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Ce que mots vous inspirent 834

Espérer l’éternité, c’est refuser d’entrer dans un cycle, un engrenage. (Ingrid Desjours)

*toile de Thomas Faed

Les vers de Germain 3

Le corps et l’âme

Dieu fit votre corps noble et votre âme charmante.
Le corps sort de la terre et l’âme aspire aux cieux;
L’un est un amoureux et l’autre est une amante.

Dans la paix d’un jardin vaste et délicieux,
Dieu souffla dans un peu de boue un peu de flamme,
Et le corps s’en alla sur ses pieds gracieux.

Et ce souffle enchantait le corps, et c’était l’âme
Qui, mêlée à l’amour des bêtes et des bois,
Chez l’homme adorait Dieu que contemplait la femme.

L’âme rit dans les yeux et vole avec la voix,
Et l’âme ne meurt pas, mais le corps ressuscite,
Sortant du limon noir une seconde fois.

Dieu fit suave et beau votre corps immortel :
Les jambes sont les deux colonnes de ce temple,
Les genoux sont la chaise et le buste est l’autel.

Et la ligne du torse, à son sommet plus ample,
Comme aux flancs purs de vase antique, rêve et court
Dans l’ordre harmonieux dont la lyre est l’exemple.

Pendant qu’un hymne à Dieu, dans un battement court,
Comme au coeur de la lyre une éternelle phrase,
Chante aux cordes du cœur mélodieux et sourd.

Des épaules, planant comme les bords du vase,
La tête émerge, et c’est une adorable fleur
Noyée en une longue et lumineuse extase.

Si l’âme est un oiseau, le corps est l’oiseleur.
Le regard brûle au fond des yeux qui sont des lampes
Où chaque larme douce est l’huile de douleur.

La mesure du temps tinte aux cloisons des tempes;
Et les bras longs aux mains montant au firmament
Ont charitablement la sûreté des rampes.

Le cœur s’embrase et fond dans leur embrasement,
Comme sous les pressoirs fond le fruit de la vigne,
Et sur les bras croisés vit le recueillement.

Ni les béliers frisés ni les plumes de cygne,
Ni la crinière en feu des crieurs de la faim
N’effacent ta splendeur, ô chevelure insigne,

Faite avec l’azur noir de la nuit, ou l’or fin
De l’aurore, et sur qui nage un parfum farouche,
Où la femme endort l’homme en une mer sans fin.

Rossignol vif et clair, grave et sonore mouche
Frémis ou chante au bord des lèvres, douce voix !
Douce gloire du rire, épanouis la bouche !

Chaque chose du corps est soumise à tes lois,
Dieu grand, qui fais tourner la terre sous ton geste,
Dans la succession régulière des mois.

Tes lois sont la santé de ce compagnon leste
De l’âme, ainsi qu’un rythme est l’amour de ses pas,
Mais l’âme solitaire est joyeuse où Dieu reste.

… La grâce de votre âme éclot dans la parole,
Et l’autre dans le geste, aimant les frais essors,
Au vêtement léger comme une âme qui vole.

Sachez aimer votre âme en aimant votre corps,
Cherchez l’eau musicale aux bains de marbre pâle,
Et l’onde du génie au cœur des hommes forts.

Mêlez vos membres lourds de fatigue, où le hâle
De la vie imprima son baiser furieux,
Au gémissement frais que la Naïade exhale;

Afin qu’au jour prochain votre corps glorieux,
Plus léger que celui des Mercures fidèles,
Monte à travers l’azur du ciel victorieux…

Germain Nouveau, Poèmes d’Humilis et vers inédits

*choix de la lectrice d’Alessandro Allori

Porc ou cochon?

« Mettre au jour ou mettre à jour? Il paraît que la nouvelle statue du pharaon Fimosis XXVII aurait été mise à jour en Égypte. Saisissons l’occasion de mettre à jour nos connaissances : mettre au jour, c’est déterrer et mettre à la lumière du jour des objets.
Mettre à jour, c’est actualiser un agenda, la réédition d’un ouvrage; on n’imagine tout de même pas un archéologue mettant à jour la Vénus de Milo en lui rajoutant des bras… »

Cet exemple tiré de Porc ou cochon? de Jean-Loup Chiflet nous donne une bonne idée du ton adopté par cet auteur qui n’a plus d’être présenté, amoureux de la langue française et toujours prêt à débusquer les fautes des uns et des autres avec humour. Cette fois, il s’attaque à ce qu’il appelle les faux-semblants, c’est-à-dire des mots ou des expressions qui se ressemblent à un point tel qu’elles sont souvent prises l’une pour l’autre. Hélas. Car cela peut créer de la confusion et parfois même mener à des quiproquos.

