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On ne sut jamais

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Il recherchait un style – quelque chose qui se posât sur le poème comme un chapeau contre la pluie ou le soleil. Il voulait vêtir le langage, la strophe, le vers, avec l’élégance insolite de l’équilibriste. Il lisait à voix haute les poèmes des autres comme si c’était les siens…

Il bâtissait des chimères; et les laissait partir en fumée sans se préoccuper d’en fixer l’image – finalement, ce dont les poèmes sont faits…

Mais on ne sut jamais ce qu’il advint du poète de Jake Scharbach. Ni de ce qu’il advint du recueil Un chant dans l’épaisseur du temps de Nuno Judice qu’il traînait toujours avec lui et dont il récitait ces extraits ad nauseam…

Et il ne dit plus rien

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Il lui arrive de la regarder sans trop comprendre. Elle qui aimait tant les livres, elle qui disait qu’elle n’aimait que les livres, qu’elle n’aimerait plus jamais un homme, elle qui l’avait affirmé haut et fort et même devant lui… Qu’avait-il bien pu se passer pour que la lectrice de Georges Barthouil bifurque du chemin qu’elle avait elle-même tracé et pour qu’elle brise sa promesse?

Quand il le lui demande, elle le regarde bêtement. Comme si vraiment il fallait tout lui expliquer, alors que les certaines choses ne s’expliquent pas. Oui, elle le regarde comme si vraiment il ne comprenait rien à rien, ce qui est peut-être le cas. Et elle dit : Parce que toi.

Et il ne dit plus rien.

Ce qu’elle avait hâte de rentrer…

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Ce qu’elle avait hâte de rentrer, la lectrice de Georg Schrimpf. Je me demande si elle ne comptait pas les dernières minutes avec impatience. Il est vrai que le livre commencé au réveil était une excellente raison de rentrer. C’est d’ailleurs presque toujours sa seule raison de se précipiter. Ou sinon, le souper qu’elle fera et qui mijotera ou cuira au four pendant qu’elle lit. Mais chut, personne ne sait quand elle dit qu’elle court à un rendez-vous avec Ernest, Jacques ou Didier, qu’elle parle d’un auteur et non d’un homme…

Au fond du vent

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La lectrice de Donald Cantin, même si elle a retiré son foulard, est entrée dans une chanson de Sardou comme j’entre dans certaines toiles. Une chanson qui dit :

Elle attendait, le cœur serré,
Le dernier bateau du courrier.
La mer n’était pas souvent d’huile,
Entre Molène et Belle-lle.

Les cheveux noués dans un foulard,
Elle attendait, au pied du phare,
Un bruit de moteur ou de voile,
Du matin jusqu’aux étoiles.

Elle entendait, au fond du vent,
Comme un espoir du continent.
Avec les marées de l’automne,
C’est fou ce que le cœur frissonne,
C’est fou ce qu’une femme entend.

Elle attendait, le cœur serré,
Le dernier bateau du courrier.
La mer lui renvoyait ses peines
Dans la chanson des sirènes.

Elle entendait, au fond du temps,
Comme un appel de l’Océan.
C’est pas d’hier qu’avec l’automne,
Les marées lassent le cœur des hommes.
C’est fou ce qu’une femme entend.

Jamais en retard

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Elle s’est tellement dépêchée que la voilà prête alors qu’elle a encore du temps devant elle. Qu’à cela ne tienne. La lectrice de Sylvia Gosse ne va enlever ni son manteau, ni son chapeau et se risquer ainsi à se mettre en retard si jamais un article du journal du jour attirait son attention à un point tel qu’elle en oublierait l’heure. Elle aura chaud. Tant pis. Mais jamais, au grand jamais, elle ne sera en retard.

Le ciel bleu de Géraldine

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Il faut des heures de patience pour trier tout ce qu’on accumule sur un PC en deux semaines à peine. Je le sais, j’ai passé la majeure partie de ma journée à le faire… Diaporamas qu’on transmet, photos qu’on examine avant d’en mettre une partie à la corbeille parce que floues ou pour d’autres raisons, bouts de textes commencés qu’on range pour les retrouver, toiles accumulées, les liens menant vers elles… Heureusement qu’il y avait de la musique, heureusement qu’il y avait ma réserve de photos pour rêver et rendre la chose moins fastidieuse. C’est ainsi que dans les photos de Géraldine j’ai retrouvé ce même ciel bleu qu’il faisait sur Montréal aujourd’hui. Je me demande si le blanc est encore au sol…

