Plus la nuit se fait silence, plus le jour entre dans la nuit, plus les mots d’Eugénio de Andrade que lit le lecteur peint par Henry Moore font sens. Plus ils éclairent ses doutes. Plus ils s’insinuent en lui en créant des certitudes. Plus la nuit n’est plus nuit, mais jour.
Du fond du corps
Il ne dormait pas, il passait des heures aux aguets, finissant par distinguer dans l’enchevêtrement des sons les rumeurs les plus infimes, l’araignée tissant sa toile ou, encore moins perceptible, la lumière ouvrant son chemin à la force du poignet dans le velours épais des rideaux. Le silence venait tard, une fois disparu l’écho des derniers pas. C’est alors seulement que la netteté gagnait ces coups venus du fond de son corps. Ils avaient toujours été là, mais ce n’est que dans ces moments-là qu’ils surgissaient purifiés de tout autre bruit, chacun avec son profil de poignard. Jusqu’à quand allaient-ils durer? Car une heure viendrait, aucun doute là-dessus, où le désert de la nuit et le silence du corps formeraient une seule substance, inséparable à jamais de la fièvre de la rosée, quand matinale elle monte les dernières marches.
(in Versants du regard)

2 réponses
Content de lire Eugenio de Andrade …
Je crois qu’il y aura d’autres extraits!!