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Les mots libres

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Il invente pour elle des images. Il lui dessine des paysages. Et il laisse les mots aller jusqu’à elle, comme un oiseau. Et tous ces vers, nés de la plume du poème volent, virevoltent et suivent le vent. Pour se poser sur l’épaule de la lectrice de Mary Brewster Hazelton. Qui les éparpillent dans la pièce. Des mots libres ne se rangent pas dans une boîte.

Et à nul autre

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Aucun mot d’aucun livre, aucune virgule, aucun accent aigu, aucune majuscule, aucun É ne sera plus doux à la lectrice de P. B. Freyder que ceux qu’il écrit. Et elle aura beau ouvrir tous les livres, elle aura beau chercher ailleurs, ce seront toujours à ses mots à lui qu’elle reviendra. Et à nul autre.

Ces bouts de phrases

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Certains soirs, je suis la copie conforme de la lectrice de Charles Dana Gibson. Bon, d’accord, je vous le concède, je n’ai ni sa jeunesse, ni sa grâce, ni sa minceur. Mais pour le reste, je suis absolument capable de sortir vingt livres, d’aller de l’un à l’autre et de les laisser par terre jusqu’à ce que je trouve cette phrase dont je n’ai que des parcelles sur le bout de la langue. Ces bouts de phrases qui ne me laisseront pas tranquille tant que je n’aurai pas retrouvé d’où ils viennent et surtout tant que je n’aurai pas recollé tous les morceaux afin de rendre la phrase entière.

Ce n’est qu’après que je contemple la scène, les livres éparpillés. Mais comme il est gai de les ranger quand on a trouvé ce qu’on cherchait!

Trop de fleurs?

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Trop de fleurs au pays de Lali? Quelqu’un aurait dit ça? Sûrement pas quelqu’un qui les attendues depuis aussi longtemps que moi…

Démasquée!

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Quelqu’un qui m’a encore vue mitrailler les quelques fleurs des alentours du bureau m’a annoncé, comme s’il s’agissait là d’une évidence : « Tu serais heureuse dans un pays où il y a des fleurs à l’année longue, toi! » Je suis démasquée…

Pause fleurie

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Moi qui ne prends pas très souvent, pour tout dire à peu près jamais, mes pauses, en tous les cas en hiver, je me précipite dehors à chacune d’elles depuis quelques jours. On ne sait jamais ce qui peut pousser entre 8 h 45 et 10 h 30…

Je ne le regrette jamais!

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C’est toujours la même route, à peu de détours près, à moins que je n’aperçoive de loin quelque chose qui attire mon œil et ne me fasse m’engager dans un bout de rue. Quitte à ce que mes incursions en diagonale ne prennent un peu plus de temps. Je ne le regrette jamais!

Pour bien commencer ce jeudi

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Rien de mieux qu’une fleur photographiée par Denise pour bien commencer la journée…

Albert Dreux et le raffinement

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Le poème d’Albert Dreux choisi par la lectrice de Pierre Cornu qu’on retrouve dans l’anthologie La poésie québécoise a été publié dans un recueil intitulé Le mauvais passant admirablement bien présenté ici. Puissent ces vers vous plaire autant qu’ils ont plu à la lectrice du jour.

Raffinement

Quand, les sens apaisés et les yeux demi-clos,
Nous sentons, ô très chère, invincible descendre
Le beau calme animal neigeant comme une cendre
Sur le feu clair, ardent, qui flamboyait tantôt,

On est heureux! Le cœur s’endort, tout doucement,
Sans regret, sans frisson; et l’âme sans pensée
On songe aux forces dépensées
Et l’on flotte en un vague anéantissement.

Mais, lorsque nous avons refusé la folie
Et que nous n’avons pas voulu jusqu’à la lie
Boire la coupe entière et fade du plaisir,

Quel bonheur de garder l’aiguillon dans nos veines
Et de sentir toujours, comme un vol de phalène,
Planer autour de nous les oiseaux du désir.

Il ne dormira pas

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Il ne dormira pas. Pas avant, du moins, qu’il n’en ait fini avec cette lettre. Cette missive à la fois pénible comme salvatrice. Mais essentielle. Comme si le seul fait de l’écrire lui révélait ce qu’il s’était refusé de voir avant. Comme si poser les mots côte à côte, presque sans émotion, ou alors d’une émotion toute contenue, lui livrait ses limites, ses incapacités, tout en le ramenant dans le souvenir d’une histoire pareille à celle-ci. Ou qu’il croit ce soir identique.

Celui qui écrit, peint par Franz Eybl, sait qu’il ne dormira pas. Tant qu’il n’aura pas laissé couler dans l’encre de sa plume les mots nécessaires. Pas tant qu’il n’aura pas raturé quelques illusions.