Lui arrive-t-il d’avoir envie, tandis qu’elle lit, que quelqu’un la connaisse si bien qu’il pose une tasse de café devant elle sans qu’elle n’ait à le demander ? Lui arrive-t-il aussi d’imaginer les bras d’un homme autour d’elle, quelques minutes, tandis qu’elle tourne les pages, ce même homme qui la laisserait à son livre parce qu’il est heureux de son bonheur et qu’il n’y verrait pas là un instant qu’elle lui vole ?
Ces images que je glisse dans l’esprit de la lectrice d’Émile Bernard sont-elles les siennes ou les miennes ?
Moi qui ai, pendant de longues années, profité du sommeil de l’homme pour lire, n’ai aucune idée de ce que peut être quelqu’un qui me laisserait à mes livres. Moi qui, ces mêmes années, ai quelquefois demandé des bras autour de moi, et lesquelles étreintes étaient minutées et ponctuées d’un C’est assez ?, ne sais pas plus ce que peut être la tendresse gratuite. Du moins celle qu’on imagine dans l’amour, puisqu’en amitié j’ai toujours été gâtée et sans jamais avoir à demander.
A-t-elle un parcours semblable au mien ? Ou est-ce moi qui me vois en elle ? A-t-elle connu quelque chose que je n’ai pas connu ou le vit-elle, comme moi, dans les livres ?
Commentaires récents