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Elle sait

gestel

Elle sait qu’un jour il l’embrassera à nouveau avec fougue et que le chignon délicatement fixé se défera sous ses doigts. Elle sait comme elle sait tant des choses qu’elle affirme à haute voix comme si elles étaient des évidences.

Et chaque fois, il regarde la lectrice de Leo Gestel, fasciné. On pourrait même dire ébloui. Devant une telle assurance. Comme si elle ne doutait de rien, alors qu’il sait très bien qu’elle doute de tout. Enfin, de presque tout. Mais pas d’eux.

Elle qui ne vit que de vivre

carmody

Depuis trois mois qu’elle tourne les pages, qu’elle s’arrête à un poème, à une strophe, à quelques mots. Inlassablement.

Elle sait depuis le premier jour que Le Gardeur de troupeaux de Fernando Pessoa ne la quittera jamais, qu’il sera toujours là, dans son sac, sur sa table de chevet, sur le sofa. Toujours près d’elle. Parce que tellement de mots qui la font réfléchir. Tant d’autres qui la font sourire. Comme si elle se reconnaissait dans les questions. Comme si ces petits détails de l’existence exprimés par le grand poète la révélaient à elle et que la lectrice de Martha O. Carmody saisissait ce qu’elle avait toujours su :

Oui, même moi, qui ne vis que de vivre,
invisibles, viennent me rejoindre les mensonges des hommes,
devant les choses,
devant les choses qui se contentent d’exister.

Qu’il est difficile d’être soi et de ne voir que le visible!

Celle qui a longuement hésité

r_gauduchon

Elle a longuement hésité. Toujours cette peur en elle de déranger. Cette peur qui la retient chez elle par peur que les autres la trouvent trop contemplative, trop rêveuse. Par peur qu’ils veuillent qu’elle bouge à tout prix, alors qu’elle est si bien à regarder la vie qui s’agite, alors qu’elle est heureuse de la lumière du jour sur le jardin de ses amis loin de la ville, alors qu’elle tourne les pages d’un livre.

Oui, elle a longuement hésité.

Et quelque part, là-bas, peut-être au fond du jardin, il y a là des gens qui regardent la lectrice de Richard Gauduchon et qui sont heureux. Juste parce qu’elle est là et qu’ils savent qu’elle est heureuse, avec eux, même si souvent dans son monde à elle. Juste parce qu’ils savent aussi que tout à l’heure elle sortira de sa bulle, qu’elle leur racontera le bonheur du paysage qui est le sien en ce moment, qu’elle leur lira peut-être un passage ou deux et qu’elle se lèvera de table pour les embrasser. Le plus naturellement du monde. Parce qu’il n’y a pas d’autre manière.

Les dates

schulte 3

Elle a beau tourner les pages, tenter de se concentrer. Aujourd’hui, tout cela semble impossible à la lectrice de Philippe Schulte. Son esprit est accroché aux dates du calendrier. Qu’elle tourne et retourne dans sa tête comme si sa vie s’était jouée à une date précise et à aucune autre. Est-ce le cas? Peut-être bien. Il est des dates qui restent gravées à jamais pour une raison ou pour une autre.

La lectrice qui écoute du jazz

jussi_t

La lectrice de Jussi Taipaleenmäki semble s’être endormie sur son livre ouvert, mais détrompez-vous. Je crois qu’elle fait ce que je fais aussi. Elle se laisse bercer par la musique que portent jusqu’à elle les ondes de Couleur Jazz. Plaisir qui pourrait aussi être le vôtre, puisque Couleur Jazz s’écoute aussi en ligne. Je dis ça comme ça…

Les livres décoratifs

czobel 5

Il pose. Fièrement, en plus. Mais on ne sait pas si le personnage de Béla Czobel est un lecteur ou s’il n’aime que les belles reliures, le côté décoratif et pour bien paraître de l’objet livre, qui donne le sérieux à une pièce, surtout quand on est avocat ou homme d’affaires réputé.

Et tout cela me rappelle une histoire qu’on m’a racontée.

Il était une fois un homme riche qui pouvait s’offrir tous les plus beaux livres avec des reliures de cuir. Il en avait un mur plein. Celui qui m’a raconté l’histoire a pris un livre au hasard. Un titre de la collection La Pléiade, chez Gallimard. Ils étaient tous là, soit dit en passant. Derrière une vitre.

Le type en question a juste eu le temps d’entendre le crouch que fait un livre qu’on n’a jamais ouvert et le cri d’horreur du propriétaire des lieux. On pouvait regarder, mais ne pas toucher. Les livres étaient des bibelots coûteux qu’il ne fallait pas abîmer. Ouch!!!

Et dire que moi, je laisse traîner mon Yourcenar dans La Pléiade comme s’il s’agissait d’un livre de poche bon marché. Je dois être vraiment fêlée, mais moi, je l’ai lu et même prêté!

L’orgue de Barbarie

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C’était peut-être son rêve. Peut-être a-t-il attendu l’heure de la retraite pour promener l’orgue de Barbarie, hérité d’un oncle ou d’un grand-père, dans les rues de Genève. Peut-être a-t-il fait ça toute sa vie, et le fait-il depuis peu accompagné de son chat? Peut-être que Denise, qui passait par là, peut nous en dire plus?

Des pas?

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Elle a levé la tête. Un bruit. Des pas? À cette heure-ci? La lectrice d’Aaron Harry Gorson connaît pourtant tellement bien les habitudes des gens qui habitent son immeuble que le son à demi feutré qui l’a fait quitter son livre lui semble bien anormal. Pas à cette heure. Il est bien trop tard pour une visite chez son voisin de palier ou chez la vieille dame du rez-de-chaussée.

Elle connaît si bien le silence des heures précédent le changement de date que ce bruit ne peut être qu’incongru. Un intrus? Un animal?

Et si elle laissait faire? Si, pour une fois, elle n’allait pas voir à qui appartiennent ces pas improbables? Si elle restait là à tourner les pages de son livre?

Plus rien. Le silence est revenu.

Soulagée, elle se dit qu’elle n’aura plus à se demander si elle devra bouger ou non.

Signé Géraldine

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Géraldine m’a encore offert plein de photos. Denise et Armando aussi. Nous aurons amplement de quoi rêver tout l’hiver. Des fleurs et des arbres tout en couleurs, des lacs, des scènes émouvantes. Oui, nous aurons de quoi rêver. Et pour tout de suite, un paysage signé Géraldine. Tentant. Très, très tentant.

Au nom de ce qui compte

jaz

Il y avait au mur des tableaux. Des livres partout. Des souvenirs de toutes les époques. Peut-être même des photos.

La lectrice de Jan Adam Zandleven n’a conservé que quelques livres, un bibelot ou deux, peut-être un tableau. Des musiques. Des photos qu’elle n’a jamais classées.

Car un jour vient où on ne s’encombre plus d’objets. Où ce qu’on porte en soi de souvenirs a plus de valeur que tout le reste. Et on laisse derrière soi l’inutile. Au nom de ce qui compte, de ce qui devrait toujours compter.