Faites comme moi, épousez un archéologue. C’est le seul homme qui vous regardera avec de plus en plus d’intérêt à mesure que passeront les années. (Agatha Christie)
*toile de Lois Woolley
Faites comme moi, épousez un archéologue. C’est le seul homme qui vous regardera avec de plus en plus d’intérêt à mesure que passeront les années. (Agatha Christie)
*toile de Lois Woolley
Parce que c’était hier l’anniversaire de la naissance d’Agatha Christie m’est venue l’idée de lui consacrer un dimanche. Parce qu’elle a été importante dans mon parcours de lectrice. Parce que c’est elle qui m’a fait aimer les romans policiers, même si je n’en lis presque plus aujourd’hui.
Je n’avais pas encore dix ans en juin 1971 quand j’ai lu mon premier Agatha Christie. En manque de livres, parce que j’avais tout lu de ce que j’avais apporté pour les vacances, j’ai eu le droit de m’approvisionner à même les provisions livresques de mes parents. C’est ainsi que j’ai lu Le chat et les pigeons. Peut-être pas le meilleur de ses livres, mais un titre que je n’oublierai jamais, parce que c’était le premier.
À Hercule Poirot, pourtant le héros de ses meilleurs livres, j’ai toujours préféré Miss Marple. C’est ainsi. C’est pourquoi en ce dimanche j’ai invité quelques lectrices aux cheveux blancs à partager avec vous quelques citations de la grande dame du crime à qui l’on doit notamment Les dix petits nègres. Mais avant de passer à celles-ci, je vous propose de revoir la bande annonce du film de Michael Apted.
*toile de Frank O. Salisbury
Nuages
La description des nuages
exige de faire diligence —
en une fraction de seconde
ils ne sont plus eux, ils sont autres.
Leur trait principal consiste
à ne jamais reproduire
ni formes, ni teintes, ni poses, ni dessins.
Jamais porteurs d’aucune mémoire,
légers, ils survolent la gravité des faits.
Témoins de quelque chose — vous voulez rire!
au moindre souffle, voilà qu’ils s’éparpillent.
En regard des nuages
la vie semble solide,
presque enracinée, quasi éternelle.
À côté des nuages
les pierres sont nos cœurs,
nous pouvons compter sur elles,
alors qu’eux : des cousins lointains et volages.
Que les gens soient, s’ils y tiennent,
et qu’ils meurent ensuite un à un,
les nuages n’en ont rien à faire
de ces affaires
extraordinaires.
Au dessus de ta vie parfaite
et de la mienne, imparfaite pour l’instant,
ils paradent, fastueux comme avant.
De périr avec nous ils ne sont point tenus.
Pour voguer, nul besoin d’être vu.
Wislawa Szymborska, Je ne sais quelles gens
*choix de la lectrice de William Oliver
Quand on ouvre un livre portant sur un sujet grave, on se demande toujours comment l’auteur va l’aborder et s’il saura répondre à nos attentes. Connaissant un peu le sujet de la trisomie 21, je me demandais jusqu’à quel point l’auteur saurait exprimer le choc que provoque l’arrivée dans une famille d’un enfant atteint par le syndrome de Down. Or Claude Helft a choisi d’embellir les choses, de nous montrer uniquement le beau côté des choses alors qu’il n’est ni aisé ni instantané d’accepter un enfant différent. Qu’il soit atteint d’une maladie rare ou handicapante comme de trisomie 21.
Le résultat est un livre truffé de bons sentiments, loin de la révolte, et n’évoque que le côté attachant de ces enfants. Comme si ceci effaçait le regard des autres, les difficultés. Non pas qu’il aurait fallu avec un tel sujet faire ressortir le drame, mais disons que rendre les choses plus réalistes n’aurait pas nui selon moi. J’ai donc été agacée par ma lecture. Tout est trop beau, trop facile. Je n’ai pas été en mesure de croire une minute en cette famille ni à ce qu’elle vivait. Et encore moins à cette surabondance de gentillesse et d’acceptation.
Il y a peu de livres sur ce sujet. J’aurais aimé qu’il soit bon. Mais l’auteure est passée à côté. Selon moi, bien entendu. À vous de juger.
J’ai envie de partager avec vous ce que j’ai trouvé chez Lucie :
Saviez-vous que…
1. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ». On peut donc le dire dans les deux sens.
2. « Squelette » est le seul mot masculin qui se finit en « ette ».
3. « Institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e ». C’est-à-dire qu’il ne comporte aucun « e ».
4. L’anagramme de « guérison » est « soigneur »
5. « Où » est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul!
6. Le mot « simple » ne rime avec aucun autre mot. Tout comme « triomphe », « quatorze », « quinze », « pauvre », « meurtre , « monstre », « belge », « goinfre » ou « larve ».
7. « Endolori » est l’anagramme de son antonyme « indolore », ce qui est paradoxal.
