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L’adorable menteuse

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« Tu es déjà rentré? fera-t-elle en tournant à peine la tête vers lui, je n’ai pas vu passer le temps. » Il ne dira rien sinon que « Jolie tenue pour m’accueillir. »

Il sait que la lectrice de Charles Wheeler est une adorable menteuse, qu’elle s’est parfumée et coiffée, et surtout qu’elle l’attend depuis un moment dans sa pose étudiée pour qu’il ne rate rien de ses courbes. L’adorable menteuse dont il est fou ne peut pas lire de bas en haut et de droite à gauche.

Le lecteur qui prend son rôle de lecteur au sérieux

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Le lecteur de Bjorn Saastad est tellement entré dans son livre qu’il en a perdu presque toute notion de la réalité. Même le décor de son roman où se mêlent théâtre et désert semble avoir envahi le sien, si bien qu’il vit dans un livre. Ou plutôt dans le livre du moment. Comme certains acteurs qui, lorsqu’ils sont à se préparer pour un rôle, en viennent à devenir le personnage 24 heures sur 24. Pas tous. Mais il me semble avoir lu que c’était le cas de Tom Hanks qui prend ses rôles très au sérieux. Le même article disait avec humour que sa femme avait hâte qu’il en finisse avec Forrest Gump…

Au fait, la semaine dernière, le lecteur de Bjorn Saastad a lu un roman vêtu d’une tuque et de mitaines. Ça se passait dans le Grand Nord…

Les vacanciers de janvier

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J’aime bien parfois feuilleter le journal du samedi. Ou alors écouter sans vraiment écouter les conservations dans les autobus ou celles émanant d’autres tables quand je vais au restaurant.

Je saurais qu’on est en janvier sans calendrier. Il n’y en a que pour l’hiver qui va être long. Il n’y en a que pour des mots comme plage, soleil. Cuba, Puero Plata, Cancun, Floride. Il me semble n’entendre que ça. Il me semble aussi que le cahier « voyages » est plus épais que le reste de l’année. Chaque agence y va de ses destinations soleil à prix alléchants. Oui, nous sommes en janvier. Oui, l’hiver sera long. Mais sera-il moins long s’il est ponctué par une croisière dans les Caraïbes ou par une semaine de Golf à la Barbade?

Il faudra demander aux vacanciers de Brenda K. Bredvik. Moi, j’aurais plutôt envie de leur demander ce qu’ils lisent en vacances. Il reste toujours un peu de libraire dans une ex-libraire…

Ou si peu

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Aurait-il oublié qu’il a emmené sa femme et sa fille avec lui celui qui lit peut-être les cours de la bourse ou autre chose qui ne semble pas du tout les intéresser? Il semblerait bien. Le lecteur de Camille Fox n’en a que pour son journal. Peut-être même qu’il ne remarquera pas qu’on lui servira du café.

Et dans quelques années, il se demandera peut-être pourquoi ni l’une ni l’une ne sont plus là et il ouvrira son journal. Et je ne crois pas être cynique. Ni jouer à la caricaturiste. Ou si peu.

Souvenir d’un thé en été

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C’est l’heure du thé pour la lectrice de Robert Emil Stubner. Les tasses autour de la table semblent indiquer qu’elle ne sera pas seule, ou qu’elle ne l’était pas. La tenue, que le lieu doit être passablement chic même à l’heure du thé.

Et cela me fait sourire car il y a querlque chose dans ce décor qui me rappelle un merveilleux souvenir. On dira que c’était il y a dix ans pour faire un chiffre rond, car je ne suis pas tout à fait certaine de la date. On affirmera que c’était un après-midi d’été, sans se tromper. On dira aussi qu’il y avait autour d’une table des jardins du Ritz deux dames accompagnées de très jeunes demoiselles, qui n’avaient pas vingt ans à elles deux. On dira qu’elles ont toutes bu du thé, certaines avec beaucoup de lait dedans, en mangeant des scones et des muffins. Et qu’il était fort amusant de jouer ainsi aux dames.

