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Il y a sûrement un peu de moi…

nassau

Elle peut passer des heures, des soirées entières parfois, à tourner les pages des livres d’art. Toujours en quête d’apprendre, de découvrir. Inlassablement. Sans jamais ne connaître la fatigue. Toujours émerveillée.

Or, il y a sûrement un peu de moi dans la lectrice de Jill Nassau. Un peu de moi dans cette quête inaltérable de découvrir des artistes qui ont peint ou sculpté des lecteurs et des lectrices. Un peu de moi dans ce besoin inaltéré qui dure depuis des mois. Dans cette recherche incessante, avec la peur qu’un jour plus personne ne peigne quiconque en train de lire. Et pourtant, il n’est pas de jour où ma recherche est vaine. Il n’y a pas de jour sans nouveau tableau. Mais malgré tout cette peur qu’un jour je ne vienne à avoir épuisé mes provisions et que je ne doive me taire… Que cela arrive le plus tard possible…

La lectrice au capuchon

20nov

La lectrice aux foulards du 27 septembre est devenue le temps d’une photo la lectrice au capuchon. Même lectrice, même coin de rue, même heure. Le jour de la première neige. Comme un signe que les saisons passent, mais que la passion de lire ne s’éteint pas.

Ce que mots vous inspirent 4

carruthers

On ne met pas son passé dans sa poche; il faut avoir une maison pour l’y ranger.[Jean-Paul Sartre]

Peut-être que la citation de Jean-Paul Sartre vous inspirera quelques lignes? Qui sait? de toute manière, vous avez amplement le temps, puisque je ne valide les commentaires que mercredi prochain. La catégorie Ce que mots vous inspirent est à vous chaque semaine, pous vos poèmes, vos nouvelles, une chanson, une phrase. Vous en faites ce que vous en voulez…

Et si jamais c’est la toile de Roy Carruthers qui vous inspirait davantage, libre à vous de faire à votre aise.

L’idée est de s’amuser ou de réfléchir, ou les deux!

Toujours le même paragraphe

prudnikoff

Elle le lit, le relit. Toujours le même paraphaphe. Comme si celui-ci englobait tout, retenait tout d’elle.

Et la lectrice de Djorde Prudnikoff se reconnaît dans les mots d’Octavio Paz, tirés de Liberté sur parole. Et la lectrice aurait voulu écrire :

Mots, phrases, syllabes, astres qui tournent autour d’un centre fixe. Deux corps, beaucoup d’êtres qui se rencontrent dans une seule parole. La page se couvre de lettres indélébiles, que personne ne disait, que personne ne dictait, qui sont tombées là, et brûlent, et s’éteignent. C’est ainsi qu’existe la poésie, qu’existe l’amour. Et si je n’existe, toi tu existes.

dans ma nuit incandescente

t_kan

jouer à cache-cache
dans l’attente improbable
d’une croisée de chemins
alors que tout se mêle
pour prolonger l’espérance
si peu tangible

deviner
imperceptible émoi
qui se confond au tracé
des lumières roses
dans ma nuit incandescente
où tu surgis parfois
vie fantôme

te savoir quelque part
seule certitude
alors que les pièces
d’un puzzle bariolé
s’éparpillent dans les fils
d’une vie décousue
semblable à la mienne

(septembre 1987)

*toile de Tanguy Kan

Sa seule certitude

s_l

Être portée par les mots et réveillée par l’amour, jour après jour, c’est tout ce que la lectrice de Steven Lynch souhaite. C’est sa seule certitude en ce matin de novembre.

Celle qui se glisse dans la peau des autres

vanessa_m

Elle se glisse dans la peau des autres, leur emprunte des sentiments, leur dérobe une phrase ou un cri, embellit ou noircit selon l’humeur ou la couleur du ciel.

Elle ne sait faire que ça. Écrire, raconter des histoires inventées. Et l’écrivaine de Vanessa Martinelli peut rester là plume à la main des heures. Des années. Une vie.

Celle qui chante Streisand

ebba

Elle est amoureuse. Terriblement amoureuse. Absolument amoureuse. Totalement amoureuse. Et toutes les pages qu’elle tourne ne lui servent pas. Elles ne parlent pas de lui. Ou alors, elles ne parlent que de lui. Et tous les mots qu’elle lit sont déformés. Et les mots déformés tournent et tournent dans sa tête.

La lectrice d’Ebba Rapp est amoureuse. Et rien, mais rien, ne l’empêchera qu’il n’en soit autrement. Vous ne l’entendez pas chanter Woman in love de Barbra Streisand?

Le thé du mardi

stubner

Tous les mardis, la lectrice de Robert Stubner va prendre le thé. Tous les mardis, sans exception. Depuis quelque temps, on ne saurait dire depuis quand, précisément. On sait juste qu’elle est là tous les mardis, qu’elle décore son seul chapeau de rubans, de fausses perles, de morceaux de tissus, de dentelles, pour chaque fois faire illusion et se donner l’impression de porter un chapeau tout neuf. Et on la complimente. On regarde sa parure et sa grâce tandis qu’elle tourne les pages du même livre. Mardi après mardi. Puis, elle enfile ses gants. Elle rentre en marchant. Elle a une semaine devant elle pour se faire un nouveau chapeau.

Celle qui avait des ailes

ibarra

De temps en temps, l’un ou l’autre, amant, amie, collègue, sœur ou autre, lui apprend à retirer le im de impossible. Et pendant quelques heures, quelques semaines ou davantage, la lectrice de Rosa Ibarra a des ailes. Tout lui est permis et rien ne la retient au sol.

Oui, elle vole. Vraiment. Je vous l’assure, je l’ai vue un jour quitter le sol. Je crois qu’elle parlait de l’un de ceux qui lui avaient fait croire au mot possible ou au mot vrai. Oui, oui, ce coup-ci, elle ne se trompait pas, disait-elle. Il est sincère, disait-elle. Et elle y croyait. Et je l’ai regardée s’écraser au sol avec ses ailes imaginaires au dos et je l’ai ramassée. Encore une fois.

Oui, elle vole. Quand elle se met à parler de celle qu’elle appelle une amie, dont elle aime la compagnie qui semble tellement apprécier la sienne et qui la fait se sentir enfin comprise. Je ne lui dirai pas, non je ne le lui dirai pas, qu’un jour l’autre trahira son secret et qu’elle sera comme un oiseau de mer après le naufrage d’un pétrolier.

Oui elle vole. Quand elle me parle les yeux brillants de ce collègue qui est si charmant et que tout le monde qui semble l’aimer. Que pour une fois, elle travaille avec quelqu’un sans malice et dont elle n’a pas à se méfier. À trop voler près du soleil, surtout quand il s’agit d’un fieffé menteur, les ailes collées à la cire finissent par se décoller.

Ou plutôt, elle volait. Oui, elle volait.

Et puis, un matin elle a décrété qu’elle ne serait de ces oiseaux qui savent voler jusqu’aux nuages et traverser les océans. Et qu’elle n’aimerait pas être un pigeon. Alors, elle a pris ses ailes, a détaché les plumes une à une et les a rangées près de l’encrier. Elle avait trouvé sa façon bien à elle de voler.

Et elle a ouvert un livre. L’heure d’écrire lui viendrait.