Commentaires récents
Admin:
Archives:
Les vers de Yolande 6

tu touchais ma main
et la lumière du monde passait dans mon corps
tu m’aimais
tu m’apprenais le nom des choses
ta version des choses
c’était la vie en rose

Yolande Villemaire, D’ambre et d’ombre

*choix de la lectrice de Paul de la Boulaye

Pour aimer l’hiver

Qui n’aime pas spécialement l’hiver et qui apprécie la première neige mais beaucoup les suivantes pourraient presque oublier à quel point cette saison n’en finit pas chez nous et même l’apprécier tant l’album Comme neige de Béatrice Fontanel et Laurence Ottenheimer est magnifique.

Toiles, photos et textes se voient ici réunis afin de nous montrer à quel point la neige a inspiré les uns et les autres, créant des atmosphères et des situations qui sont propres à la saison hivernale. Alors que j’ai de plus en plus de mal chaque année à affronter cette saison qui m’inspire si peu et ne me donne pas très envie de prendre des photos, j’ai eu beaucoup de plaisir à parcourir ce très bel album qu’on pourrait facilement laisser sur la table du salon pour en partager les richesses avec ses invités.

Des toiles m’ont touchée plus que d’autres, notamment Le sentier perdu de Frederick Walker, Saint-Moritz de Tamara de Lempicka et Heart of Snow d’Edward Robert Hughes. Ainsi que ces vers signés Garcia Lorca :

La neige de l’âme a ses
Flocons de baisers, d’images
Qui s’enfouissent dans l’ombre
Ou le jour de la pensée.

Comme neige, un livre qui a presse réussi à me faire aimer l’hiver…

Le temps d’un après-midi

Parfois faire de son lit une île ou un bateau. Peut-être même une maison ou un pays. Le temps d’un après-midi ou davantage. Y apporter tout ce dont on a besoin. De quoi écrire et des livres.

Lire une centaine de pages. Noter une phrase.
Et puis se laisser gagner par le sommeil.
Et rêver qu’on est sur une île ou un bateau.

Et oublier qu’il neige dehors.

*toile de Marco Lami

Les couleurs de l’hiver

J’ai beau ne pas beaucoup aimer l’hiver, je dois avouer que les ciels de cette saison, notamment le matin, ont quelque chose de magique certains jours!

Les vers de Yolande 5

rencontrer vos yeux en rêve
leur répondre
dans la nuit des temps
vous attendre avec des roses blanches
vous attendre
rencontrer vos yeux
quelque part dans le temps

Yolande Villemaire, D’ambre et d’ombre

*choix de la lectrice de Guy Baron

Dépaysement garanti

Dès les premières lignes du Brodeur, le premier roman de Bianca Joubert, lauréate du Prix de la nouvelle de Radio-Canada en 2008, tout lecteur qui n’a jamais mis les pieds en Afrique se trouve dépaysé, voire même déstabilisé. C’est ce qui est arrivé à l’auteure, journaliste pigiste, qui a eu l’occasion de fouler le sol africain plus d’une fois, en commençant par le Burkina Faso où se déroule ce roman empreint de poésie, où la lumière domine, où les couleurs vous font cligner des yeux, où les images s’additionnent et créent une toile dans laquelle s’insèrent les différents personnages.

La narratrice, le temps d’un programme de coopération internationale, à l’instar de l’auteure, débarque au Burkina Faso. Nous ne savons pas exactement quel sera son rôle au cours de son séjour et nous ne le saurons pas non plus. L’histoire se passe ailleurs. En dehors des raisons pour lesquelles elle est là. Dans les liens qu’elle tisse malgré la barrière linguistique, malgré les différences culturelles et sociales, comme la polygamie. Parce que l’émerveillement est plus fort que ces écarts. Parce que la générosité est là, partout, probablement plus grande parce que le dénuement est grand.

