraper le téléphone à 1h du matin. J’ai donc continué de rêver dans la baignoire et l’eau très chaude a calmé la douleur qui irradiait jusqu’à l’épaule. Si bien rêvé que j’ignore si c’est le bain parfumé d’huile de thym ou le rêve, ou alors l’un et l’autre additionnés, qui ont fait disparaître le plus gros de la douleur.

Je vais donc continuer à rêver, le résultat semble bénéfique à n’en pas douter. Et alors que coule le café, je regarde la fenêtre derrière laquelle se déroule le plus belge des temps. Oui, il pleut à souhait. Comme il pleuvait sur Liège et sur Aywaille. Et je souris. Quoique je fasse, elle me rattrape toujours, celle-là. Et quoique je chante, il y aura toujours une chanson de Nicolas Peyrac qui viendra sur mes lèvres. Il y a parfois, comme ça, des certitudes.