La mère des deux demoiselles avait trouvé une sortie à la hauteur de ses filles qui avaient envie de mettre une belle robe. La marraine de l’une d’elles, qu’on appellera Lali, même si à cette époque on l’appelait surtout Christine, a fait de son mieux pour ne pas faire honte à sa filleule. Je crois qu’elle s’est en est bien tirée. Enfin, je crois. Pas de tache sur sa robe, pas de thé renversé sur la nappe… Pour une fois!

La voilà qui rêve…

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Elle a lu la lettre une première fois. Incrédule. Elle devait avoir sauté des phrases ou alors vu des mots à la place de d’autres.

Elle a donc repris la lettre depuis le début, en s’arrêtant à chaque mot. Son esprit n’avait rien trafiqué. Les mêmes mots étaient là, sur le papier. Des mots qui parlaient d’un ciel bleu au-dessus de la ville d’où il écrivait. D’un ciel comme il n’en avait jamais vu un. Un ciel de rêve, disait-il.

Le cœur de la lectrice d’Ilia Rubini battait à une vitesse telle qu’un TGV aurait eu de quoi l’envier. Elle a même dû mettre la main sur lui pour qu’il cesse de s’emballer ainsi. Et aussi dû se pincer pour être sûre qu’elle n’était pas dans un rêve dont elle allait se réveiller.

Or, tout est réel. La lettre. Le ciel bleu. Son cœur qui s’est un peu calmé depuis. Oui, tout est réel, mais la voilà qui rêve…

Dans un coin du café

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Le lecteur de Gavin Glakas s’est assis à la table du café où il s’assied tous les soirs. Il y reste parfois si longtemps qu’il peut lire là un livre en entier en un soir. D’autres fois, il traîne jour après jour le même livre dont il ne semble jamais repu. C’est le deuxième soir qu’il va sans ordre dans Un chant dans l’épaisseur du temps de Nuno Judice. Et il a beau aller ici et là, dans le désordre et l’envie de se laisser porter par les mots, c’est toujours sur ces lignes qu’il revient :

Dans un coin du café, ce que tu recherches, c’est que le poème
te dise qui tu es, pourquoi tu te caches, quel est le nom
de la fille qui t’a regardé fixement.
Et tu n’as pas de réponse.
La réponse était sur les lèvres de cette fille
que ton silence n’a pas su interroger;
et dans le vent qui balayait l’esplanade,
emportant feuilles et papiers.
L’automne : une image, celle de ta propre vie,
que tu n’as pas su ignorer;
pour que d’une banale conversation avec l’inconnue,
surgisse une image, cette autre,
de la vie que tu aurais aimé ne pas perdre,
à chaque instant, entre tes doigts et tes vers.

La lectrice qui écoute Gershwin

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La lectrice de Buz Tafoya a déposé son livre. Pas qu’il n’était pas intéressant. Sûrement pas. Mais pour écouter en boucle le Rhapsosy in blue de Gershwin. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’entends jusqu’ici…

Rêver ne coûte rien

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De constater que la pluie qui tombe depuis une semaine a quasi effacé toute trace de blanc, alors que Montréal a été enseveli sous la neige en décembre, me fait me demander si cette pluie ne serait pas une pluie d’automne. Les feuilles pourraient-elles l’espace d’une nuit se recoller aux arbres et retrouver les couleurs d’un jour de novembre alors qu’elles avaient illuminé la journée de Denise? Rêver ne coûte rien…

Devrais-je lui dire?

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La lectrice de Thomas Lawrence a tout installé pour une lecture confortable. Qui pourrait peut-être même durer des heures. Le coussin a approché le livre de ses yeux, ce qui lui permet de ne pas avoir à se pencher ou à le tenir à bout de bras. Et pourtant, malgré son installation, elle semble quelque peu blasée. Devrais-je lui dire de prendre un autre livre, qu’elle n’est pas tenue de continuer la lecture d’un livre qui l’ennuie?