8. « Délice », « amour » et « orgue » ont la particularité d’être de genre masculin et deviennent féminin à la forme plurielle. Toutefois, peu sont ceux qui acceptent l’amour au pluriel. C’est ainsi!
9. « Oiseaux » est, avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x] « Oiseau » est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles (hormis le y). Eh oui !
*illustration de Shelley S. Davies
Est-ce que regarder dehors lui apportera l’inspiration? Nous le saurons demain et pas avant puisque c’est à ce moment que seront validés les textes inspirés par la toile du 300e En vos mots. Au fait, avez-vous envoyé le vôtre?
*illustration de Constantin Alajalov
Coup de foudre
Ils sont convaincus, tous les deux,
qu’un sentiment soudain les a réunis.
Belle est cette certitude
mais plus belle encore l’incertitude.
Certains que, puisqu’ils ne se connaissent pas,
entre eux rien ne s’était jamais passé.
Et qu’en pensent les rues, escaliers et couloirs
où depuis des lustres ils pouvaient se croiser?
J’aimerais leur demander
s’ils ne se souviennent pas —
peut-être, dans ce tourniquet,
autrefois, face à face?
quelque « pardon » dans la cohue?
un « c’est une erreur » au téléphone?
Mais je connais par avance la réponse.
Non, ils ne s’en souviennent pas.
Ils seraient fort étonnés d’apprendre
que, depuis un bon moment
le hasard jouait avec eux.
Sans être tout à fait prêt
à se faire destin pour eux,
il les rapprochait et les éloignait,
il les croisait en chemin
pour s.écarter aussitôt
en riant sous cape.
Il y eut des signes, des indices,
illisibles, mais quelle importance.
Qui sait, peut-être il y a trois ans,
sinon mardi dernier,
une feuille avait volé
d’une épaule l’autre?
Quelque chose de perdu et de ramassé?
Peut-être ce ballon, déjà,
dans les aubépines de l’enfance.
Il y eut verrous et sonnettes
où, bien avant l’heure dite,
un toucher se couchait sur un autre toucher?
Des valises, côte à côte, à la consigne?
Un rêve identique, une nuit,
aussitôt effacé le matin?
En fait, tout début n’est jamais qu’une suite,
et le livre des événements
à jamais ouvert au milieu.
Wislawa Swymborska, Je ne sais quelles gens
*choix de la lectrice d’Albert Bartholomé
Certains livres sont de vrais moments de bonheur. Tel est le cas de Béniwi ou l’enfant sans nom, un album signé Claire Clément qui met en scène Béniwi, Bénimi qui signifie « Fiston », mais qui est le seul prénom que le jeune garçon a toujours eu, ce qui attire la moquerie le jour où il se met à fréquenter d’autres enfants.
Bénimwi ayant toujours vécu dans un coin reculé du Burundi avec pour seul compagnon son grand-père ne connaissait rien de la méchanceté des enfants. Sa vie avait toujours été sans surprise et faite de bonheurs simples. Mais il a six ans et il est temps pour lui de quitter ce coin perdu et d’aller rejoindre ceux qui sont partis depuis longtemps.
La raison de cet isolement ne nous est pas donnée. On peut facilement imaginer une guerre, une épidémie, une catastrophe naturelle, lesquelles constituent toutes de bonnes raisons d’expliquer la situation dans laquelle il se trouve, mais on ne saura pas pourquoi Béniwi ne semble jamais avoir eu de contacts avec d’autres humains que son grand-père. Ce qu’on apprendra, c’est qu’il est donné à chacun de se faire un nom, peu importe celui qui nous a été donné, et de le rendre inoubliable, car chacun est unique. Qu’on s’appelle Béniwi ou autrement.
J’ai eu un véritable coup de cœur pour cet album. À dire vrai, un énorme coup de cœur. J’ai aimé Béniwi ou l’enfant sans nom pour sa simplicité. Pour la douceur qui s’en dégage. Et pour son dénouement inattendu. N’hésitez pas à l’offrir. Un peu de rêve fait toujours du bien.
Dans la nuit intérieure où chacun est plongé
on peut voir s’agiter une aurore boréale.
(Michèle Lalonde)
*toile de Wilfredo Alicdan
Déjà vu
Une femme se déshabille dans ma mémoire
cependant que dehors la ville resplendit
ou qu’il pleut et qu’il fait froid
Une femme lave ses cheveux noirs à l’eau de mon enfance
il se crée peu à peu une distance
Sa peau est douce et fraîche comme la caresse du matin
sa voix se fait lointaine
Une femme me rejoint
le premier sein découvert
le premier sein caressé
Cependant que dehors resplendit la mémoire
Rodolfo Alonso
(extrait de Poésie argentine du XXe siècle d’Horacio Salas)
*choix de la lectrice de Chelin Sanjuan
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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