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L’heure sera venue

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Un jour, la lectrice d’Ule Wollinger ne sera plus figée. Elle abandonnera le livre qui semblait ouvert pour l’éternité pour un autre paysage. Pour une autre vie. Pour tout ce qu’elle s’empêche encore de vivre. Retenue par une sorte de peur qui peu à peu prend moins de place. Un jour, elle ne sera plus cette statue muette qui attend son heure. L’heure sera venue.

Anecdotes de libraire 8

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Il venait tous les vendredis. Et s’il ne pouvait venir, il m’appelait pour me dire qu’il ne viendrait pas. J’étais sa mémoire. Je savais ce que sa femme aimait. Je savais ce qu’il lui avait acheté dans la dernière année et je l’empêchais d’acheter deux fois le même livre. Il faut dire qu’il ne lisait pas. Son dada, c’était le modélisme. Il pouvait travailler des heures à monter des avions, à construire des villages autour d’une gare, à poser un à un les mâts et les voiles d’un bateau miniature. Et il en parlait avec une telle passion que je souriais. J’aime voir les gens heureux, je n’y peux rien.

A-t-il trouvé quelqu’un qui retienne les titres qu’il achète? Y a-t-il quelqu’un qui ait pris le temps de téléphoner à sa femme parce qu’elle ne peut se déplacer pour connaître ses goûts? Ou va-t-il de librairie en librairie cherchant celui ou celle à qui il demandera Je vous dérange? et qui lui répondra en souriant Le jour où personne ne me dérangera, je fermerai boutique.

Souhaitons qu’il n’en soit pas ainsi et que le jour où il a franchi la porte de la librairie peinte par Michael Ewart, il ait trouvé le sourire qu’il attendait.

Le souci du détail

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Sac et pull s’harmonisent. Et probablement que si on jetait un regard sous la table trouverions-nous des chaussures assorties. Moi qui ai le sens des couleurs et qui aime qu’elles se marient ensemble ne pousse pas les choses jusque là. Mais curieusement, j’apprécie que d’autres aient ce souci. Et elles sont rares. Je n’en connais que deux à avoir cet art : Francine, ma collègue, et Monique, ma sœur. Et outre ce détail qui les rassemble, elles se ressemblent sur de nombreux autres points. Toutes deux ont une vie sociale trépidante, aiment que leur maison soit toujours pleine, sortent beaucoup. Est-ce que tout cela est propre à celles qui ont le souci d’une belle table et de tout assortir avec goût et classe? Il faudra peut-être demander à la lectrice de Bernie Donahue.

Tout vient qui doit venir

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Les vraies rencontres, celles qui marquent, celles qui déterminent le parcours, celles qui changent la vie, celles qui en modifient la couleur et le rythme, sont-elles autre chose qu’hautement improbables? Qu’il s’agisse de ce livre qui arrive jusqu’à soi par des chemins détournés, que ce soit ce paysage qu’on découvre par les chemins de traverse, que ce soit l’autre qui par destin ou par hasard, ou par ce mélange des deux, croise nos jours sans lumière pour les éclairer, tout cela est-il vraiment improbable ou devait-il en être ainsi? La lectrice de Georges Kalmetti n’a pas la réponse et n’est pas même certaine qu’il vaille la peine que la question se pose. Tout vient qui doit venir.

Ceux qu’il écrit

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« Tu gardes tout? » lui a-t-il un jour demandé, quand il a vu qu’elle avait glissé entre deux pages en guise de signet quelques mots qu’il avait griffonnés à la hâte. « Oui, tout. »

Il l’a regardée. Elle a encore dit : « Oui, tout. »

Si elle avait poursuivi, elle aurait peut-être dit Jusqu’au moindre frisson.

Et il en sera toujours ainsi. La lectrice de Christie McFarlane préfère aux mots de tous les livres ceux qu’il écrit.

Car avec toi c’est autre chose

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Elle a apporté un livre. Comme toujours. Comme chaque fois. La lectrice de Mary Erickson n’est pas en mesure de sortir les mains vides, et les mains vides, pour elle, ça veut dire sans livre.

Elle a donc apporté un livre, mais elle ne lit pas. Elle rêve. À des mots. Toujours les mêmes.

Car avec toi c’est autre chose,
Si tu devais partir un jour,
Mon amour, mon amour, mon amour,
Ce ne serait plus la même chose.
Je n’ai jamais aimé comme ça,
Je n’aimerai personne après toi.
Car avec toi c’est autre chose.

(tiré de Barbara, Ma plus belle histoire d’amour)

Beaucoup de rouge

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C’est la nuit. Une nuit noire comme le sont toutes les nuits. Mais la neige a tellement fondu depuis quelques jours que je me suis mise à rêver. De rouge. De beaucoup de rouge. De rouge jusque sur les toits. Comme l’a vu Denise, à Genève.

Il n’y avait que la littérature

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Elle lisait. Elle ne savait plus faire que ça. La lectrice de Giuseppe Mascarini savait qu' »il n’y avait que la littérature pour contourner, tout en les déplaçant, les interdits dont étaient frappés nos rêves et nos désirs… » (Madeleine Monette)

Je ne sais pas comment je fais

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Je ne sais pas comment je fais, mais c’est chaque fois pareil. Je ramasse le VOIR le jeudi et je le lis le mercredi soir, parce que je sais que le nouveau paraîtra le jour suivant. Et pourtant, ce n’est pas faute de ne pas le laisser traîner, et bien en évidence de plus. Bien sûr que chaque samedi, je me dis que je vais le parcourir au cours de la journée. Bien évidemment que le dimanche je me dis la même chose. Et voilà qu’arrive le mercredi. Et j’ouvre l’hebdomadaire. Je constate que j’ai raté un concert gratuit le samedi, un film que j’aurais bien revu à la cinémathèque, une rencontre avec un écrivain dans une bibliothèque. Et je me promets que dès demain soir, au pire vendredi, je m’installerai comme l’a fait la lectrice de Judith Bicking, le journal bien ouvert. Cette semaine, je ne raterai rien.

Ce que mots vous inspirent 25

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Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.
[ Alain ]

Il semble bien que la lectrice de Patrick Ehrhard ait trouvé dans une phrase ce qu’elle cherchait à dire depuis longtemps, sans vraiment y arriver, de balbutiement en phrase qui ne la satisfaisait pas. Jusqu’à celle-ci. Jusqu’à cette idée de richesse hors de soi. Une idée qui la comble et qui semble révéler exactement le sentiment qu’elle éprouve.

Et vous, que pensez-vous de la phrase du philosophe Alain? Vous parle-t-elle? Avez-vous envie de nous livrer ici ce que mots vous inspirent?

La pensée est là pour une semaine. Je ne validerai pas les commentaires avant mercredi. Ce qui vous donne largement le temps d’aimer!