
Mon ami Marcel, qui avait de commun avec l’écrivain esquissé par Ivan Gutorov la moustache et l’écriture, ne sera jamais vieux. Il aura toujours quarante-deux ans, l’âge qu’il avait en février 1993 quand le sida l’a emporté.
Il reste de lui quelques livres, puisque c’est à moi qu’on a remis tous les exemplaires restants de tous ses recueils, vestiges d’une époque où on tapait à la machine ses textes, qu’on les photocopiait et qu’on les brochait en guise d’auto-édition. Quelques livres et des souvenirs. Et sa voix lors de soirées de poésie où il s’amusait avec les mots, activité qu’il aimait entre toutes plus particulièrement. Voire passionnément.
Quelque part
Je voulus aller ailleurs
et je m’y suis rendu
Et cet ailleurs est devenu ici
Je n’avais pourtant
ni mon chemin perdu
ni commis nulle erreur
Et l’ici d’où je suis parti
est maintenant ailleurs,
là où je voulais aller
en partant
justement
Justement,
en partant
j’ai perdu mon ailleurs ici,
ici que je croyais ailleurs d’ailleurs,
ailleurs que je croyais ici
mais qui était ailleurs
J’aurais dû rester
puisque j’y étais ailleurs
ailleurs qu’ici
lorsqu’ici était ailleurs
et qu’ailleurs était là-bas
dans l’ici d’où je suis issu
Alors, dois-je pourrir ici
puisqu’ailleurs est une utopie
Par ailleurs,
puisqu’ailleurs n’est pas plus ici
qu’ici n’est ailleurs,
je chercherai là-bas,
qui est ailleurs
et qui deviendra ici
lorsque j’y serai
et qu’ici sera là-bas
justement où je voudrais aller.
(Marcel Rivard, Ainsi que…, Les éditions En chacun, 1984)
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