Avec des exemples rigolos, Jean-Loup Chiflet met les points sur les « i » et règle une quantité de questions qui surgissent quand vient le temps d’écrire certains mots, si bien qu’au lieu d’appliquer à la lettre le proverbe qui dit « dans le doute abstiens-toi », la plupart des gens passent outre et se disent que les destinataires comprendront quand même. Or, ceux-là n’auront plus désormais aucune excuse. Amont et aval ne sont pas interchangeables. Colorer et colorier ne signifient pas la même chose, et immoral et amoral ne sont pas des synonymes.

Une fois encore, Jean-Louis Chiflet frappe juste. Porc ou cochon? est à sortir à la moindre occasion. Dommage que les repas des fêtes soient terminés! Mais bon, ils seront de retour dans onze mois et demi!

Avec quelques mots…

Avec quelques mots et beaucoup d’imagination, on peut créer un univers. Richard Curtner nous le prouve avec ces quelques scènes livresques. Pour découvrir le reste, c’est ici.

Ce que mots vous inspirent 833

Le grand bonheur, c’est facile, il suffit de se laisser glisser. C’est comme descendre sur la pente d’un toboggan. Le chagrin, c’est remonter à pied un très long toboggan. (Katherine Pancol)

*illustration d’Igor Morski

Les vers de Germain 2

Les musées

Entrez dans les palais grands ouverts à la foule;
Un jour limpide y luit, l’heure paisible y coule,
Le pied rit au miroir des parquets précieux,
Et loin, dans le plafonds aussi hauts que les cieux,
Bleu séjour de la muse et du Dieu sous les voiles,
L’œil voit trembler des chars, des luths et des étoiles.

Sous la voûte, sur les paliers,
Par les rampes en fleurs et les grands escaliers,
Un courant d’air vaste circule,
Et douce est la fraîcheur où vous marchez,
Parmi le peuple blanc des marbres recherchés :
Saluez, c’est Vénus ; admirez, c’est Hercule!

Comme vous reposez les yeux,
Ô blancheur sombre des musées!
La fièvre de nos sens expire dans ces lieux,
Et nos âmes y sont largement amusées.

Ô génie, ô lent créateur,
Comme Dieu fait courir la sève dans les arbres,

Tu fais courir la vie aux lignes des beaux marbres;
Et sur la pierre, à la hauteur
Des bras de la statue ou du col de l’amphore,
L’œil croit voir voltiger encore
Les mains illustres du sculpteur

Alors notre cœur se rappelle
Le temps d’Auguste, l’âge où florissait Apelle
Tout ceux dont un laurier pressait le front puissant,
Le pnyx sonore où rit la troupe des esclaves,
Les toges du forum, les plis des laticlaves,
César spirituel ! Sophocle éblouissant!

Rome. Athènes Ô palais que la colline élève !
Vous, Romains, vous sculptez à la pointe du glaive
Et vous qui soupez chez les dieux,
Vous possédez la grâce et vous la versez toute,
Athéniens, et c’est chez vous que l’âme écoute
Le grand hymne muet qui chante pour les yeux,
Le long des lignes, sous la voûte
De vos temples mélodieux.

Des anciens, endormis au bruit frais des fontaines,
Les âmes en rêvant se promènent ici,
Caressant tous les fronts d’un regret adouci,
Et font, sur les lèvres hautaines
Des Romains et des Grecs et de Tibère aussi,
Chuchoter un long flot de paroles lointaines.

Ô belle antiquité, toute nouvelle encor!
Berce-nous de tes bons murmures,
Comme une abeille d’or,
Que l’été de Paris prendrait aux roses mûres
Pour la jeter en Prairial,
Grisée
Et bourdonnante, autour de la salle apaisée,
Où, visiteur royal,
Par la vitre embrasée au feu de ses prouesses,
Le baiser du soleil vient dorer les déesses.

Germain Nouveau, Poésies et vers inédits

*choix de la lectrice d’Emmanuel Garant

La sagesse des enfants 10

Les bonbons à la menthe, c’est comme un courant d’air dans la bouche.

Korneï Tchoukovski, Un courant d’air dans la bouche

*toile de Janet Hill

La sagesse des enfants 9

Je me lèverai tellement tôt que ce sera encore tard.

Korneï Tchoukovski, Un courant d’air dans la bouche

*toile d’Albert Anker

La sagesse des enfants 8

La nuit, il fait tellement nuit que dans mes rêves, je ne vois rien.

Korneï Tchoukovski, Un courant d’air dans la bouche

*toile de Rowland Davidson

La sagesse des enfants 7

Le tonnerre est une riche source de bruit.

Korneï Tchoukovski, Un courant d’air dans la bouche

*illustration de Penny Weber