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page blanche

vg2

page blanche
barbouillée de sueurs
de tâtonnements indélébiles

mécanisme des mots
qui se délient
effort constant

poésie instantanée
demi-sens demi-tour
cliché trop flou
pour s’imprimer
à mes paumes à mes lèvres
à la page blanche

mécanisme des mots
qui s’immiscent
qui se veulent
impression d’idées
confuses légitimes incongrues

poésie instantanée
semblant de mots
demi-mots
souffle
page blanche

(mars 1982)

*toile de Vivan Gutierrez

Jamais trop tard

vidal

Elle qui a vécu tant de vies, ou plutôt des morceaux de vie, vivra-t-elle un jour une vie dans laquelle elle sera elle, entièrement elle, et pas nécessairement ce qu’on attend d’elle, ce qu’on veut d’elle, ce qu’on fait d’elle? Il lui arrive, alors qu’elle tourne les pages d’un livre de penser à toutes ces vies et parce qu’une phrase, parce qu’une similarité lui rappellent la chose, de se dire que beaucoup – même, la plupart – de ceux qu’elle a croisés, de ceux à qui elle a pu s’attacher un moment, de ceux qui ont comptés, n’auraient pas été en mesure de tout prendre d’elle et qu’il valait mieux pour cette raison rester au bord d’elle-même. Et n’être elle, totalement elle, que seule. Pour éviter les reproches, les blessures, le rejet, la manipulation. Toutes ces choses qui obligent à la solitude ou à n’être jamais tout à fait soi quand on décide d’en sortir.

Et pourtant, une infime part d’elle a cet espoir caché qu’un jour quelqu’un voit dans ses différences et ses particularités, non pas matière à fuir, mais à rester. Mais souvent, même si cet espoir ténu, la lectrice de Francisco Vidal se demande si vient un jour où il n’est pas trop tard.

Mais quel est donc cette voix qui souffle à son oreille qu’il n’est jamais trop tard?

Et si je n’avais pas aimé les livres?

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Et si je n’avais pas aimé les livres avec une telle passion, et si je n’avais pas pour l’écriture une passion tout aussi grande, y aurait-il eu autre chose qui aurait su me nourrir et me faire vibrer à ce point? Il m’arrive, alors que je suis assise devant mon ordinateur ou à la table, comme l’écrivaine de Grace Sanchez, de me proser cette question, sans pour autant trouver de réponse. Lire et écrire font partie de ma vie depuis si longtemps qu’il m’est imposssible de me voir dans une vie qui serait autre que ponctuée par ces deux activités et celles qui en découlent, comme la chasse aux toiles et la correspondance. Et je me dis que comme je n’aurai jamais la réponse à cette question, il vaut peut-être mieux que je ne me la pose pas et que je continue à inventer des histoires…

Absorbé

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Il est si absorbé qu’il ne remarque rien. Qu’il ne remarque pas qu’elle le regarde du seuil de la pièce. Amoureusement, tendrement. Comme elle le fait depuis des années, comme elle le fera sûrement encore des années. Non, l’écrivain peint par Théo Van Rysselberghe ne remarque rien. Enfin, presque rien.

Jusqu’à ce qu’elle soit près de la table d’écriture, que son ombre son dessine sur ses feuilles éparpillés et qu’il respire l’odeur du café. Il a alors, comme toujours cet air un peu hébété de l’homme surpris sur le fait. Cet air qu’elle lui connaît si bien. C’est celui qui précède le sourire et le « Je t’adore. Comment savais-tu que je voulais un café et un baiser? »

Une fleur pour faire le bonheur d’une journée…

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Juste parce que j’ai envie de vous offrir une fleur et parce que Géraldine sait si bien les photographier. Juste parce que parfois une fleur fait le bonheur d’une journée…

Le plaisir de la dernière minute

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Toujours en elle ce besoin de lire quelques pages même lorsqu’il ne reste que quelques minutes, même si elle a enfilé son manteau. Toujours cette irrésistible envie d’une phrase qui restera dans son esprit alors qu’elle marchera le cœur léger jusqu’à l’arrêt d’autobus. La lectrice de Dan Beck sait que ce n’est pas vraiment raisonnable et probablement aussi qu’il y a de fortes chances qu’elle doive courir parce qu’elle se sera trop attardée. Mais elle sait aussi. Elle ne changera pas. Rien ne la retiendra de ce plaisir de la dernière minute avant de devoir partir.

Gouttes de bonheur

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Il est des plaisirs incontournables. Des plaisirs dont je ne me passerais pas. Des plaisirs qui ajoutent au quotidien une dose de bonheur. Des plaisirs tout simples. Et pourtant… Ce sont ceux-là, ces plaisirs bien égoïstes, qui font parfois une nette différence dans ces journées où nous sommes tous souvent bousculés… Le plaisir dont il s’agit là, en cette minute, alors qu’une autre journée s’annonce, est celui de quelques gouttes de bain moussant à la fraise. Plaisir banal? Pas pour moi. Plaisr tout court. Il n’y a rien comme un matin dans un bain de bulles.

Le livre qui lui parle d’elle

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Le livre choisi au hasard au bibliothèque un dimanche de janvier lui raconte des histoires et lui parle d’elle. Pourtant la lectrice de Claire Phillips ne savait rien du poète brésilien Carlos Drummond de Andrade. Et encore moins que ces vers tirés de La machine du monde et autres poèmes la toucheraient à ce point :

Pendant longtemps j’ai cru que l’absence est manque.
Et je déplorais, ignorant, ce manque.
Aujourd’hui je ne le déplore plus.
Il n’y a pas de manque dans l’absence.
L’absence est une présence en moi.
Et je la sens, blanche, si bien prise, blottie dans mes bras,
que je ris et danse et invente des exclamations joyeuses,
parce que l’absence, cette absence incorporée,
personne ne peut plus me la dérober.

Le colis

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Elle a d’abord caressé le colis sans l’ouvrir, ce paquet sur lequel il a écrit son nom à la plume. Elle l’a imaginé fébrile, allant à la poste, pressé de lui faire lire ces mots qui n’étaient pas les siens, mais qui savaient l’émouvoir jusqu’aux larmes, parfois.

Puis la lectrice de Byron Gin a ouvert le livre au hasard.

Elle n’a pas voulu tout de suite aller lire ce qu’il avait écrit, préférant s’attarder à toucher les pages qu’il avait touchées, comme elle aurait caressé sa nuque, du bout des doigts, tendrement.

Plus tard, elle s’est aventurée à lire là où le livre s’ouvrait de lui-même. Se disant que peut-être, il s’était attardé davantage sur ces pages, précisément. Sans en avoir l’assurance, mais avec l’envie d’y croire.

Ce n’est qu’après qu’elle a lu la dédicace. Émue.

Tous les livres du monde, aussi beaux soient-ils, ne remplaceront jamais les mots écrits là ou ailleurs par celui qui a mis des étoiles dans ses yeux.

Ce que mots vous inspirent 11

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L’oubli est la condition indispensable de la mémoire.
[ Alfred Jarry ]

En est-il vraiment ainsi? Faut-il oublier un peu pour ne conserver en mémoire que certains éléments?

La citation d’Alfred Jarry sur laquelle semble se penser la lectrice de Charles Blackman est à vous pour une semaine. À vous de voir ce qu’elle suggère. Ce qu’elle évoque. Ce qu’elle vous inspire ou pas.

Bon mercredi à tous!