Lali

11 janvier 2008

Dans un coin du café

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 22:43

glakas 1

Le lecteur de Gavin Glakas s’est assis à la table du café où il s’assied tous les soirs. Il y reste parfois si longtemps qu’il peut lire là un livre en entier en un soir. D’autres fois, il traîne jour après jour le même livre dont il ne semble jamais repu. C’est le deuxième soir qu’il va sans ordre dans Un chant dans l’épaisseur du temps de Nuno Judice. Et il a beau aller ici et là, dans le désordre et l’envie de se laisser porter par les mots, c’est toujours sur ces lignes qu’il revient :

Dans un coin du café, ce que tu recherches, c’est que le poème
te dise qui tu es, pourquoi tu te caches, quel est le nom
de la fille qui t’a regardé fixement.
Et tu n’as pas de réponse.
La réponse était sur les lèvres de cette fille
que ton silence n’a pas su interroger;
et dans le vent qui balayait l’esplanade,
emportant feuilles et papiers.
L’automne : une image, celle de ta propre vie,
que tu n’as pas su ignorer;
pour que d’une banale conversation avec l’inconnue,
surgisse une image, cette autre,
de la vie que tu aurais aimé ne pas perdre,
à chaque instant, entre tes doigts et tes vers.

3 Comments »

  1. J’aimerais bien être à la place du lecteur dans cet établissement convivial. Un coin de café très chaleureux invitant à la lecture. Comme il a raison de revenir sur ces mêmes lignes superbes.
    J’aime beaucoup.

    Commentaire by Denise — 12 janvier 2008 @ 8:15

  2. « what a woman-oh what a woman! » cried the king of Bohemia, when we had all three read this epistle.
    Oh oui, quelle femme, quand elle est entrée dans le pub. Son parfum léger qui m’est parvenue avec le vent du soir, je n’arrive pas à m’en défaire…

    « Did I not tell you how quick and resolute she was? »
    Déterminée, elle l’était. Jette son imper mauve sur le porte manteau, commande à Georges une blonde légère, marche jusqu’au bar et s’assoie.

    « Would she have made an admirable queen ». It is not a pity that she was not on my level »
    Je relève la tête: chemise sortie du jean,lourde chaussure de marche, gros chandail de laine multicolore, , un arc en ciel entrait dans la lumière feutrée de l’établissement. Et moi dans mon pantalon gris, ma chemise blanche et mes souliers vernis, elle m’a soufflée, dépoussiérée!

    « From what I have seen of the lady she seems to be indeed on a different level to your majesty » said Holmes, coldly
    Je m’interromps encore. Un goût de liberté quand elle a calé sa bière en trois gorgées. Sûrement la soif après une longue marche. Et moi qui boit ma Guiness depuis une heure, l’impression de manger un gros bifteck froid! Un monde de différence!

    « I am sorry that I have not been able to bring your majesty’s business to a more sucessfull conclusion »
    Je suis resté planté là, à ma table, hypnotisé par cette chevelure brune qui s’agitait lentement dans son dos. Elle a bien senti que mes yeux la fixait, elle a tourné sa tête vers le fond de la salle et m’a regardé fixement. Pas capable de soutenir son regard, je me suis planqué derrière mon bouquin.

    « on the contrary, my dear sir  » cried the king, « nothing could be more successfull.  » I know that her word is inviolate.
    Muré dans mon silence. Paralysé telle une statue de plâtre. Je voudrais être capable de me lever, de m’asseoir à côté d’une inconnue rayonnante et de lui demander ce qui l’amène,ce qu’elle espère et si elle comprend quelque chose à notre présence commune ce soir dans ce pub d’Édimbourg.On m’a assez dressé pour que je retienne cet élan qui pourtant me semble le plus naturel du monde. J’ai interrogé Georges après son départ. « Elle reviendra, je sais qu’elle tiendra parole » m’a-t-il dit avec un clin d’oeil complice.

    À ce train là, je ne finirai jamais ce Conan Doyle. Je n’arrive pas à lire deux lignes d’affilée. Me reste mon marque page, une vieille fiche Bristol sur laquelle j’ai écrit Un chant dans l’épaisseur du temps de Nuno Judice:

    Dans un coin du café, ce que tu recherches, c’est que le poème
    te dise qui tu es, pourquoi tu te caches, quel est le nom
    de la fille qui t’a regardé fixement.

    Bonne année 2008, Lali. Continue à m’abreuver de peinture, de littérature, de bonne bières et d’histoires belges, parce que ça fait du bien!

    Bouffadou

    Commentaire by bouffadou — 12 janvier 2008 @ 20:57

  3. Comme je suis contente de te lire!
    Super histoire en plus…

    On ne devait pas se faire un pique-nique il y a quelques mois?
    Pas envie d’attendre à l’été, moi…

    Bises à vous trois, et plus spécialement au tout mignon que j’ai hâte de câliner!
    À bientôt?

    Commentaire by Lali — 12 janvier 2008 @ 21:25

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