Il me semble que je viens à peine de vous proposer une scène livresque pour le millième En vos mots. Pourtant, une autre semaine s’est écoulée, et nous voici aux portes de juillet. L’été filera-t-il lui aussi à toute vitesse? J’espère que non!
Pour le moment, je vous propose de donner vie à cette illustration signée Matylda Konecka, que je trouve pleine de fantaisie. Prenez le temps de l’examiner sous tous les angles avant de laisser aller votre imagination; aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.
2 réponses
J’ai franchi ton seuil enfin, il y a peu, tout imprégnée de ce geste sacré.
Je ne connaissais de la maison que sa façade. Et ce que tu m’en avais conté.
J’imaginais parfois la pièce du haut, celle d’où tu me parlais au téléphone, celle où tu vivais, sous la verrière.
Je la voyais deux fois plus vaste, la calquant sur l’espace que j’occupe chez moi avec un coin cuisine, alors que ta cuisine se trouve en réalité séparée.
Je me représentais ton plafond plus haut, et la verrière plus arrondie, plus ancienne, dans ce logis datant du début du siècle passé.
La terrasse à l’entresol ressemble le plus à ce que j’avais perçu de tes descriptions. Elle est juste beaucoup plus belle, sa sobriété contrastant étrangement avec l’encombrement presque invraisemblable de l’intérieur de l’habitation. A cet endroit, que tu aimais, juste quelques bouteilles intensément bleues, renversées dans une vasque.
Le jardin, par tes soins, est lui aussi très sobre, en même temps que si original. Tu me parlais d’un bassin, que tu avais dû récemment recimenter. Mais ce que tu y as créé est un genre de cascade, et au ciment tu as donné une magnifique brillance d’un clair orangé.
Je n’arrivais pas à t’imaginer colmatant ton toit, montant sur ton échelle chargé de tout ton matériel. Je dois dire que je préférais ne pas y penser. Advienne que pourra, me disais-je, consciente que rien ni personne ne pourrait t’arrêter dans ta décision entêtée, pas même ton sens de l’équilibre diminué. Tu m’assurais que tu n’y allais que quand tu le sentais. J’avais décidé de calmer mes inquiétudes. Et de te faire confiance.
De fait, tu t’es éteint dans un lit, et non pas le corps anéanti par une chute de quinze mètres sur le trottoir.
Ah ce toit ! Il t’en aura donné du souci. Perçant de partout. Quand un côté était réparé, cela se mettait à fuir d’un autre. Et tu ne savais que rarement si entre deux pluies ton travail aurait le temps de sécher.
J’étais plus tranquille quand tu peignais tes toiles. Mais en même temps que tu avais cessé de venir me voir, tu t’étais arrêté dans ta dernière vague. Ta « dernière vague », c’est ainsi que tu avais appelé ce regain d’envie pour exercer tes talents de peintre. Avec le recul , je comprends que j’ai été moi aussi ta dernière vague. Une vague d’amour impétueuse et même torrentielle, quoique d’une infinie douceur aussi, qui était venue nous surprendre et par laquelle tu as sans doute craint de te trouver submergé. Tu préférais te sentir débordé par tes travaux de rénovation, qui t’étaient lourds mais auxquels tu étais habitué. Te sentir envahi par ces contingences te paraissait probablement bien moins dangereux que de te laisser inonder d’amour.
Maintenant, de l’autre côté, là où tu te meus dans la grâce et une si belle luminosité, l’amour ne te fait plus peur. Et je peux te sentir tout près de moi, tout comme avant. Encore beaucoup mieux même.
Nous allons devoir vider ta maison. Tu me parlais parfois de tout ce que ta descendance allait y trouver à défricher. Jusqu’ici le déblaiement n’a qu’assez peu avancé. Quelques livres ont été donnés, déposés sous les fenêtres du rez-de-chaussée. Une part des papiers a été triée. J’ai proposé mon aide. Mais les démarches suite à ton envol, et la déferlante de chaleur qui s’est abattue partout ces dernières semaines, ont quelque peu ralenti l’ardeur de nos efforts.
Ce soir, un peu de fraîcheur est revenue. Nous aideras-tu, cher J., en continuant à nous apporter ton soutien, ton secours, pour continuer à mener à bien l’ouvrage? Merci à toi pour cet appui. Je le sens très perceptible. Et vivement palpable.
C’est une histoire orale, qu’on transmet entre enfants d’un monde perdu. Une histoire vraie.
Il était une fois. Il y a longtemps. Dans un pays à la portée de nos cœurs, un enfant seul n’avait que pour amis les seuls mots des livres. Et de mot en mot, sa famille était devenue si nombreuse qu’il s’endormait chaque soir, en rêvant de voyages et des mots nouveaux.
Un soir de vent et de tempête, il jure avoir vu les mots s’envoler, oiseaux peureux, vers de nids imaginaires, où ils ont trouvé refuge.
Les adultes ont d’abord souri. Sarcastiques et moqueurs. Avant le mépris. Les enfants ne sont que des bonimenteurs. Capables de dire ce qui leur passe par la tête. Rien que pour on leur donne un peu d’attention.
L’enfant blessé a grandi en silence. Seul.
Jusqu’au jour où il a franchi les portes d’une vieille librairie. Henri-Julien. Et il a retrouvé, ému et heureux, ses seuls amis d’enfance. Devenus des livres.
C’est une histoire orale. Une histoire vraie. Une histoire qui me vient de l’enfance.