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J’aime penser que…

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J’aime penser quand je regarde ces croquis que l’artiste Adolf Pirsch aimait qu’elle soit dans la même pièce, pas trop loin, à lire ou à écrire. J’aime penser qu’il n’avait pas ce besoin qu’ils fassent la même chose, au même moment, et ensemble, pour qu’ils soient heureux. J’aime penser que sa présence lui suffisait, le ravissait.

J’aime penser, oui, que c’est posssible, de vivre ainsi, sous le regard de l’autre qui nous laisse vivre hors de lui. Malgré le fait que dans une autre vie qui n’est plus la mienne depuis longtemps, je subissais des reproches si je préférais m’isoler avec un livre au lieu de regarder un truc insipide à la télé à deux qu’il avait choisi et non pas un film comme j’aurais aimé, moi. Mais tout cela est si loin. Si loin que je puis penser – et rêver – que ce que je vois dans ces dessins est possible. Même pour moi qui n’ai jamais connu ça.

Oui, j’aime cette idée de quelqu’un qui me laisse à mes livres et me dessine tandis que je suis en train de lire. Jusqu’à ce qu’il dessine des caresses à même ma peau et que je laisse là mes livres et mes papiers pour un ailleurs à deux.

Ce bonheur qui est le mien

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J’aime ce bonheur fait de solitude où je me retrouve avec mes livres et les mots, un peu à la manière de celui de la lectrice de Robert Alexander Graham. Mais un bonheur qui n’est entier que parce que d’autres en font partie. Chantal, par une lettre qui a traversé l’océan depuis Brest avec une photo récente des enfants. Régis que j’ai appelé parce que j’avais besoin d’un conseil linguistique. Jean-Marc dont j’ai trouvé les mots sur MSN, laissés là pour le moment où je l’ouvrirais. Roch, qui fait appel à mes connaissances littéraires, lui aussi par courriel, après un an sans nouvelles. Chantal, l’amie des 17 ans, qui a laissé un message sur la boîte vocale du téléphone cellulaire et que j’appellerai demain. Et tous ces messages laissés ici comme autant de signes de vie et d’amitié.

J’ai beau aimer la solitude, je ne suis pas seule pour autant. J’ai beau aimer la compagnie des livres et du papier, je n’aime pas moins les soirées entre amis, les repas partagées et les fous rires à deux ou plus. J’ai beau, pour certains, vivre en recluse, on n’a pas à chercher à me convaincre bien longtemps pour que je sois de la partie quand j’en ai envie. Un peu comme un chat dont le bonheur est de choisir son heure pour une caresse sur son dos et qui, le reste du temps, vit un bonheur paisible.

Tandis que j’écris

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Est-ce le souvenir de cette journée d’amitié qui fait que je n’aie pas envie de dormir ? Est-ce le repas gargantuesque que nous avons pris ? Est-ce l’excitation de valider dans un peu plus de cinq heures les textes reçus en cours de semaine ?

Ou est-ce toujours et encore ce besoin d’écrire, de dire, de raconter qui me tenaille ? Ce même besoin qui semble être celui de celle qui écrit peinte par Georg Friedrich Adoplh Schöner ? Ce besoin qui fait rentrer chez soi en courant pour pouvoir écrire, qui fait aussi que toute la journée on griffonne ici et là des phrases sur des bouts de papier ? Celui-là même qui fait qu’où on soit, il n’est pas rare de sortir un stylo et de laisser l’inspiration nous gagner, peu importe la foule ? Celui qui, aussi, par moments, isole, parce qu’écrire se fait dans la solitude ?

Il y a un peu de tout cela cette nuit. On ne peut pas vivre de beaux moments sans les revivre encore et encore. Et tandis que j’écris, je revois nos sourires, le partage. Et tandis que j’écris et que mes amis d’outre Atlantique sont sûrement debout alors que ceux d’ici dorment, je suis bien. Il y a encore tant à raconter et le café de la nuit ne goûte pas celui du jour.

Plus que huit heures

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Et dans quelques heures il sera temps de valider ces billets inspirés par la toile du dimanche. Ils ne sont pas arrivés sur de jolies feuilles de papier comme la lettre que parcourt la lectrice de Dale Bedford, mais je les lis avec la même attention qu’elle a pour les mots.

Je suis déjà émue. Je sais que vous le serez aussi puisqu’il s’agit d’un moment de partage.

Plus que huit heures. Pour que vous puissiez lire les histoires de chacun et de chacune. Pour que je trouve un nouveau tableau pour vous inspirer.

Rester au lit avec un livre quand il pleut

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Il me semble que je ferais bien comme la lectrice de Yuri Bogatyrenko aujourd’hui : rester au lit avec un livre. D’autant plus que le temps est maussade, après plusieurs jours de soleil. Et bien entendu, il fallait que ça arrive un samedi!

Mais je ne pourrai pas me permettre ce luxe, car je dois terminer une fastidieuse révision. Tout ça parce qu’hier j’ai continuellement été dérangée par les uns et les autres, ce qui a fait que je n’ai pu avancer comme je l’aurais voulu… Mais bon, je ne compte pas y passer la journée. Et de plus, je ne compte pas m’y mettre immédiatement : il y a des toiles qui me demandent que je parle d’elles, impatientes.

Tout de même, ce bonheur de rester au lit avec un livre quand il pleut… Demain ?

Un décor qui n’est pas le mien

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Tout est bien rangé. La lectrice d’Adrienne Von Poetting n’est pas de celles qui empilent ou qui lisent plusieurs livres à la fois.

