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Les dernières heures…

huan

Et dans quelques heures il sera temps de valider vos billets et d’installer une nouvelle toile. Et, telle la lectrice de Tran Quang Huan, je relis chacun d’eux avec application.

Chacun parle de vous, chacun parle de la toile d’Alberto Pla y Rubio. À sa manière.

J’aime décidément beaucoup ces dernières heures d’une toile, ces dernières heures qui vont peut-être inspirer un dernier texte. Ces dernières heures qui me permettent de fureter dans ma galerie pour choisir le tableau de la semaine, celui qui s’exprimera en vos mots.

Lali… seuse

lali2

La toile n’est pas encore vernie. Elle était déposée au sol et la photographie montre la majeure partie du tableau.

Voici Lali.
Voici « Lali… seuse », titre qu’a donné Kapelier au tableau.
Voici ce tableau qui doit me représenter assez bien, puisque quand je suis arrivée au vernissage hier, la personne qui m’a accueillie – et que je connaissais pas – a dit : Voici la liseuse!

Pour tout vous dire, je suis émue.

Dans l’éclatant soleil du jour

dunlop

L’éclatant soleil du jour, et probablement l’excitation de partager avec vous cette toile où je suis, m’ont fait me lever très tôt. D’autant plus tôt qu’il est samedi et que la majorité des gens profitent d’un jour comme celui-ci pour traîner un peu au lit.

Et avant de me jeter à l’eau, si c’est vraiment se jeter à l’eau que de m’étaler ainsi sur mes pages, j’ai ouvert mon album de toiles, comme la lectrice de Brian Dunlop a ouvert un livre. Dans une lumière quasi identique.

Et j’ai regardé tous ces tableaux à venir, toutes ces lectrices, tous ces lecteurs. Toutes ces toiles qui me font écrire. Tous ces tableaux si différents les uns des autres. Cet univers paisible de mots et de couleurs qui est devenu mon quotidien.

Et j’ai pensé que ça allait être une magnifique journée. Entre le soleil, du café, un peu de lecture, quelques pas dehors et mes toiles.

Entre les rayons

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La deuxième des lectrices est entrée dans une librairie de livres usagés, la première dans une de ces grandes surfaces où il y a même des fauteuils pour lézarder. Dans les deux cas, les lectrices d’Elizabeth Kresch semblent avoir trouvé leur bonheur. L’une le tient sous le bras comme le plus précieux des trésors, l’autre est déjà plongée dedans et le savoure.

L’une et l’autre ont choisi un lieu qui leur convient. Et même si je ne suis pas friande des immenses librairies qui se ressemblent toutes et qui ont en inventaire les mêmes livres d’un magasin à l’autre, parce que probablement j’ai travaillé dans une librairie indépendante une grande partie de ma vie, je ne peux nier leur existence et dans certains cas, leur convivialité. Par contre, je reste une inconditionnelle des librairies d’occasion, parce qu’il me faut chercher et que j’y fais toujours des trouvailles. Parce que, de plus, elles possèdent dans la plupart des cas une certaine personnalité et que je sais d’avance que dans l’une je ne trouverai pas ce que je trouve dans l’autre.

Les librairies font parties de ces lieux magiques de l’enfance et de la vie tout court. Ces lieux dont, je crois bien, je ne me lasserai jamais.

Renouer avec soi

boston school

Il me semble retrouver dans cette toile non signée de l’école de Boston un peu de moi ces quelques jours de juillet 1992 à Plouharnel. J’allais ainsi avec un livre écouter la mer et tourner les pages. Il y avait peut-être des gens pas très loin, mais je n’en ai nul souvenir. Je n’ai que cette image de moi assise là près de la mer, avec un livre, tentant de démêler en moi ce qui restait de quelques rêves défaits. Et certains jours, il me semble que ce serait là, uniquement là, que je pourrais renouer avec moi-même. Mais je sais que ce n’est pas le lieu qui compte. Je le sais trop bien. Pour renouer avec soi, il faut entrer en soi et accepter ce qu’on est et a été.

Sur la table

colin

J’ai apporté du bureau un gros document dont je dois réviser la traduction. Fastidieux, devrais-je ajouter. Il est posé sur la table et m’attend, comme ce qui semble attendre aussi la lectrice de Maximilien Colin puisque sa petite table est elle aussi jonchée de feuilles.

Comme moi, elle ne semble pas pressée de se mettre au travail. Et peut-être fera-t-elle comme moi et va-t-elle y aller petit à petit, par blocs, pour ne pas devenir ahurie. C’est ce qui m’arrive quand je fais face à un long document à réviser et à « coller » à d’autres sur le même sujet. En faisant ça par petits bouts, ça risque moins de me sortir par les oreilles

Je crois que je vais laisser encore une heure les 60 feuilles de côté et me faire un autre café. Tout de même, il me faut être d’attaque pour un travail de cette envergure et le café saura y faire… un peu. Le reste est dans la préparation mentale!