Roman poétique et composé de deux parties sans chapitres, lesquelles sont divisées en sections portant des titres qui annoncent le contenu — « Le temps n’existe pas », « Lire le ciel », « L’enregistreuse », « Le baobab », « L’atelier de couture », etc. —, Le brodeur est aussi l’histoire d’un homme. Un homme secret, taiseux, mais jamais avare de gestes ou de présence. Un homme dont la narratrice s’éprendra en mesurant l’immense fossé qui les sépare et en demeurant consciente que tout ce qui se passe en Afrique ne sort pas d’Afrique.

« Le brodeur est une ombre fugitive qui m’auréole. Qui donne du relief à ce qui n’avait pas de contour. » C’est peut-être la raison pour laquelle il a tant d’importance et pourquoi tout s’articule autour de lui. Même ce que la narratrice vit avec les autres personnages, cette forme de « tribu » qui devient la sienne, même si elle est une étrangère. Or, elle ne juge pas, ne cherche pas à modifier les comportements. Elle n’est pas là pour ça. Peut-être même va-t-elle plutôt apprendre plutôt que transmettre son savoir.

Mais le séjour un jour prend fin, ce qui donne lieu à la deuxième partie, laquelle se déroule deux ans après le retour de la narratrice alors qu’elle accueille un ami du brodeur venu lui raconter ce qui est arrivé à celui-ci, comme il avait promis de le faire s’il lui arrivait quelque chose.

Ces pendant et après de l’aventure africaine donnent un très beau roman tissé à même l’addition d’épisodes. Un roman qui porte sur la vie, sur ce qu’elle a de beau, sur ce qui anime les uns et les autres et les lie. Un roman qui fait montre d’une grande maîtrise d’écriture et d’un talent pour créer des atmosphères. Un roman qui prolonge le voyage entamé avec L’invention de la tribu de Catherine-Lune Grayson.

Il est loin le temps où on reprochait aux écrivains québécois de camper l’action de leurs romans ailleurs qu’au Québec. Enfin, pas si loin. C’était en 1986. L’hiver de Mira Christophe de Pierre Nepveu se déroulait à Vancouver, Une histoire américaine de Jacques Godbout, en Californie. Les critiques avaient souligné la chose. Comme s’il était interdit à une jeune littérature de sortir du pays de ses racines.

Heureusement, nous n’en sommes plus là.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Ce que mots vous inspirent 842

Selon un vieux proverbe camorrien, la seule constante de l’âme humaine, c’est son inconstance. (Scott Lynch)

*toile de Guan Zeju

Les vers de Yolande 4

La femme arquée

Dans les plus vieilles montagnes du monde
un homme et une femme s’étreignent
sur un rocher en surplomb.
Le silence remue leur désir,
l’enflamme.

Des déferlantes
réveillent leurs doubles.

La femme s’arque, submergée.

Yolande Villemaire, D’ambre et d’ombre

*choix de la lectrice de Felix Revello de Toro

Elvis

Ce n’est pas vraiment l’histoire d’Elvis Presley, mais Elvis, l’album de Taï-Marc Le Thanh illustré par Rébecca Dautremer fait un énorme clin d’œil à celui qui s’est éteint il y a un quart de siècle.

L’Elvis imaginé par le tandem Le Thanh/Dautremer, qui vient d’un milieu défavorisé, reçoit pour ses dix ans une guitare. Il verra ainsi toute sa vie transformée à cause de celle-ci, de la passion qu’elle va susciter et de tous les projets qui y sont rattachés, notamment celui d’écrire une chanson d’amour pour une certaine Priscilla qu’il a laissée derrière lui pour aller vers l’Ouest. Car c’est dans l’Ouest que tout se joue. C’est ce que lui confirmeront tous ceux qu’il croisera dans sa traversée du désert. Mais à quel prix? La solitude?

Elvis nous enseigne le prix de la gloire, nous fait voir les sacrifices qu’il faut faire pour l’obtenir et nous montre qu’aucun honneur ou succès ne vaut l’amour. Tout ça dans un album très grand format avec des illustrations toutes plus belles les unes que les autres. Elles plairaient même au grand Elvis, j’en suis certaine.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Ce que mots vous inspirent 841

Il existe des mots plus assassins que des coups de poignard, des mots apparemment imparfaits qui transportent vers un autre monde. (Christine Orban)

*illustration de Roberto Weigand