Et à regarder ce décor, je ne peux penser qu’à Carl, ce vieil ami dont j’ai perdu la trace. Carl vivait alors dans un appartement où tout était impeccable. Jamais une tasse dans l’évier, jamais un journal sur la table à café, le lit toujours fait, les serviettes bien pliées. Sa mère pouvait venir le visiter n’importe comment : le fils avait retenu sa leçon. Elle pouvait être fière de lui.

Mais il s’ennuyait dans son appartement bien astiqué. Et comme il habitait à un paté de maisons, il débarquait pour un oui ou pour un non. Pour une bière ou un café. Mais surtout pour être dans un lieu qui lui paraissait habité. Il le disait tout haut. Il aimait mes piles. Il aimait qu’il y ait des livres partout. Il aimait que ça sente la vie. Et rien n’a changé depuis cette anecdote qui remonte à vingt ans. Les piles sont toujours là et je ne me fatigue pas à plier les serviettes bien comme il faut chaque fois que je les utilise. Si je le revoyais, il me reconnaîtrait dans cette façon d’être en vie, c’est-à-dire éparpillée et ramasseuse.

Carl a-t-il fini par habiter un lieu, à y laisser sa trace ou a-t-il continué de vivre dans son décor où rien ne retrousse ? Ou sommes-nous déjà à 20 ans ce que nous serons toujours ?

Dans les livres

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Lui arrive-t-il d’avoir envie, tandis qu’elle lit, que quelqu’un la connaisse si bien qu’il pose une tasse de café devant elle sans qu’elle n’ait à le demander ? Lui arrive-t-il aussi d’imaginer les bras d’un homme autour d’elle, quelques minutes, tandis qu’elle tourne les pages, ce même homme qui la laisserait à son livre parce qu’il est heureux de son bonheur et qu’il n’y verrait pas là un instant qu’elle lui vole ?

Ces images que je glisse dans l’esprit de la lectrice d’Émile Bernard sont-elles les siennes ou les miennes ?

Moi qui ai, pendant de longues années, profité du sommeil de l’homme pour lire, n’ai aucune idée de ce que peut être quelqu’un qui me laisserait à mes livres. Moi qui, ces mêmes années, ai quelquefois demandé des bras autour de moi, et lesquelles étreintes étaient minutées et ponctuées d’un C’est assez ?, ne sais pas plus ce que peut être la tendresse gratuite. Du moins celle qu’on imagine dans l’amour, puisqu’en amitié j’ai toujours été gâtée et sans jamais avoir à demander.

A-t-elle un parcours semblable au mien ? Ou est-ce moi qui me vois en elle ? A-t-elle connu quelque chose que je n’ai pas connu ou le vit-elle, comme moi, dans les livres ?

Déjà sept!

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Je me réjouis de constater que la toile de Kirsten Soderlind a déjà inspiré sept d’entre vous depuis dimanche. C’est un des bonheurs du jour. Il y a aussi dans ces bonheurs le fait qu’il y ait encore cinq jours avant que je ne valide ces textes… et je l’espère, quelques autres!

Un bonheur que je savoure, même si je suis un peu fatiguée ce soir, si fatiguée que je viens à peine de me lever après une sieste prolongée et entamée presque dès que je suis rentrée. Une sieste de laquelle s’éveille peut-être aussi la lectrice de Didier Caudrelier qui reprend tranquillement ses esprits.

Des livres partout

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C’est quand j’entre dans une pièce nue, sans toile au mur, sans livres sur des rayons ou éparpillés sur des tables, que je sens un malaise en moi, non pas quand je me retrouve dans un bureau comme celui du lecteur de Sarah Yuster.

Tout de suite, j’ai envie de m’asseoir là. Tout de suite, j’ai envie de prendre un livre au hasard, de voir ce qu’il lit. D’emblée, cet homme me fait bonne impression. Il me rappelle Émile. Il me rappelle Émile et nos conversations au milieu des livres qui couvraient tous les murs du plancher au plafond dans son bureau de professeur à l’université. Émile dont je pouvais pousser la porte n’importe quand. J’arrivais parfois avec un livre sous le bras et une fois sur trois je découvrais qu’il l’avait lu ou qu’il faisait partie de ses prochaines lectures, puisque le même livre était là, quelque part sur le bureau.

Je me sentais bien dans ce bureau avec cet homme qui aimait les livres. Si bien que je pouvais parler de tout ce que j’avais en tête. Et je n’étais pas la seule à le faire. Émile me parlait de sa vie à Rome autrefois, de ses enfants, de théâtre, de Paris. Jamais il n’y a eu autre chose que de l’affection entre nous, même si je crois que ça a fait jaser dans les corridors. Je n’en avais rien à faire et lui non plus. Il y aura toujours des gens pour médire et on n’y peut rien.

Plus de vingt ans ont passé depuis ces moments privilégiés entre nous. Je n’ai jamais croisé Émile depuis que j’ai quitté l’université. Il est peut-être encore entouré de livres, non plus à l’université mais chez lui. Et peut-être a-t-il dans sa vie une petite-fille ou un petit-fils qui vient s’asseoir avec lui pour écouter ses histoires et lui raconter les siennes, comme je le faisais. Je le lui souhaite.

Mallarmé posant pour Manet

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Est-ce lorsqu’Édouard Manet le peignait que Stéphane Mallarmé a lu à son ami la phrase: La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres ?

On peut le supposer. On peut tout supposer quand on regarde une toile. On peut tout supposer quand on voit les doigts du poète sur les feuilles manuscrites, quand on voit ce regard lointain, presque désabusé.

Comment en arrive-t-on un jour à deux telles affirmations dans une même phrase ? Chaque fois que je tombe sur cette phrase, je me pose la question. Va pour la première partie, il y a des moments comme ça, mais la deuxième ? Il me semble que je n’aurai, moi, jamais assez d’une vie pour lire tout ce qui me fait envie!