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La petite princesse et le vent

L’album jeunesse La petite princesse et les livres m’avait totalement emballée en juillet dernier. C’est donc avec plaisir que j’ai retrouvé la princesse créée par Gilles Tibo dans une nouvelle aventure. Toujours avec la même finesse et le même sens de la dérision, Josée Masse a sorti son imagination des grands jours et ses plus belles couleurs pour illustrer cet épisode où la jeune princesse — qui fait la pluie et le beau temps dans son royaume — décide de s’en prendre au vent qui, décidément, la dérange beaucoup.

En effet, le vent soulève le sable et les feuilles, ce qui est vraiment, mais vraiment agaçant. La fée Tourloupinette fera donc disparaître le vent pour faire plaisir à la princesse. Mais sans vent, les moulins ne peuvent tourner. Sans vent, c’est toute la vie du royaume qui se voit transformée, au grand déplaisir de ses sujets prêts à quitter les lieux afin de s’installer dans un endroit où le vent n’est pas banni.

Et si la princesse changeait d’idée? Si elle apprenait à aimer le vent? Voilà en quoi consiste La princesse et le vent, un album qui nous apprend le rôle de chacun en ne perdant rien du côté ludique de ce qui est exposé.

Un autre univers à découvrir!

Aujourd’hui, je vous propose de faire connaissance avec Gennady Privedentsev. Son univers plein d’imagination devrait séduire plus d’un d’entre vous!

Ce que mots vous inspirent 836

Ne vivent haut que ceux qui rêvent (Xavier Grall)

*toile de Richard Beerhorst

Voix d’Argentine 2

Radar dans la tempête

Et parfois, pas toujours, guidé par le radar
le poème atterrit sur la piste, à l’aveuglette,
(dans les éclairs)
cahote sous la pluie et, réacteurs à l’arrêt, en descendent
des passagers rescapés de la mort : les mots.

Alfredo Veiravé
(extrait de Poésie argentine du XXe siècle d’Horacio Salas)

*choix de la lectrice d’Isaac Maimon

Le dernier modèle

Elle a 20 ans, lui 60, au moment de leur rencontre en 1958. Celle qui fut le dernier modèle de Giacometti et qui ne s’appelait pas Caroline à la naissance se retrouve le temps d’un récit une héroïne alors qu’elle ne le fut pas du temps du vivant de celui qu’elle appelait et appelle toujours, avec beaucoup d’émotion, « ma grisaille ».

Où est le vrai, où est le faux, dans cette histoire qu’elle déploie à l’auteur, intrigué par un tableau qu’il a vu au Musée d’art moderne de Paris? Est-il besoin de le savoir alors que celle qui fut une muse est devenue une vieille dame un peu excentrique retirée à Nice? Tant pis si elle invente un peu, si elle gomme certains détails parce qu’ils sont moins beaux, si elle en enjolive d’autres pour se donner de l’importance.

Caroline n’était pas une sainte, loin de là. Giacometti non plus. Il aimait les filles de joie, elle en était une. L’histoire aurait pu durer un soir, une semaine, voire un mois. Elle dura des années. Mais c’est une histoire dont on ne connaîtra jamais les détails, l’héroïne n’ayant jamais dévoilé à Franck Maubert ce qui ne regarde personne d’autre qu’elle. On ne saura que ce qu’elle a voulu montrer et dire dans le désordre : ses canaris, les cigarettes au menthol qu’elle fume en buvant du Campari, sa rencontre avec Francis Bacon, sa visite du Louvre.

Cela donne un récit impressionniste assez décousu — mais non dénué d’intérêt — duquel le narrateur semble se détacher, ou auquel il semble de moins en moins s’intéresser à mesure qu’il partage avec nous ce qui se dégage de Caroline, ce qui enlève beaucoup au Dernier modèle, lequel a pourtant reçu le prix Renaudot Essai 2012. Je demeure donc un peu mitigée, insatisfaite du contenu, mais ravie par la forme.