Instant de tendresse

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Il y a tellement de tendresse dans la toile d’Abbott Fuller Graves que quand je l’ai trouvée ce soir, je n’ai pu la ranger au milieu de ma galerie à venir qui dépasse maintenant 3300 tableaux. Non, pas question que je la laisse patienter, il fallait que je la partage tout de suite.

Ceux et celles qui ont eu le bonheur d’avoir un grand-père qui leur a enseigné les rudiments de la lecture comme l’amour et le respect des livres, dont je suis, se reconnaîtront dans ce tableau. Ces moments de parfaite communion et d’amour sont de ceux qui restent gravés toute la vie durant.

Mon petit privilège

peydus

Décidément, j’aime beaucoup la catégorie En vos mots, créée à votre intention. Dès que la toiles est installée le dimanche, je suis là à me demander, ce qu’elle a susciter de mots et d’images pour vous. Et avec le regard de la lectrice d’Alexey Peydus, je vous lis bien avant que vous ne le fassiez. C’est mon petit privilège à moi.

C’est chaque fois la surprise de voir les histoires qui naissent, qui se tissent, qui prennent de l’ampleur. Car les textes sont de plus en plus longs, même si moins nombreux.

Une toile peut inspirer l’un et pas l’autre. On peut aimer regarder une toile sans avoir envie de la raconter. On peut aussi préférer lire ce que les autres ont écrit. Et c’est sûrement cette liberté que j’aime aussi. Cette possibilité que chacun choisisse sa manière d’entrer dans la toile.

Redécouvrir le(s) ciel(s)

lainez 1

lainez 2

lainez 3

C’est il y a quatre ans que j’ai redécouvert le ciel, après une année où il a perdu graduellement toutes ses nuances pour devenir gris en permanence, même quand il était d’un bleu éclatant. C’est d’ailleurs l’indice qui a été probant dans la décision d’aller consulter. Oui, je voyais moins bien. Oui, je voyais moins loin. Oui, j’avais de plus en plus de mal à lire les petits caractères.

Mais c’est quand je n’ai plus perçu les bleus un jour d’octobre 2003 qu’il a fallu me rendre à l’évidence. Quelque chose n’allait pas. Mais vraiment pas. Verdict : cataractes. Au même âge que mon père. Joli cadeau que l’hérédité, parfois…

L’hiver qui a suivi a été le plus sombre de ma vie en terme de lumière. Déjà que les heures d’ensoleillement ne sont pas nombreuses, il fallait ajouter à cela que je n’en percevais plus l’éclat. Gris, tout était gris. Même mes yeux dans le miroir avaient tendance à le devenir alors qu’ils sont d’un vert doré qu’on ne peut confondre avec le gris.

Et puis est arrivé ce jour de mai 2003, le 7, précisément. Ce jour où on a incisé la pupille pour me redonner les couleurs. C’est 48 heures plus tard que je les ai retrouvées, un jour de soleil et de ciel vraiment bleu. Et même si un seul des deux yeux a été opéré en mai 2003 – le deuxième l’a été cinq mois plus tard -, je sais que dès ce jour de mai, ma vie n’a plus été pareille. Je sortais de ma longue nuit.

Et peut-être mon enthousiasme pour le moindre pan de ciel bleu, pour les levers de soleil flamboyants, pour les teintes variées des fleurs et des tissus, est-il revenu à ce moment. Et peut-être aussi mon goût pour lire dehors, comme la lectrice et le lecteur de Carlos C. Lainez qui, probablement aussi, se laissent distraire, comme c’est mon cas, par le ciel autant que par les mots.

Pour Ève en ce jour de ses 17 ans

shisler

Elle est loin cette époque des cheveux longs et des livres d’images pour ma filleule. Elle est loin pour celle qui fête ses 17 ans aujourd’hui, mais qui a été un jour une lectrice semblable à celle de Sally Cummings Shisler.

Car dans la tête de la marraine que je suis, il y aura toujours, quand je ferme les yeux, une image comme celle-ci. Il y aura toujours au creux de mes bras cette puce prématurée de moins de trois kilos de quelques heures à peine. Il y aura pour la vie les souvenirs de journées bricolage. Un après-midi à faire des tartes aux pommes. Et beaucoup de livres. Ceux de mon adolescence, entre autres, que je lui ai tous légués, parce que je voulais les partager avec elle et parce que je savais qu’ils seraient bien avec elle.

Ève, toi qui me dépasses d’une tête désormais, puisses-tu toujours aimer les livres, comme tu les as aimés dès que tu as pris conscience de leur existence. Puisses-tu aussi écouter ton cœur le plus souvent possible et trouver le bonheur dans chaque petit moment que la vie nous donne. Et ne jamais oublier tes 17 ans : c’est un des âges les plus beaux de la vie.