Les cahiers qu’on brûle

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Chaque soir, elle retrouve ses cahiers, comme d’autres retrouvent les leurs. C’est avec eux qu’elle converse, c’est à eux qu’elle se raconte, qu’elle se livre. Depuis des années et probablement pour encore des années. Chaque cahier terminé est rangé dans une boîte sur la tablette du haut du placard du couloir. Difficile à atteindre. La tentation est probablement moins grande de se relire quand il faut un tel exercice pour les avoir à portée de main. Et puis, se dit-elle, à quoi bon replonger dans des souvenirs? Ils sont là, ils existent, ils ont été vécus.

Ils sont là pour le jour où elle n’aura plus rien à raconter. Pour ce jour où la mémoire flanchera et où elle aura besoin de retrouver les pièces manquantes. Ou alors, elle les aura brûlés. Elle y pense parfois. Puisqu’elle ne veut que personne ne lise ces lignes qui n’appartiennent qu’à elle.

Les cahiers que j’ai noircis pendant près de 20 ans, au jour le jour, comme le fait celle qui écrit peinte par Emmanuel Garant, sont eux aussi dans une boîte. Peut-être pas aussi bien dissimulée que la sienne, mais tout de même. Il est rare que j’ouvre les boîtes. Je n’en vois pas l’utilité. À quoi me servirait-il de relire les traces de jours sombres ou de moments d’exaltation? Je sais qu’ils sont là. Je sais aussi que les cahiers sont là pour ce jour où je me déciderai à aller y glaner quelques phrases avant de brûler le tout.

En vos mots 40

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Les personnages de Gerda Ploug Sarp étaient trop tentants. Je n’ai pas pu m’empêcher de vous les offrir pour ce nouvel En vos mots. Sans savoir s’ils vous inspireront, mais en le souhaitant.

Et comme toujours, vous aurez une semaine pour écrire. Je ne validerai les commentaires que dimanche prochain. Comme je viens de le faire pour la toile de la semaine dernière. Avec bonheur. Comme chaque fois que je constate la fidélité de certains, les traces de d’autres. Je ne pourrai vous nommer tous. Sachez juste que chaque ligne laissée ici est pour moi un instant de bonheur.

Puisse cette toile donner le goût à certains de s’amuser. Écrire, c’est aussi ça. S’amuser. Et même, ça devrait être surtout ça.

Le lecteur de biographies

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Où est le vrai, où est le faux? se demande parfois le lecteur de Carsten Eggers chaque fois qu’il commence la lecture d’une biographie. Il se trouve si souvent confronté à des détails qui lui semblent inutiles, voire disproportionnés, qu’il se demande pourquoi le bibliographe les mentionne. Il se demande aussi si certains auteurs ne versent pas trop dans le misérabilisme par moments, ou s’ils ne délectent pas d’anecdotes sordides.

C’est chaque fois la même chose. Il se laisse prendre au jeu, et au détour d’une page, il y a quelque chose qui ne passe pas. Un détail inutile. Une erreur dans un prénom. Une citation mal formulée. Et le voilà agacé. Pourtant, il sait bien qu’il ira jusqu’au bout. Même si cela veut dire qu’il râlera parfois. Parce que, finalement, la curiosité gagne toujours sur les maladresses, les inversions et les exagérations.

Avec le plus de justesse possible

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Elle voudrait les lui déclamer comme ces vers méritent d’être déclamés. Avec le plus de justesse possible. Du mieux qu’elle pourra le faire. Pour qu’ils dégagent ce qu’elle aimerait faire ressortir d’eux.

Et pour ce, la lectrice de Cristina Remacha essaie diverses tonalités, s’essaie à des accents, murmure les mots plutôt qu’elle ne les dit. Sans savoir si elle y arrivera. Sans savoir si le poème du Brésilien Carlos Drummond de Andrade (dans La machine du monde et autres poèmes) saura transmettre à celui à qui elle le destine ce qu’il doit transmettre.

Et pourtant, si elle savait. Il n’y a qu’avec le cœur qu’on puisse dire tout haut :

Le monde est grand et tient
dans cette fenêtre sur la mer.
La mer est grande et tient
dans le lit et la couche où s’aimer.
L’amour est grand et tient
dans le bref espace du baiser.