Triste époque

Imaginez un réveillon du temps des fêtes assez intime (moins de dix personnes) auquel deux invités ne faisant pas partie de la famille ont été ajoutés à la dernière minute. L’un des deux a éteint la sonnerie de son téléphone cellulaire, sélectionné le mode « vibration » et rangé l’appareil dans sa poche. Assis en plein milieu du salon, l’autre n’a pas quitté son téléphone intelligent de la soirée. Pas question de rater un appel, un message texte ou un courriel. Pas question non plus de ne pas répondre.

Personne n’a osé lui dire que ça ne se faisait pas, qu’il manquait de respect envers ses hôtes et leurs invités et qu’il démontrait son manque de savoir-vivre en agissant ainsi. Même moi. Et pourtant, la langue me démangeait. Parfois, je n’ai pas envie d’être polie. De ne pas suivre les règles de bienséance. Surtout quand les gens font preuve d’un tel manque de courtoisie.

Je vais donc vous dire un secret. Je suis certaine que si j’avais sorti un livre de mon sac plutôt qu’un téléphone intelligent, j’aurais eu droit à toutes les remarques du monde. Lire un livre est sûrement bien pire que « pitonner » toute la veillée.

Voilà où nous en sommes.

Triste époque.

*toile d’Elena Drobychevskaja

Ce que mots vous inspirent 835

Nous ne devrions jamais avoir honte de nos larmes. C’est une pluie qui disperse la poussière recouvrant nos coeurs endurcis. (Marie-Aude Murail)

*toile signée Hans Makart

Voix d’Argentine 1

Âme bienheureuse

L’après-midi touchait à sa fin, ce jour-là,
et j’allais pour te saluer comme à l’accoutumée,
quand une angoisse vague à te quitter
m’apprit que je t’aimais.

Ton âme, sans le comprendre, savait déjà…
Tu rougis, j’en fus en te parlant illuminé,
et, au moment de nous séparer, tu t’écartas
du groupe, encore tout intimidée.

Silence et frisson fut notre surprise;
mais déjà la plénitude de la promesse
nous comblait d’une joie si douce

que nos lèvres tout bas soupirèrent…
Et ton âme palpitait entre tes doigts
comme si elle allait s’effeuillant.

Leopoldo Lugones
(extrait de Poésie argentine du XXe siècle d’Horacio Salas)

*choix de la lectrice de Grace Cossington Smith

Un véritable bijou

La plus connue de toutes les photos d’écrivains prises par Robert Doisneau s’y trouve, à savoir celle où Prévert est assis devant un ballon de rouge, cigarette à la bouche, son chien à ses pieds. Mais ce n’est pas là le seul portrait réussi de celui qui n’est plus à présenter. Ils sont tous réussis, même si certains nous touchent davantage que d’autres. Comme celle de Louis Aragon en compagnie d’Elsa Triolet, derrière une porte vitrée. Celle, troublante, d’un Jacques Audiberti dans un décor qu’on ne sait si le sien ou s’il s’agit là d’un désordre organisé. Celle de Beauvoir, attablée dans un café, en train d’écrire, en pleine lumière. Celle d’une Colette ne fixant pas l’objectif mais un point là-bas dont nous ne saurons rien. Celle d’une Duras encore jeune qui semble guetter l’inspiration, à moins que son sourire n’indique qu’elle l’a trouvé. Celle d’un Paul Léautaud en compagnie de ses chats, penseur. Celle de Jean Rostand en pleine démonstration. Fascinant.

Et celle d’un Patrick Modiano, au naturel. Avec un presque sourire. Parce qu’il est visiblement en pleine confiance.

Mes gens de plume, un superbe album signé Doisneau, réunissant des photos exceptionnelles, chacune accompagné d’un extrait littéraire. Un bijou. Un véritable bijou.

Je vous présente Idoline

Idoline et moi sommes copines depuis plusieurs mois. Elle prend d’ailleurs de plus en plus ses aises depuis que je l’emmène au bureau, comme vous pouvez le constater, et a une prédilection pour les dictionnaires, tout comme sa créatrice et tout comme moi!

C’est l’écrivaine aux doigts de fée Claire Dé qui l’a imaginée et cousue. Fabriquée à partir de chaussettes (neuves!), Idoline est une des nombreuses créations uniques de Claire, qu’elle appelle affectueusement ses « monstres ». Faites-moi signe si vous désirez adopter l’un d’eux, je vous mettrai en contact avec Claire.