La lectrice de Bela Czobel ne pouvait pas savoir. Il aurait fallu pour ça que je lui dise qu’Émile Coderre dit Jean Narrache fait partie de ma culture familiale, que mon grand-père l’a bien connu, qu’ils partageaient la même profession et que son recueil n’était jamais bien loin. Non, elle ne pouvait pas savoir. Mais je suis heureuse qu’elle ait choisi ces quelques lignes.
J’parl’ pour parler
J’parl’ pour parler…, ça, je l’sais bien.
Mêm’ si j’vous cassais les oreilles,
La vie rest’ra toujours pareille
Pour tous ceux que c’est un’ vie d’chien.
J’parl’ pour parler pas rien qu’pour moi,
Mais pour tous les gars d’la misère;
C’est la majorité su’ terre.
J’prends pour eux autr’s, c’est ben mon droit.
J’parl’ pour parler…, j’parl’ comm’ les gueux,
Dans l’espoir que l’bruit d’mes paroles
Nous engourdisse et nous r’console…
Quand on souffre, on s’soign’ comme on peut.
J’parl’ pour parler…, ça chang’ra rien!
Vu qu’on est pauvre, on est des crasses
Aux saints yeux des Champions d’la Race :
Faut d’l’argent pour être « homm’ de bien ».
J’parl’ pour parler…, j’parl’ franc et cru,
Parc’ que moi, j’parl’ pas pour rien dire
Comm’ ceux qui parl’nt pour s’faire élire…
S’ils parlaient franc, ils s’raient battus!
J’parl’ pour parler… Si j’me permets
De dir’ tout haut c’que ben d’autr’s pensent,
C’est ma manièr’ d’prendr’ leur défense :
J’parl’ pour tous ceux qui parl’nt jamais!
J’parl’ pour parler… Si, à la fin,
On m’fourre en prison pour libelle,
Ça mes vieux, ça s’ra un’ nouvelle!
L’pays f’rait vivre un écrivain!










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